René Llense fête ses 100 ans

René Llense fête ses 100 ans

dimanche 14 juillet 2013 - 10:00 - Hervé Galand

René Llense, le doyen des internationaux français, fête en ce 14 juillet ses 100 ans. Le Sétois (photo) ressort la boîte aux souvenirs avec un plaisir non dissimulé.

 

L’œil pétillant et le débit rapide, il vous parle d’un temps que les moins de… soixante-dix ans ne peuvent pas connaître. De ces temps héroïques du professionnalisme balbutiant en championnat de France. De ces années 30 troublées par le sens de l’histoire et des Coupes du Monde 1934 et 1938... René Llense a vécu tout cela et bien plus encore. À cent ans, l’ancien gardien sétois se souvient de tout et garde précieusement en mémoire l’un de ses faits de gloire. 

C’était précisément le 6 mai 1934 à Colombes en finale de la Coupe de France face à Marseille. On joue alors les ultimes secondes de jeu et Sète, menant 2-1, s’achemine vers une deuxième victoire dans l’épreuve après 1930. René est serein. Soudain, la gueule emblématique de l’international Jean Boyer apparaît dans son champ de vision. Le capitaine olympien, redoutable buteur, décoche une frappe puissante des dix-huit mètres dont il a le secret. Le ballon flotte dans les airs devant des dizaines de milliers de spectateurs suspendus à l’issue du tir. Fatal ou pas ?

 

René, 21 ans seulement, n’a qu’une fraction de seconde pour réagir. Il choisit d’avancer légèrement et capte finalement la balle avec autorité. La fin du match est sifflée et les “Dauphins” reçoivent alors le trophée et effectuent le tour d’honneur sous le regard du président de la République Albert Lebrun. Quelques semaines plus tard, le titre de champion vient concrétiser le premier doublé de l’histoire du football français.

Une prime de 50 francs

"Après la victoire, qui nous avait rapporté une petite prime de 50 francs, mes coéquipiers étaient en vacances, le championnat étant bouclé pour nous, explique-t-il. Mais les Marseillais, classés à deux points seulement, avaient encore trois matches à disputer. Autant dire que le titre leur était promis… Pourtant, les voilà terrassés à Lille puis à Paris face au Club Français. Restait à assurer chez eux contre l’Excelsior de Roubaix. À la mi-temps, l’OM mène 2-0 mais, scénario incroyable, il craque et s’incline 2-4 ! J’étais dans les tribunes avec mon copain Louis Gabrillargues car nous devions partir avec les internationaux olympiens en Italie, afin de disputer la Coupe du Monde 34. On était comme des fous, cherchant à envoyer en urgence un télex à nos camarades en tournée en Tunisie ! Ils ne pouvaient pas se douter qu’on était champions !"

Le doublé en poche, René découvre le stade Mussolini de Turin pour les 8èmes de finale du Mondial. Doublure d’Alex Thépot, il assiste sur le banc à la défaite tricolore face à l’Autriche (3-2 a.p.). Quatre ans plus tard, “Pouponnet”, comme il est surnommé, est remplaçant de Laurent Di Lorto lors de l’épreuve 1938 organisée en France. L’Italie élimine les Bleus (3-1) en quarts de finale. Deux belles expériences qui enrichissent son vécu en sélection riche de onze matches échelonnés de 1935 à 1939, alors qu’il évoluait à Sète puis à Saint-Étienne, l’autre club de son cœur.

Deux entraînements par semaine

"L’Équipe de France, c’était énorme ! Je me souviens de l’annonce de ma première convocation dans le journal L’Auto pour le Mondial. J’avais hâte d’y être."En championnat, il aborde également tous les rendez-vous avec envie et détermination. En dépit des difficultés matérielles. "Quand on montait dans le Nord, c’était des expéditions polaires. On partait le vendredi à 18 h 30 en train pour jouer le dimanche. On changeait le samedi matin à Paris pour arriver dans l’après-midi à Lille, Fives ou Roubaix. Et, en 3ème classe, nous n’avions pas de couchettes, parfois, on dormait debout quand il y avait trop de monde !"

 

L’entraînement se limitait quant à lui à deux séances hebdomadaires. "Sinon, on grimpait sur la colline pour redescendre par l’autre flanc. On trempait les pieds dans l’eau avant de remonter puis d’effectuer des tours de terrain et une séance de tirs au but. Les attaquants se régalaient mais ce n’était pas évident pour moi, d’autant qu’il n’y avait pas de gants. Et puis, on ne gagnait pas des mille et des cents même si on vivait un peu mieux que les autres. C’était une autre époque. Quand j’entends certains joueurs d’aujourd’hui se plaindre…"

Des joueurs que René connaît également sur le bout des doigts pour regarder tous les matches à la télévision. Dans son canapé, il parcourt les chaînes. Désormais solitaire à Sète depuis le décès de son épouse, il trouve les journées longues et parfois ennuyeuses. Heureusement, le football est toujours là pour entretenir son humeur joyeuse. "Je regarde tout. Je me régale aussi à suivre les filles."

La bataille de Naples

De ses onze sélections, René Llense retient avant tout son rendez-vous “amical” à Naples en 1938 face à l’Italie, double championne du monde en titre. "On nous a demandé d’exécuter le salut fasciste devant l’état-major de Mussolini. Refus de notre part. Le public hurlait et nous balançait des tas de pierres et bouteilles. Impossible pour les musiciens, bombardés eux aussi, d’interpréter la Marseillaise. On s’est alors regroupés et nous avons chanté l’hymne entre nous sous un concert de sifflets assourdissant. Notre capitaine, Étienne Mattler, nous a dit : s’il y en a un qui ne se sent pas capable de jouer, qu’il rentre tout de suite au vestiaire ! Personne n’a bronché, même le jeune Larbi Ben Barek qui honorait sa première sélection. Inutile de dire que le match a été particulièrement rugueux. C’était coup pour coup ! J’ai toujours aimé aller au combat. À Naples, je peux vous dire que j’y suis allé franco sur tous les corners. Je dégageais tout en même temps ! Malheureusement, on a perdu sur un centre en retrait. J’allais prendre la balle lorsque Jules Vandooren me l’a enlevée des mains et Amedeo Biavati, en embuscade, l’a mise au fond. Malgré tout, ce match reste un grand souvenir."