"On peut tous être porteurs du virus"

"On peut tous être porteurs du virus"

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mercredi 22 avril 2020 - 14:30 -

Arbitre-assistante fédérale féminine en D1 Arkema, Angélique Aubin Hostains raconte son quotidien d’infirmière en région Occitanie et insiste sur l’importance des gestes barrières pour surmonter la crise sanitaire.

Angélique a 36 ans et vit près de Carcassonne. Après avoir été joueuse (milieu dans le club amateur de Villasavary), elle s’est découvert une passion pour l’arbitrage à 18 ans. Depuis l’été dernier, elle officie comme arbitre-assistante fédérale féminine en D1 Arkema (16 matches). Un championnat à l’arrêt comme l’ensemble des compétitions sportives en raison de la crise sanitaire mondiale liée au COVID-19. Angélique se consacre donc pleinement à son métier, celui d’infirmière prestataire tout en prenant quelques gardes en clinique afin de soulager ses collègues. Mardi, alors qu’elle sillonnait la région, cette licenciée nous a raconté son quotidien chamboulé, les nouvelles méthodes de travail ou gestes de prévention adoptés et le ressenti de ses patients.

"Concrètement, quelles sont vos missions ?
Je suis infirmière prestataire, une fonction méconnue. Parmi mes patients, certains ont des systèmes de perfusion d’antibiothérapies classiques ou préopératoires, d’autres ont des pathologies avec des systèmes immunitaires déficients ou des maladies comme Parkinson. Mon rôle consiste à faire le lien entre l’infirmière libérale et les médecins spécialistes des hôpitaux ou cliniques. Ces derniers vont effectuer la prescription d’un traitement et je me charge de la coordination, l’organisation, la formation de l’infirmière libérale mais aussi des patients, puisque certains sont autonomes dans leur prise en charge, afin de leur éviter des hospitalisations. Dans le contexte actuel, c’est encore plus vrai. On essaie de réaliser un maximum de soins à domicile pour désengorger les établissements de santé et protéger ces patients vulnérables afin de ne pas les exposer au virus.

Avec la crise sanitaire, avez-vous davantage de sollicitations ?
Habituellement, j’interviens lorsque les patients ont consulté les spécialistes mais actuellement ces consultations sont limitées comme le nombre d’opérations. Je n’ai donc plus d’activité en sortie d’hôpital. En revanche, l’activité se bouscule dans la prise en charge des patients. Je privilégie le téléphone ou les visios pour le suivi et les formations. Je suis moins sur la route même si j’ai toujours des sorties urgentes. Récemment, l’un de mes patients a été diagnostiqué COVID-19, il a dû continuer la thérapie suivie à domicile en établissement de santé et le service qui l’accueillait m’a demandé d’aller les former. On trouve des alternatives. Il faut aussi être très présent téléphoniquement. Les infirmiers libéraux ont besoin de notre soutien tout comme les patients qui ont l’habitude d’avoir un contact avec nous et se sentent désorientés ou seuls. 

Lorsque vous êtes confrontée au virus chez un patient, avez-vous les moyens de vous protéger ?
On reçoit souvent l’information que les patients sont COVID-19 bien après les avoir vus. On limite les contacts, on a quelques masques et on respecte les gestes barrières. Mais parfois, il y a des suivis particuliers qui nécessitent qu’on les touche, on porte donc des gants. Quand j’entre chez un patient, je me dis toujours : ‘‘Attention, si tu t’assoies sur cette chaise. Attention, ne bois pas le café dans cette tasse…’’  Ces choses peuvent être contaminées. La particularité de mon métier, comme les infirmiers libéraux, c’est que nous n’avons pas de tenue, nous travaillons en civil. On peut donc aussi repartir avec des vêtements contaminés. Chaque patient est potentiellement porteur de COVID. Cela réclame une grande vigilance. Il faut faire attention à ce que l’on fait, ce que l’on touche, ce que l’on dépose pour nous comme pour eux ! Par exemple, quand j’apporte du matériel dans un carton, je leur dis : ‘‘Je vous le pose ici, laissez-le quelques heures sans y toucher. Lavez-vous les mains après l’avoir ouvert…’’ Ce sont des petits gestes à ne pas négliger.

