12 mai 1976 : s'ils avaient été ronds...

12 mai 1976 : s'ils avaient été ronds...

Finale Bayern Munich-Saint-Etienne 1976

mardi 12 mai 2020 - 08:30 -

Les poteaux carrés de Glasgow ont-ils privé l'AS Saint-Étienne d'une victoire en Coupe d'Europe contre le Bayern Munich ? C'est toute l'histoire de ce 12 mai 1976 ... Il y a quarante-quatre ans.

Ah ! Si les poteaux avaient été ronds ! 

Le 13 mai 1976, cette conjecture de portée nationale résonne en écho dans tout ce que l'Hexagone compte de supporters de l'AS Saint-Étienne (ASSE), et ils sont innombrables en ce printemps qui a vu la France "verdir" plus vite qu'il ne faut pour l'écrire.

Aucun doute ! Si les poteaux de l'Hampden Park de Glasgow, en Écosse, avaient été ronds et non pas carrés, de manière très incongrue d'ailleurs, l'ASSE aurait assurément gravé son nom au palmarès de la Coupe d'Europe des clubs champions (aujourd'hui Ligue des champions) au soir du mercredi 12 mai 1976. Le club du Forez serait ainsi devenu - "à jamais" - le premier représentant français à soulever la coupe aux grandes oreilles, sourde aux appels du football tricolore depuis sa création en 1955-1956.


L'AS Saint-Étienne prend la pose à Geoffroy-Guichard quelques jours avant sa finale de Coupe d'Europe. Debout (de gauche à droite) : Esad Dugalic, Jacques Santini, Alain Merchadier, Oswaldo Piazza, Dominique Bathenay, Christian Lopez, Ivan Curkovic, Robert Herbin (entraîneur) - Accroupis (de gauche à droite) : Dominique Rocheteau, Jean-Michel Larqué, Patrick Revelli, Hervé Revelli, Denis Schaer, Christian Sarramagna, Pierre Repellini.

Oui avec des poteaux ronds, le tir du gauche de Dominique Bathenay (33e) se serait engouffré sous la barre transversale de Sepp Maier, au lieu de se fracasser dessus. Oui, le coup de tête de Jacques Santini (39e) aurait également trouvé la lucarne du gardien allemand, au lieu de heurter le dessous du montant et de ressortir. C'est ainsi que l'AS Saint-Étienne aurait logiquement dû battre le grand Bayern Munich, double champion d'Europe en titre, celui des Franz Beckenbauer, Uli Hoeness et autres Gerd Müller, champions du monde 1974.

Mais les poteaux font aussi partie du jeu, quelle que soit leur forme. Et aujourd'hui encore, rien ne dit au fond, avec certitude, que le sort de cette 21e finale de la Coupe d'Europe en aurait été changé. Sa véritable issue s'est jouée à la 57e minute, sur un coup franc accordé au Bayern pour une faute d'Oswaldo Piazza, le défenseur argentin des Verts, sur Gerd Müller, l'avant-centre allemand, prompt à tomber sur cette action.

Aux vingt mètres face au but stéphanois, l'occasion est belle, trop belle pour les expérimentés Franz Beckenbauer et Franz Roth (photo principale à la lutte avec Jean-Michel Larqué), qui exécutent rapidement ce coup franc à deux. Décalé par son capitaine, Roth profite d'une faille dans le mur adverse pour expédier, d'une frappe puissante du droit à mi-hauteur, le ballon au ras du poteau... carré d' Ivan Curkovic (1-0, photo ci-dessous).


Ivan Curkovic, le gardien yougoslave de l'ASSE, s'incline sur le coup franc de Franz Roth (57e).

Les joueurs du regretté Robert Herbin ne reviendront pas, malgré l'entrée en jeu de Dominique Rocheteau pour les sept dernières minutes, comme un fol et ultime espoir partagé par le pays entier. Blessé à une cuisse, "l'ange vert" n'a pu être aligné au coup d'envoi de cette finale, à l'instar de Christian Synaeghel et Gérard Farison, deux autres titulaires, forfaits après un dernier match de championnat "musclé", contre Nîmes, qui a fait couler de l'encre.

Les louanges unanimes de la presse, française et étrangère, qui sacre alors l'ASSE comme le vainqueur moral de cette finale, ne suffiront pas à consoler des Verts battus et abattus après un match superbe où ils ont bousculé l'orgre bavarois. Leur rêve européen s'est brisé comme celui du Stade de Reims, finaliste à deux reprises contre le Real Madrid, en 1956 et 1959. Le rêve de toute une ville et de ... 30 000 supporters stéphanois qui avaient joyeusement déferlé sur Glasgow.


Une image de cette finale : le tout jeune Karl-Heinz Rummenigge (20 ans) face à Christian Lopez et Pierre Repellini (à gauche).

Cette finale du 12 mai 1976 a marqué le point culminant de la "fièvre verte" qui s'est emparé de l'Hexagone en cette saison 1975-1976, franchissant un degré supplémentaire à chaque qualification des Foréziens, contre le KB Copenhague (2-0 et 3-1) en 16es de finale, les Glasgow Rangers (2-0 et 2-1) en 8es de finale, le Dynamo Kiev (0-2 et 3-0) en quarts de finale et le PSV Eindhoven (1-0 et 0-0), en demi-finales. L'exploit de l'ASSE contre Kiev, le 17 mars 1976, au cœur de cette épopée, mériterait à lui seul d'être raconté...

Malgré la défaite, les Verts sont accueillis comme des héros à leur retour de Glasgow, fêtés par une foule enthousiaste massée sur les Champs-Élysées (photo ci-dessous), avant d'être reçus par le président de la République Valéry Giscard d'Estaing. Malgré la défaite aussi, leur aventure a contribué à réveiller et à décomplexer un football français en berne depuis de longues années. Six semaines avant cette finale, Michel Hidalgo, nouveau sélectionneur, a conduit l'Équipe de France pour la première fois et lancé un certain Michel Platini sous le maillot bleu... Mais ça aussi, c'est une autre histoire.

Quant aux poteaux carrés d'Hampden Park, ils ont symboliquement trouvé refuge au... musée des Verts, installé depuis 2013 au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne. Ah ! S'ils avaient été ronds tout de même !


Roger Rocher, président de l'ASSE (à gauche), et Robert Herbin, entraîneur, descendent l'avenue des Champs-Elysées au lendemain de la finale de Glasgow.

La fiche de la finale

Le mercredi 12 mai 1976 à l'Hampden Park de Glasgow (Ècosse) :
Finale de la 21e édition de la Coupe d'Europe des clubs champions

BAYERN MUNICH (All)-AS SAINT-ÉTIENNE (Fra) : 1-0 (0-0)

Spectateurs : 54 864
Arbitre : Karoly Palotaï (Hongrie)
But : Roth (57e)

Bayern Munich : Sepp Maier - Johnny Hansen, Hans-Georg Schwarzenbeck, Franz Beckenbauer (cap.), Udo Horsmann - Jupp Kappellmann, Franz Roth, Bernd Dürnberger, Uli Hoeness - Karl-Heinz Rummenigge, Gerd Müller. Entraîneur : Detmar Crammer.

AS Saint-Étienne : Ivan Curkovic - Gérard Janvion, Oswaldo Piazza, Christian Lopez, Pierre Repellini - Dominique Bathenay, Jacques Santini, Jean-Michel Larqué (cap.) - Patrick Revelli, Hervé Revelli, Christian Sarramagna puis Dominique Rocheteau (83e). Entraîneur : Robert Herbin.