18 juillet 1914 : Heisserer, un juste est né

18 juillet 1914 : Heisserer, un juste est né

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samedi 18 juillet 2020 - 08:30 -

Né le 18 juillet 1914 dans une Alsace alors allemande, Oscar Heisserer est devenu l’un des meilleurs Bleus de l’entre-deux-guerres. L'un des plus exemplaires aussi, malgré une carrière tronquée par le deuxième conflit mondial.

Futur milieu de terrain et capitaine de l’Équipe de France, Oscar Heisserer a vu le jour le 18 juillet 1914 à Schirrhein (Bas-Rhin), dans ce qui était alors – et pour encore quatre ans – l’Empire allemand. Ce lieu de naissance à l’époque convoité par deux pays allait grandement peser sur sa carrière footballistique mais aussi construire un homme exemplaire.

Il découvre le football dans son école d’Haguenau et débute au FCE Schirrhein, avant de passer au FC Bischwiller. Attaquant puis milieu ne ménageant pas ses efforts mais doué d’une solide technique, il est rapidement repéré par le RC Strasbourg, où il passe professionnel à 20 ans.


Dur au mal, doté d’une rare endurance physique, d’une technique individuelle pointue, de qualités de buteur et et d’un mental inégalable, il préfigure les milieux d’aujourd’hui.

Vice-champion de Division Nationale 1935 derrière le FC Sochaux, finaliste de la Coupe de France 1937 – perdue face à ce même club (2-1) – Oscar Heisserer va connaître son apogée en rejoignant le RC Paris en 1938.


Sous le maillot du Racing Club de Paris.

Trois Coupes en cinq finales

Il remporte ses seuls trophées avec la formation parisienne, trois Coupes de France : en 1939 face à l’Olympique Lillois (3-1), la saison suivante aux dépens de l’Olympique de Marseille (2-1) et en 1945 contre le Lille OSC (3-0), en inscrivant le dernier but. Revenu en Alsace après-guerre, il jouera une dernière finale de la Coupe en 1947, capitaine d’un RC Strasbourg battu par le LOSC (2-0).


Avec ses coéquipiers du RC Paris et en bleu Émile Veinante et Auguste Jordan (de gauche à droite), posant avec à leurs pieds la Coupe de France 1939, première des trois qu’il a remportées.

Ses qualités n’ont pas échappé au Comité de sélection, qui l’appelle pour la première fois en Équipe de France en décembre 1936 face à la Yougoslavie (1-0). Il va enchaîner treize autres capes et connaître les joies de disputer une Coupe du monde à domicile, en 1938. Vainqueurs de la Belgique en 8es de finale (3-1), les Bleus seront stoppés au tour suivant par le tenant et futur vainqueur italien, en dépit de son but égalisateur (1-3).


France-Belgique en 8es de finale de la Coupe du monde du monde 1938, le 5 juin au stade olympique de Colombes (de gauche à droite) : Alfred Aston, Edmond Delfour, Hector Cazenave, Oscar Heisserer, Émile Veinante, Jean Bastien, Auguste Jordan, Jean Nicolas, Laurent Di Lorto, Raoul Diagne et le capitaine Étienne Mattler.

Sa carrière connaît un brutal coup d’arrêt en 1940. Il est au front lorsqu’il apprend l’armistice et le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Revenu à la vie civile à Strasbourg, il résiste à toutes les pressions des Nazis qui souhaitent le voir évoluer sous les couleurs du club local dont ils ont pris le contrôle. Convoqué en 1943 pour être enrôlé dans une Panzerdivision devant rejoindre le front de l’Est, il parvient à s’échapper en Suisse sous une fausse identité.

Durant cette période, il aurait aidé plusieurs familles juives à passer la frontière helvétique, des épisodes sur lesquels il restera toujours discret, refusant d’être qualifié de "Juste". Entré en résistance et parvenant à rejoindre l’armée française fin août 1944, il participera aux combats de la Libération.

Derniers feux tricolores

Le conflit à peine achevé en Europe, il retrouve le maillot bleu le 26 mai 1945 à Londres face à l’Angleterre du futur premier Ballon d’or Stanley Matthews, dans un stade de Wembley garni de 60 000 spectateurs. Les Anglais sont en passe de l’emporter, comme souvent alors face aux Tricolores, lorsqu’Oscar Heisserer, lancé par Alfred Aston, égalise dans la dernière minute à l'issue d'une percée de 15 m (2-2). Il signe ainsi un nul historique pour l’Équipe de France, toujours battue jusqu’ici dans ce stade mythique.

Sa carrière en bleu s’achèvera le 4 avril 1948 sur une défaite à domicile contre l’Italie (1-3), au soir de sa vingt-cinquième sélection et pour le dernier de ses sept capitanats. Non sans auparavant quelques nouveaux coups d’éclats contre la Tchécoslovaquie en 1946 (3-0, photo ci-dessous), l’Autriche pour le dernier de ses huit buts en sélection (3-1) et l’Angleterre la même année (2-1).


Avec Larbi Ben Barek le 7 avril 1946 au stade olympique de Colombes, auteur d’une passe décisive et d’un but pour une victoire en amical sur la Tchécoslovaquie (3-0).

Miné par les blessures, il achèvera sa carrière comme entraîneur de l’Olympique Lyonnais, qu’il mènera en Division 1 après avoir remporté le championnat de D2 1951. Il rechaussera les crampons une dernière fois la saison suivante avec le club, pour une victoire et un dernier but à 37 ans, contre le CO Roubaix-Tourcoing. Décédé le 7 octobre 2004, il répètera toute sa vie : « Les Allemands ont pris mes plus belles années ».

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