10 mai 1967 : et l'arbitre lança la pièce...

10 mai 1967 : et l'arbitre lança la pièce...

Lyon-Angoulême 1967

dimanche 10 mai 2020 - 08:00 -

Le 10 mai 1967, l'Olympique Lyonnais, futur lauréat de l'épreuve (photo), se hisse en finale de la Coupe de France en l'emportant contre Angoulême (D2) en demi-finale après trois matches et... un pile ou face !

"Angoulême, Angoulême", peut-on entendre dans les tribunes du Parc des Princes le 21 mai 1967 à l'heure du coup d'envoi de la finale de la 50e édition de la Coupe France, présidée par le Général de Gaulle en personne. Sur le terrain, pas de doute pourtant, le FC Sochaux et l'Olympique Lyonnais, les deux finalistes, se font bien face. Et c'est bien le capitaine de l'OL Fleury Di Nallo, au terme de la rencontre, qui reçoit le trophée Charles-Simon des mains du président de la République, grâce à une victoire (3-1) qui n'a rien dû au hasard... Mais visiblement, le public parisien n'était pas de cet avis.

Toute la France du football a en effet suivi la rocambolesque qualification des Lyonnais quelques jours plus tôt en demi-finale contre l'AS Angoulême (ASA), surprenante formation de Division 2 auteure de deux exploits face au FC Nantes (1-1 et 1-0), en 8es de finale, et au RC Lens (2-0) en quarts. Rocambolesque oui, car il aura fallu trois matches assorties de prolongations et...un tirage au sort pour permettre aux Rhodaniens d'écarter de leur route leur rival charentais ! Une histoire presque sans fin...

Deux demi-finales mais pas de finalistes...

Elle commence le dimanche 23 avril à Limoges, théâtre de la (première) demi-finale entre l'OL et l'ASA, qui semble devoir sourire aux hommes de l'entraîneur lyonnais Louis Hon, en avance à la pause (3-1) grâce des réalisations de Di Nallo (10e, 41e) et Jean Palka (36e). La suite est décrite dans les colonnes de France Football officiel (FFO), la publication de la FFF, du mardi 25 avril : "C'était mal connaître les joueurs de Jacques Favre. Contre Nantes et Lens, ils nous avaient surpris. Devant Lyon, ils nous étonnèrent. Face à un sort contraire, ils surent se ressaisir, resserrèrent leurs rangs, et se jetèrent à corps perdu dans la bataille pour arracher l'égalisation".

Un doublé de l'international Yvon Goujon (34e, 51e) et un but de Pierre Phélipon (77e) offrent ainsi aux Angoumoisins le droit de rejouer leur demi-finale, ainsi que le prévoit le réglement à l'époque, les tirs au but n'existant pas encore. Score final, 3-3 après prolongation. Une issue d'autant plus remarquée que l'autre demi-finale s'est également terminée sur un résultat nul (0-0) entre le FC Sochaux et le Stade Rennais. Pour la première fois en Coupe de France, aucun finaliste n'est désigné au sortir des demi-finales !


Yvon Goujon, milieu de terrain international et capitaine de l'AS Angoulême demi-finaliste de la Coupe de France en 1967 et 1968.

Les inséparables

Le FC Sochaux est le premier à s'extraire de ce dernier carré. Les Doubiens s'imposent (4-3) aux dépens de Rennes lors du second acte, le 29 avril. Pour Lyon et Angoulême en revanche, l'histoire continue. Dans son édition du mardi 9 mai 1967, FFO titre à sa "une" : "Coupe de France - Sochaux ne connaît toujours pas son adversaire du 21 mai".

Et pour cause. Le mercredi 3 mai, à Saint-Étienne, Lyonnais et Angoumoisins ne sont une nouvelle fois pas parvenus à se départager après les deux périodes réglementaires et la prolongation (1-1, but d'Angel Rambert pour l'OL, égalisation de Frantz Edom). L'hebdomadaire fédéral commence alors à imaginer un curieux dénouement : "Le réglement de la Coupe de France prévoit que si à deux reprises les deux équipes n'ont pu obtenir de décision et si la prolongation du troisième match est demeurée sans résultat, le club tiré au sort par l'arbitre en présence du délégué sera qualifié. Cette disposition particulière peut paraître discutable, mais au train où vont les choses on devra peut-être y avoir recours, ce que nous regretterions d'ailleurs bien sincèrement."


Extrait de l'édition du mardi 16 mai de France Football Officiel.

360 minutes et une pièce de 5 francs

Après Limoges et Saint-Étienne, c'est à Marseille que l'OL et l'ASA ont une troisième fois rendez-vous, le mercredi 10 mai, les terrains neutres étant de rigueur en ce temps-là. Leur dernière chance de se départager sur le terrain donc, avant de devoir s'en remettre au hasard, au destin. Mais 120 autres minutes de jeu (soit 360 au total) n'y changent rien, les deux "inséparables" se ... séparant sur un troisième score de parité (1-1). On ne rejouera pas une quatrième fois. Il faut un vainqueur, un finaliste.

Le sort va se charger de le désigner. René Vigliani, l'arbitre, convoque présidents, entraîneurs et capitaines dans les vestiaire. La scène est filmée (voir ci-dessous). Il lance la pièce en l'air et la laisse retomber au sol. Yvon Goujon a choisi "pile"... Et c'est "face" qui sort, à la grande joie de Fleury Di Nallo, torse nu, une serviette sur les épaules. "C'était folklorique. J'ai gagné et j'ai gardé la pièce en souvenir, une pièce de 5 francs à l'époque", se souvient-il.

L'AS Angoulême est éliminée sans avoir perdu une seule de ses trois demi-finales contre l'OL. Un verdict perçu comme une injustice par bien des amoureux du sport et qui fera couler beaucoup d'encre. L'édition 1968-1969 de la Coupe de France verra l'apparition des matches aller-retour à partir des 8es de finale et des tirs au but en cas d'égalité à l'issue du match d'appui ...


Extrait du documentaire "Coupe de France : 100 ans d'émotion" réalisé par Christophe Duchiron pour France Télévision à l'occasion du centenaire de la Coupe de France, en 2017.