19 juin 1938, un Français en finale

19 juin 1938, un Français en finale

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vendredi 19 juin 2020 - 08:30 -

Deux arbitres français ont dirigé une finale de Coupe du monde. Vingt ans avant Maurice Guigue, en 1958, Georges Capdeville a été le premier, le 19 juin 1938, lors du Mondial organisé en France.

Pour l'Équipe de France, pleine d'espoir et d'ambition avant de disputer cette Coupe du monde 1938 sur ses terres, l'aventure a pris fin en quarts de finale, stoppée par l'Italie, tenante du trophée depuis 1934 et bien décidée à le conserver quatre années de plus. Vainqueurs de la Belgique 3 buts à 1 en 8es de finale le 5 juin, les Bleus ont ainsi été dominés sur le même score le 12 juin à Colombes par les Transalpins. 

Les couleurs françaises sont pourtant bel et bien représentées le dimanche 19 juin lorsque sonne l'heure de la finale de ce troisième Mondial de l'histoire. L'expression convient d'ailleurs parfaitement puisque c'est à un Français qu'ont été confiés le chronomètre mais surtout le sifflet de cette ultime rencontre de la compétition : Pierre Georges Louis Capdeville, arbitre bordelais de 48 ans, est ainsi au centre et à la direction des débats qui opposent l'Italie et la Hongrie, à 17h00 au stade olympique de Colombes.

Joueur avant de devenir arbitre en 1932, Georges Capdeville compte déjà à son palmarès la finale de la Coupe de France 1936 (RC Paris-FCO Charleville, 1-0) lorsque la FIFA le sélectionne pour cette phase finale, avec deux autres officiels centraux français, Roger Conrié et Lucien Leclercq (voir ci-dessous). Pour son entrée en scène, il est juge de touche sur le match Cuba-Roumanie, le 9 juin à Toulouse. Puis il dirige le second acte du quart de finale (rejoué après un nul 1-1 et trois expulsions...) entre le Brésil et la Tchécoslovaquie (2-1) chez lui au Parc Lescure de Bordeaux, le 14 juin.

Le lendemain, Lucien Gamblin, ancien international tricolore devenu journaliste au quotidien sportif L'Auto, écrit  : "M. Capdeville doit être en grande partie responsable de la magnifique exhibition que les deux équipes fournirent dans cette première mi-temps du match, et il fut très souvent et très justement acclamé par le public. M. Capdeville, par quelques coups de sifflet autoritaires, eut vite fait de faire comprendre aux joueurs brésiliens et tchécoslovaques qu'il n'était pas décidé à se faire prendre à leurs roueries et surtout qu'il était prêt à sévir contre les truquages, les fausses finesses, les brutalités et la simulation".  Un commentaire d'un autre temps...


Georges Capdeville et ses assesseurs (le Suisse Hans Wuethrich et le Tchécoslovaque Gustav Krist) lors de la présentation des équipes (ici l'Italie) au président de la République Albert Lebrun.

La FIFA, présidée par Jules Rimet, a-t-elle été pareillement impressionnée par l'arbitrage du Français, au point de lui offrir clés de la finale ? Le voilà en tout cas solennel et sans doute fier en veste de costume et short sombres, entre les capitaines italiens et hongrois, Giuseppe Meazza et Györgi Sarozi (photo principale), prêt à donner le coup d'envoi de cette finale mondiale du 19 juin 1938, jouée devant 45 124 spectateurs. Prêt à entrer dans l'histoire de l'arbitrage tricolore.

"M. Capdeville a dirigé la finale de la Coupe du monde (succès 4-2 de l'Italie) en arbitre de grande classe et s'est affirmé, hier, le meilleur des "referees" qui ont officié pendant le tournoi, s'enthousiasme une nouvelle fois la plume de Lucien Gamblin, le lendemain. En bonne condition physique, autoritaire et clairvoyant, il sut réprimer toutes les fautes en observant justement la règle de l'avantage, et les "méchants" n'eurent pas la partie belle avec lui. Les juges de touche lui apportèrent une aide efficace par la netteté de leurs décisions. Ne craignons pas de féliciter MM. Capdeville, Wuethrich et Krist, nous n'avons pas si souvent l'occasion de pouvoir mettre l'arbitrage d'un match en valeur".