"J'attends d'avoir des vêtements propres pour embrasser mes enfants. C'est une inquiétude chaque jour et une vigilance de tous les instants."

Cette situation vous inquiète-t-elle au moment de regagner votre domicile ?
Lorsque je rentre, mes enfants veulent me faire un câlin, je leur dis ‘‘non’’. Je me déshabille puis je vais prendre une douche. Un rituel que je ne faisais pas immédiatement avant le virus. Je mets des vêtements propres pour ne pas les contaminer avant de les embrasser. Je leur répète : ‘‘Faites attention, on peut tous être porteurs.’’ C’est une inquiétude chaque jour et une vigilance de tous les instants. C’est indispensable mais cela fatigue énormément. À la fin de la journée, j’ai l’impression d’être beaucoup plus épuisée qu’une journée classique.


Angélique Aubin Hostains (à gauche) en marge d’un match de D1 Arkema à Bordeaux cette saison, accompagnée de l’arbitre centrale Camille Soriano et de l’autre assistante Emma Suire. (Photo D.R.)

Vous avez aussi répondu à l’appel d’une clinique qui avait besoin de renfort…

On m’appelle pour renforcer l’équipe. Depuis le début de cette crise, j’y suis donc allée sur des journées de repos. Dans les établissements de soins, en temps normal, on n’a pas l’habitude de porter des masques. Au début, beaucoup ont souffert de ne pas en avoir à disposition. Lorsque je suis allée faire des gardes, j’en ai eu un pour douze heures. On sait que ce n’est pas efficace.

Vous êtes arbitre-assistante en D1 Arkema. Quel a été votre parcours ?
Je jouais dans l’équipe d’un village et lors d’un tournoi de fin de saison, le président du club organisateur m’a dit : ‘‘Tu ne voudrais pas devenir arbitre ?’’ Je n’y connaissais pas grand-chose. En rentrant, j’ai raconté ça à mon père et ma belle-mère qui se sont gentiment moqués. Je l’ai pris comme un challenge et c’est devenu une passion. J’étais arbitre de Ligue jusqu’à la saison dernière. Mon mari, ancien arbitre fédéral de futsal, a su qu’un corps d’arbitre assistant allait s’ouvrir en D1 Arkema, accessible aux femmes et sans critère d’âge. J’ai soumis ma candidature.

Avant la crise sanitaire, comment faisiez-vous pour concilier ces deux activités ?
Cela nécessitait une grande organisation ! Mon travail réclame beaucoup d’investissement physique car mon secteur d’activité couvre la moitié de l’ancienne région Languedoc-Roussillon. J’essaie de m’organiser au mieux pour rentrer vers 18h00 et suivre les cinq entraînements hebdomadaires mais parfois, j’ai des impératifs professionnels. On peut par exemple être appelé à 16h00 ou 17h00 pour un patient en fin de vie qui retourne à domicile. Il faut avoir une certaine réactivité.

En ce moment, trouvez-vous le temps de vous entretenir physiquement ?
Même en période de confinement, on est obligées de travailler d’autant qu’on espère que le championnat va reprendre si la situation sanitaire le permet (voir les dernières décisions de la FFF). Depuis un an, je fais énormément de sacrifices pour être au niveau de la D1 Arkema. On a la chance d’être suivie par la DTA, nos référents et un préparateur physique qui nous envoie chaque semaine un programme. Il m’appelle régulièrement et a adapté ce planning à ma profession pour que ce soit aussi un moment de libération de la pression journalière. Avec les autres arbitres féminines, nous avons également un groupe de discussion où certaines qui ont des compétences particulières – comme des professeures d’EPS, des kinés – les mettent à profit pour nous proposer différents exercices adaptés au confinement.

Au regard de la situation que vous vivez, avez-vous un message à faire passer ?
Observez les geste barrières, conservez des distances et portez un masque si vous le pouvez. Il faut tout faire pour se protéger de ce virus qui se propage à vive allure en causant d’importants dégâts. Ensuite, essayez de garder le moral, faites des activités, cherchez de nouvelles idées qui vous aideront à supporter le confinement. Enfin, les malades chroniques doivent continuer à être suivis. Les médecins sont disponibles et s’il y a le moindre problème, il faut aller consulter."


(Photo Daniel Vaquero)