25 mai 1941, la finale d'une drôle de Coupe

25 mai 1941, la finale d'une drôle de Coupe

Girondins de Bordeaux 1941

lundi 25 mai 2020 - 08:30 -

Dans une France occupée et en guerre, Bordeaux remporte contre Fives (2-1) la  finale de la 24e édition de la Coupe de France.

C'est une bien étrange édition de la Coupe de France qui s'achève le dimanche 25 mai 1941 avec la finale entre les Girondins ASP (photo ci-dessus) et le SC Fives. Et pour cause. La deuxième Guerre mondiale fait rage et le pays subit le joug de l'occupant nazi.

Depuis le déclenchement du conflit et bien que les préoccupations soient ailleurs, le football français continue comme il le peut, à l'image de sa Coupe nationale. Disputée dans des conditions difficiles, son édition 1939-1940 a vu la victoire (2-1) du RC Paris sur l'Olympique de Marseille, au Parc des Princes.

Mais jamais son déroulement n'a été autant boulversé qu'en cette saison 1940-1941 qui voit la France morcelée en plusieurs zones d'occupation :  une zone "occupée" (zone Nord où stationnaient les troupes allemandes), une zone "interdite" (zone littorale et région Nord-Est) et une zone "non occupée" dite "libre" (zone Sud). La tenue de matches entre équipes de ces différentes zones étant difficile, chaque zone organise alors sa propre compétition, conclue chacune par une finale :

- Finale zone non occupée (Marseille, 6 avril 1941) : Toulouse FC-AS Saint-Étienne 1-0
- Finale zone occupée (Parc des Princes, 13 avril 1941) : Girondins ASP Bordeaux-Red Star 3-1
- Finale zone interdite (Lille, 1er mai 1941) : SC Fives-Excelsior Roubaix 3-1

Puis une première finale "interzones" voit s'affronter Bordeaux (zone occupée) et Toulouse (zone libre), le 18 mai à Colombes. Vainqueurs 3-1, les Girondins sont ensuite opposés au SC Fives (zone interdite) pour ce qui est considéré comme la finale de cette 24e édition de la Coupe de France, rebaptisée Coupe Charles-Simon à cette époque.


La poignée de mains entre les deux capitaines de cette finale 1941, François Bourbotte (SC Fives, à gauche), défenseur international tricolore, et Jaime Mancisidor (Girondins ASP).

La rencontre se joue au stade de Paris, à Saint-Ouen, pour ce qui sera la seule finale de l'histoire dans le fief habituel du Red Star. Un peu plus de 15 000 spectateurs y assistent et voient les Girondins ASP (club né de la fusion entre les Girondins de Bordeaux FC et l'Association sportive du Port, en 1940) s'imposer 2 à 0 contre le Sporting club fivois (club de la banlieue de Lille). Curiosité, les deux formations sont conduites par deux entraîneurs étrangers, l'Espagnol Bénito Diaz, d'un côté, et l'Anglais Georges Berry, de l'autre.

Santiago Urtizberea, l'attaquant ibérique, signe les deux buts du succès girondin en seconde période (64e et 80e). Dans les rangs nordistes, un certain Marceau Somerlinck disputait, à 19 ans, sa première finale de Coupe de sa carrière. Il en jouera ... sept au total et en gagnera cinq en 1946, 1947, 1948, 1953 et 1955 avec le Lille OSC (record co-détenu avec Dominique Bathenay et Alain Roche).

Il faudra attendre 1943-1944 pour voir la Coupe de France retrouver son visage habituel, avec 772 clubs engagés malgré la guerre.

L'équipe du SC Fivois. Accroupi, à gauche, Marceau Somerlinck, futur recordman des victoires (5) en Coupe de France - Photo FFF

Le palmarès de la Coupe de France

Feuille de match

Dimanche 25 mai 1941, à Saint-Ouen (stade de Paris)
Finale de la 24e Coupe de France

Girondins ASP-SC Fives : 2-0 (0-0)

Spectateurs : 15 230
Arbitre : Léon Boes
Buts : Urtizberea (64e, 80e)

Girondins ASP : André Gérard - Michel Homar, Jaime Mancisidor (cap.), Nordine Ben Ali, Joseph Plesiak - Émile Rummelhardt, François Szego, Emmanuel Lopez, Santiago Urtizberea - Claude Pruvot, Henri Arnaudeau. Entraîneur : Benito Díaz (Espagne).

SC Fives : Tadeusz Juszczyk - Roger Pollet, Robert Gyselinck, André Trenelle, Joseph Jadrzejczak, François Bourbotte (cap.) - Marceau Somerlinck, Albert Tancré, Norbert Van Caeneghem - Marius Dudziak, Édouard Wawrzeniak. Entraîneur : George Berry (Angleterre).