14 mai 1931, cousu de fil bleu

14 mai 1931, cousu de fil bleu

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jeudi 14 mai 2020 - 09:00 -

Après avoir battu pour la première fois une équipe d’Angleterre composée uniquement de professionnels, les Tricolores inaugurent une coutume qui perdurera sur tous les terrains : l’échange de maillots.

Avant cette rencontre, les matches entre la France et l’Angleterre depuis 1906 ont presque tous tourné à l’avantage des joueurs d’Outre-Manche, sur des scores souvent sévères. Il y a bien eu une victoire tricolore le 5 mai 1921 (2-1), mais sur une formation amateure alors que les meilleurs joueurs anglais étaient déjà tous professionnels.

Dix ans plus tard, c’est bien la meilleure équipe d’Angleterre du moment qui se présente au stade Yves-du-Manoir de Colombes, pour une quinzième confrontation entre les deux pays qui va devenir doublement historique. Car les Français ne se présentent pas en victimes expiatoires, comme le relève le jour du match Football, organe officiel de la FFF. "Depuis France-Allemagne, l’inoubliable victoire du 15 mars, nos sélectionneurs ont le sourire : ils ont trouvé une défense et trois demis". Devant le gardien et capitaine Alex Thépot, ce sont Étienne Mattler et Marcel Capelle, arrière-garde du Mondial 1930 reconstituée.


Le onze tricolore aligné le jeudi 14 mai 1931.

En demis, "ni Pierre Hornus, ni Joseph Kaucsar ne sont mis en balance" et Louis Finot "a prouvé qu’il était en excellent état physique". En attaque, Lucien Laurent, premier buteur de l’histoire des Coupes du monde l'année précédente, et Marcel Langiller "s’imposent sans discussion". S’y ajoutent Edmond Delfour, Ernest Liberati et Robert Mercier. D’où cette espérance, quoi que teintée de scepticisme, exprimée par le journal : "Que fera l’équipe tricolore devant ses maîtres ? Si ses éléments d’attaque s’accordent bien, peut-être une excellente performance. […] Mais prévoir plus, non ! La victoire d’il y a dix ans de l’équipe de France sur celle d’Angleterre ne semble pas devoir se renouveler de si tôt."

L'Angleterre à terre

Ce 14 mai, les 35 000 spectateurs pensent effectivement que l’éternelle histoire va se répéter lorsque l’ailier de Derby County Samuel Crooks ouvre la marque dès la dixième minute, en prenant Thépot à contre-pied (0-1). Mais les Bleus vont tout renverser en un quart d’heure : Laurent, (1-1, 15e), Mercier (2-1, 18e) et Langiller (3-1, 29e) les placent devant à la pause. Peu avant l’heure de jeu, Delfour enfonce le clou (4-1, 57e). Tom Waring, meilleur buteur du championnat anglais cette saison-là (49 buts), réduit le score à vingt minutes de la fin (4-2, 71e) mais Mercier éteint les velléités anglaises (5-2, 76e), sur une troisième passe décisive de Liberati.


Première sélection et doublé pour Robert Mercier, inscrivant ici le dernier but de la rencontre.

Fair-play, la presse anglaise salua la victoire des Bleus. Sporting Life remarqua que "l’une des caractéristiques de la partie fut l’adresse, l’ardeur, la vitesse étonnante des Français, qui méritaient leur belle victoire". Le Daily Mail considéra que "les visiteurs n’ont droit à aucune excuse. Ils furent battus, et de loin, par une équipe meilleure que la leur. Les avants tricolores étaient plus rapides, plus entreprenants et faisaient preuve d’un beau courage. Quant à la défense, elle fut impeccable". De quoi permettre à Football d'exulter à sa une (ci-dessous).

Conscients d’avoir réalisé un exploit, les joueurs français vont accroître la portée de cette rencontre par un geste jusqu’ici inédit. Pour conserver un souvenir de ce succès, ils proposent à leurs adversaires d’échanger leurs maillots. Les Anglais vont accepter de troquer leurs chemisettes de soie contre les tenues de coton des Bleus, signant une pratique qui s’est depuis répandue sur les terrains du monde entier.


Shake-hand d'avant-match entre le capitaine des Bleus Alex Thépot et celui des Anglais Alfred Strange devant l’arbitre belge John Langenus, prélude à l’échange inédit de maillots en fin de rencontre.

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