Blaise Matuidi, un homme de valeurs

Blaise Matuidi, un homme de valeurs

Blaise Matuidi, un homme de valeurs

mardi 15 avril 2014 - 15:30 -

En l’espace de quelques années seulement, l’international parisien, âgé de 26 ans, est parvenu au plus haut niveau. Le fruit de son travail et de celui de ses éducateur,s mais aussi de la patience et de la volonté de ne pas aller plus vite que le temps. Rencontre avec un footballeur hors normes à la modestie des grands.

À l’heure de l’interview à Clairefontaine, il arrive, souriant, affable et ponctuel. Sa poignée de main est ferme et ses yeux fixent ceux de son interlocuteur. Loin des clichés attribués trop vite à ces footballeurs célèbres qui n’en feraient qu’à leur tête. Blaise Matuidi n’est pas de ceux-là. Question d’éducation, de savoir-vivre. Elevé dans une famille aimante, il a appris très vite le respect des valeurs et reste fidèle à une ligne de conduite qu’il s’est fixée.

« C’est dans ma nature, précise-t-il, je n’aime pas me mettre en avant et parler de moi, et suis respectueux des gens. Je n’oublie pas mes racines angolaises. J’y accorde beaucoup d’importance d’autant que j’ai encore de la famille dans ce pays. Je n’y suis allé qu’une fois lors de la CAN 2010 organisée sur place et j’ai vraiment apprécié l’accueil. Là-bas, on est fier de mon parcours et si je suis français, je me sens aussi angolais. »

Né à Toulouse où il fait ses premiers pas de footballeur au pied de son immeuble avec les copains, il suit très vite son frère aîné du bord de la touche. « J’avais la tête dans le foot depuis l’âge de 3 ans. Junior, qui jouait en club, était mon modèle et il a contribué à me donner le virus. »

Son père Faria confirme la vocation de son dernier-né et se souvient qu’il fallait l’appeler dix fois de la fenêtre pour qu’il remonte. « Sans ça, il aurait joué toute la nuit. Il était tout petit, pas très technique, je n’imaginais pas le voir aller si loin ; son frère était bien meilleur, mais lui, avait vraiment la passion. Un jour, un signe du destin s’est manifesté. Il a tiré fort et son ballon a fait tomber un jeune cycliste. Jambe cassée. Son papa, un pasteur visionnaire, ne lui en a même pas voulu pour sa « maladresse » : « C’est un futur grand joueur », a-t-il dit, sûr de lui. Pourtant, Blaise n’avait que 5 ans et n’était pas le plus fort du quartier ! Cet épisode a marqué toute la famille. »

Un véritable buteur

Pour des raisons professionnelles, les Matuidi s’installent en région parisienne et Blaise débute naturellement en catégories « Débutants » puis « Poussins » à l’US Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) sous l’autorité de deux éducateurs, Juan Ruiz et Jacques Zilberschlag. « C’est là que tout a vraiment commencé. Déjà, j’adorais marquer, je haïssais la défaite, même dans la cour de récré de l’école, et ce rejet de l’échec a été bénéfique par la suite. Cette attitude m’a incontestablement servi pour arriver au plus haut niveau. J’avais en moi cette envie de gagner et, enfant, je faisais déjà tout pour être le goléador. Ensuite, j’ai appris à relativiser avec l’âge, à accepter plus facilement la défaite mais, quelque part, cette hargne est toujours ancrée en moi. Ce petit truc en plus a sans doute fait la différence quand j’ai été confronté à la concurrence ou à des choix d’entraîneur. »

« Il aimait jouer en attaque comme un véritable buteur, confirme Juan Ruiz. À l’âge de 6 ans, il montrait déjà des qualités supérieures à la moyenne. C’était un enfant timide, adorable, un coéquipier charmant et un véritable gagneur. Il pleurait en cas de défaite ! Mais combien de fois, on est sortis vainqueurs grâce à sa patte gauche ! Je pressentais qu’il pouvait faire quelque chose dans le football sans penser bien sûr à cette carrière. Au bout d’un certain temps, je lui ai dit de chercher un autre club pour progresser. »

Un leader naturel

Direction le CO Vincennes voisin où il franchit, en trois ans, un nouveau palier sous l’autorité de Gérard Bizeul puis de Laurent Piombot en U13, avant de passer par Créteil. « Je l’ai eu dans les deux clubs et l’ai rapidement inscrit au concours d’entrée de Clairefontaine qu’il a bien sûr réussi. Il était à l’écoute, travailleur, capable de bien s’intégrer dans un groupe. Un vrai leader naturel sans en rajouter. Grosse technique, très bon pied gauche, une réelle vision du jeu. Avec lui, on a été champion de Paris en Moins de 15 ans et finaliste de la Coupe de Paris. » Dans ce concert de louanges, Junior, son frère aîné, ajoute d’autres qualificatifs : « Une technique fine et rapide et trois mots qui le décrivent bien : simplicité, respect, ambition. »
 
Durant trois années, le voilà donc parallèlement à Clairefontaine en préformation (études à Rambouillet, match le week-end en club puis avec l’équipe du Pôle Espoir). Blaise apprend vite aux côtés de ses entraîneurs, Francisco Filho et Jean-Claude Lafargue (voir encadré). « J’ai beaucoup progressé sur les plans technique et mental dans des conditions d’entraînement idéales. Pour être honnête, je n’étais pas le plus doué de la promotion. Certains étaient beaucoup plus forts que moi, plus techniques, plus physiques, plus matures, mais ils n’avaient peut-être pas cette volonté de réussir. J’ai alors pris conscience de l’importance du travail et de la possibilité de devenir professionnel. Mes rêves les plus fous commençaient à se concrétiser mais je gardais la tête froide. On me répétait sans arrêt que peu d’entre nous allaient franchir le cap, alors je n’ai jamais rien lâché. Ce fut une étape importante pour entrer en centre de formation. »

Déjà fan du PSG

Troyes parvient à l’accueillir au grand dam des clubs qui avaient tenté de l’enrôler à l’image de Rennes, Lyon et du Paris SG, club de son cœur (il était fan du Nigérian Jay-Jay Okocha). Très vite, il fait ses gammes et poursuit sa trajectoire ascendante dans les différentes équipes de jeunes puis en réserve en CFA. Avant d’effectuer le grand saut en L2 à 17 ans puis en L1.

En sélections, le « chewing-gum », comme il est surnommé pour sa faculté à coller aux basques de l’adversaire, honore son premier maillot bleu en U19, dirigés par Philippe Bergerôo, avant de connaître les Espoirs au sein de la génération des Ben Arfa, Ménez, Nasri, Benzema, champions d’Europe 2004 en U17.  Une étape manquée, faute d’avoir été repéré plus tôt. « Je n’ai pas de regret car je n’étais sans doute pas prêt à ce moment-là de mon évolution. Il me fallait encore acquérir de l’expérience. »

Depuis, sa carrière s’est envolée, de Saint-Étienne à Paris jusqu’en Équipe de France. Le parcours parfait ? « Non, car on peut toujours faire mieux, conclut-il. J’ai travaillé et ça a payé. Surtout, j’ai été à l’écoute des éducateurs qui m’ont formé et beaucoup apporté. » Toujours modeste et respectueux. Une attitude le résume parfaitement. Sélectionné pour l’Euro 2012 par Laurent Blanc, il avait twitté son bonheur. Avant de retirer son message… par respect pour les non élus. On ne changera pas Blaise !