5 mai 1918, première finale de la Coupe

5 mai 1918, première finale de la Coupe

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mardi 5 mai 2020 - 09:54 -

L’Olympique de Pantin et le FC Lyon se retrouvent au stade de la rue Olivier-de-Serres à Paris pour la finale de l’épreuve créée par Henri Delaunay.

Deux mille spectateurs sont massés derrière la main courante du stade de la Légion Saint-Michel à Paris XVe pour assister à la finale de la première édition de la Coupe de France, ce dimanche 5 mai 1918, entre l’Olympique de Pantin (photo principale) et le FC Lyon. Avant même que l'arbitre Jacques Battaille n’en donne le coup d’envoi, chacun s’accorde à reconnaître que cette épreuve à élimination directe est appelée à s’inscrire dans la durée.


Tous les matches de la premièr édition de la Coupe de France.

Bien sûr, on est encore loin des 76 914 spectateurs recensés dans les travées en bois du Crystal Palace National Sports Centre, dans le Sud de Londres, le 19 avril 1902 pour la trentième finale de la Cup anglaise entre Sheffield United et Southampton. Parmi eux, Henri Delaunay. Le jeune Parisien, alors âgé de 18 ans, a traversé la Manche pour assister à ce spectacle qui restera, pour lui, comme une révélation et un modèle.

Une idée importée d’Angleterre par Henri Delaunay

Joueur, arbitre puis président de l’Étoile des Deux-Lacs (1907-1912), un club basé dans le bois de Boulogne, Delaunay s’investit dans l’organisation du football. En octobre 1908, il rejoint son ami Charles Simon au Comité français interfédéral (CFI), ancêtre de la Fédération Française de Football, dont il devient le secrétaire. Puis le supplée en 1914 quand Simon, affecté au 205e régiment d’infanterie, est convoqué sur le front. Et le remplace après la chute du matricule 014750 au champ d’honneur, le 15 juin 1915 à Écurie, au Nord d’Arras.

Le football français est alors administré par plusieurs fédérations concurrentes, qui peinent à s’unir. Mais avec la guerre, l’heure est aussi à l’union sacrée dans le pays. Le journal Lectures pour tous prône la création d’une épreuve censée favoriser l’unité nationale et s’engage à verser 5 000 francs par an pendant cinq ans pour les frais de déplacement et l’achat des médailles aux deux finalistes, à charge pour le CFI d’organiser la compétition. 

Pour saluer la mémoire de son ami, Delaunay dessine alors une version française de cette Cup anglaise qui l’avait tant émerveillé. Il en dresse les grandes lignes le 28 décembre 1916, lors d’une séance extraordinaire du Conseil du CFI. Quelques jours plus tard, il reçoit l’approbation de Jules Rimet et Armand Pillaudin, vice-président et trésorier du CFI, depuis le fond des tranchées. La Coupe de France est née.

3,15 kilos d’argent sur 15 kg de marbre…

Reste à trouver un trophée. Un an avant la première édition, Le Docteur Paul Michaux, fondateur de la Fédération sportive et culturelle de France, a passé commande à l’orfèvrerie Chobillon d’une œuvre en argent pour honorer la mémoire de Charles Simon. La coupe pèse 3,15 kg et est posé sur un socle en marbre des Pyrénées de 15 kilos. Elle récompensera le vainqueur. Mais ce dernier devra la remettre en jeu.

Le 7 octobre 1917 ont lieu les premiers matches de la première édition, qui rassemble 48 équipes issues des différentes fédérations. Ces équipes sont majoritairement installées en région parisienne et dans l’Ouest et le Sud de la France. La guerre empêche les clubs du Nord et de l’Est de s’inscrire.

La guerre influe sur les compositions d’équipe

Au terme de cinq tours (16 équipes étaient exemptées du premier avant les 16es de finale), l’Olympique de Pantin et le FC Lyon se retrouvent donc pour une finale qui reflète sa dure époque. Dans les rangs de l'Olympîque de Pantin, on retrouve en effet plusieurs soldats belges, notamment Van Roey et Lambrechts. Le FC Lyon (photo ci-dessous), lui, se présente amoindri. Son gardien Carlos Mutty est remplacé au pied levé par Paul Weber, qui évolue habituellement comme demi-droit. Engagé à la Légion étrangère et affecté au camp de Valbonne, Mutty a reçu son ordre de départ un mois plus tôt. Les dirigeants du club rhodanien avaient obtenu une dérogation pour la finale mais Mutty n’imaginait pas laisser ses camarades partir au front sans lui. Il tombera pour la France le 26 août 1918, dans la Somme.

Privé de son habituel gardien, Lyon offre d’abord une solide réplique à l’Olympique de Pantin, qui manque de se retrouver à dix après l’expulsion de son portier, René Decoux, auteur d’un coup de poing au visage d’André Weber. Mais Roger Ébrard, le capitaine lyonnais, demande et obtient la réintégration de son adversaire, pour ne pas gâcher la finale.

Finalement, l’Olympique de Pantin va faire la différence en première période après un débordement sur la droite de Jules Devaquez repris par Émile Fiévet. Ce dernier double la mise, sur un nouveau service de Devaquez. Après le repos, alors que Lyon pousse pour recoller, Louis Darques ajoute un troisième but. L’Olympique de Pantin est sacré. 

La Rétro du football français

La fiche du match

Olympique de Pantin-FC Lyon : 3-0 (2-0)

Spectateurs : 2 000 environ.
Arbitre : Jacques Battaille
Buts : Fiévet, Fiévet, Darques.

Olympique de Pantin : René Decoux – Théo van Roey, Louis Lambrechts – Henk van Steck, Charles Olivan, Julien Lina – Jules Devaquez, Paul Landauer, Louis Darques (cap.), Émile Fiévet, Henri Delouys.

FC Lyon : Paul Weber – André Bellon, Louis Orvain – Louis Allemand, Roger Ébrard (cap.), Maurice Meunier – Alexis Soulignac, Jacques Salmson, Henri Bard, André Weber, Richer.