Georges Capdeville poursuit sa carrière jusqu'en 1945 et ajoute deux finales de Coupe de France à ses souvenirs (Red Star Olympique-FC Sète en 1942 et RC Paris-Lille OSC en 1945). De 1966 à 1975, il préside la Ligue d'Aquitaine régionale de football. Il s'éteint le 24 février 1991, à l'âge de 91 ans.

Deux autres Français

Sélectionné pour ce Mondial, le Nordiste Lucien Leclercq a dirigé deux rencontres. Lors du premier tour, il est à pied d'œuvre le 5 juin au Havre, pour Tchécoslovaquie-Pays-Bas (3-0). Puis le Lillois connaît l'honneur d'être choisi pour la demi-finale entre la Hongrie et la Suède (5-1), le 16 juin au Parc des Princes, à Paris (photo ci-dessus). Il est disparu en juin 1971 à l'âge de 74 ans.

Considéré comme l'un des plus grands sifflets d'avant-guerre, le Tarn-et-Garonnais Roger Conrié (au centre ci-dessus, à droite son juge de touche Charles de la Salle), natif de Dunes, a également officié lors de cette Coupe du monde 1938. Il fut ainsi aux commandes d'un match du premier tour entre la Hongrie et les Indes orientales néerlandaises (6-0), le 5 juin à Reims (photo). Il fut président de la Ligue d'Aquitaine (1934-1966) et vice-président de la FFF de 1961 à 1966, année de son décès à l'âge de 68 ans.

Dix juges de touche

Pour cette phase finale, la FIFA a également retenu dix assistants tricolores : Paul Marenco (4 matches, dont le match d'ouverture et une demi-finale), Ferdinand Velprede (2 matches, dont celui pour la troisième place), Georges Bouture (2 matches), Charles de la Salle (2 matches), Ernest Kissenberger (2 matches), Victor Sdez (2 matches), Jean Merckx (1 match), Louis Poissant (1 match), Eugène Olive (1 match, dont celui pour la troisième place) et Paul Tréhou (1 match).

Sifflets du monde

Quinze arbitres centraux français ont officié en phase finale de Coupe du monde masculine depuis la première édition en 1930. Le plus "capé" est Joël Quiniou avec trois phases finales et huit matches à son actif.

  • Georges Balvay (1930, Uruguay) = 1 match (et 3 en tant qu'assistant, dont une demi-finale)
  • Roger Conrié (1938, France) = 1 match
  • Lucien Leclercq (1938, France) = 2 matches
  • Georges Capdeville (1938, France) = 2 matches (1 en tant qu'assistant)
  • Raymond Vincenti (1954, Suisse) = 2 matches
  • Maurice Guigue (1958, Suède) = 4 matches (dont la finale)
  • Pierre Schwinte (1962, Chili ; 1966, Angleterre) = 4 matches (dont une demi-finale en 1966)
  • Roger Machin (1970, Mexique) = 1 match
  • Robert Wurtz (1978, Argentine) = 2 matches
  • Michel Vautrot (1982, Espagne ; 1990, Italie) = 5 matches (dont le match d'ouverture et une demi-finale en 1990)
  • Joël Quiniou (1986, Mexique ; 1990, Italie ; 1994, États-Unis) = 8 matches (dont une demi-finale en 1994)
  • Marc Batta (1998, France) = 2 matches
  • Gilles Veissière (2002, Corée du Sud/Japon) = 2 matches
  • Stéphane Lannoy (2010, Afrique du Sud) = 2 matches
  • Clément Turpin (2018, Russie) = 2 matches


Maurice Guigue (au centre) à son entrée sur la pelouse du stade Rasunda de Stockholm, le 29 juin 1958, pour la finale de la 6e édition de la Coupe du monde entre le Brésil et la Suède (5-2).

Côté féminin, l'arbitrage français a été représenté à plusieurs reprises en phase finale de Coupe du monde, principalement par Stéphanie Frappart (photo ci-dessous) et son assistante Manuela Nicolosi, retenues par la FIFA pour la finale du Mondial 2019, en France.

  • Corinne Lagrange : 1995 et 2007
  • Ghislaine Labbé : 1999
  • Nelly Viennot : 2003
  • Karine Vives-Solana : 2007
  • Stéphanie Frappart : 2015 et 2019 (finale)
  • Manuela Nicolosi : 2015 et 2019 (finale)