Théa Gréboval, championne et kiné

Théa Gréboval, championne et kiné

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jeudi 30 juillet 2020 - 14:00 -

Championne d’Europe U19 et vice-championne du monde U20 2016, l’internationale de 23 ans, fraîchement diplômée en kinésithérapie, raconte comment elle a concilié succès sportifs et études supérieures.

Quand avez-vous décidé de mener en parallèle football de haut niveau et études supérieures ?

J’ai eu mon bac lorsque j’étais au Pôle Espoirs de Liévin. Je voulais poursuivre mes études et j’avais déjà en tête de devenir kiné. La voie normale, c’était soit un an de stage pour entrer en école, soit la première année de médecine. Avec les conseils de Sandrine Roux* et pour allier la pratique sportive avec mon club du FCF Juvisy [devenu Paris FC], j’ai choisi le STAPS** kiné de Créteil. Je suis ensuite entrée à l’école de Saint-Maurice*** avec le statut de sportive de haut niveau, qui permet des aménagements au niveau du cursus. Le diplôme est normalement en quatre ans, je l’ai obtenu en cinq, mes deux premières années effectuées en trois. J’ai suivi le deuxième cycle comme une étudiante lambda en deux ans, mais avec davantage de souplesse sur certaines choses. J’ai par exemple passé certains examens en délocalisée parce que j’étais à cette date en sélection, en Papouasie pour la Coupe du monde U20. Ils ont adapté par rapport au reste de la promotion mais j’ai dû commencer à 23h00 cet examen d'une durée d'une heure et demie. Ce n’était pas tous les jours comme cela et heureusement, il n’y avait pas de match le lendemain. Avec ce statut, on n’a pas non plus l’obligation d’assister à tous les cours, ce qui nous permet par exemple pour les TP [travaux pratiques] tombant à des horaires d’entraînement de les reporter. Il faut bien s’organiser mais cette souplesse permet d’allier les deux.


Capitaine de la sélection nationale U20 féminine vice-championne du monde 2016, lors de la finale perdue face à la Corée du Nord (3-1), le 3 décembre au Lloyd-Robson Oval de Port-Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée) – Photo FIFA/Getty Images.

En sélection et en club, les coaches ont tenu compte de votre cas particulier ?

Oui, mais en dehors des périodes d’entraînement ou de matches, on a toujours des moments de récupération dans la chambre et on trouve toujours du temps pour bosser, comme cela a été mon cas. Cela s’est toujours bien passé, encore une fois en étant bien organisée. Cela s’est déroulé à distance, avec l’ordinateur. L’esprit de la promo était sympa, on m’a envoyé les cours auxquels je n’avais pas pu assister et au retour, pour la partie pratique, on s’est arrangé pour revoir ce que j’avais loupé. Dans cette promotion de cent à cent-dix élèves, nous étions dix sportifs de haut niveau et j’étais la seule footballeuse, les autres étant dans le judo, l’athlétisme, le taekwondo… Ce petit groupe rencontrant les mêmes contraintes a beaucoup échangé, pour atteindre le même objectif ensemble.


Championne d’Europe 2016 à la tête de la sélection nationale U19, victorieuse en finale de l’Espagne (2-1) le 31 juillet au National Training Center de Senec (Slovaquie) – Photo AFP/Samuel Kubani.

Pour la partie pratique, vous aviez l’autorisation de vous "exercer" sur vos partenaires ?

Je suis joueuse et je le suis restée. C’est important de ne pas mélanger les deux, aussi afin de pouvoir me concentrer sur ma récupération. Après, en voyant tous les jours les kinés et les ostéos, il m’est arrivé d’échanger avec eux, de leur demander des conseils et des informations. J’ai notamment réalisé mon mémoire de fin d’études sur une population qui était mon groupe d’entraînement de la D1 Arkema. J’ai bénéficié d’une grosse collaboration du préparateur physique et des kinés, qui m’ont aidé à organiser ce travail avec les joueuses et le staff, j’en profite d’ailleurs pour les remercier.

La suite, ce sera tout football ou commencer à être kiné ?

Je place le football en priorité mais tout en gardant un pied dans la kiné. J’ai plusieurs projets en tête et pour l’instant, le plus abouti serait de pratiquer la kiné à domicile deux matinées par semaine. Je ne veux pas que cela devienne une contrainte pour le foot, il s’agit d’aménager au mieux mon temps pour rester performante sur le terrain et conserver un moment de récupération optimal. Mais j’ai besoin de pratiquer ce métier pour ne pas perdre la main et garder quelques choses en dehors du sport pour une question d’équilibre personnel. Il faut simplement que cela soit bien dosé.


Photo DR.

* Internationale, aujourd’hui entraîneure des gardiennes de la sélection U20 féminine et chargée du suivi socio-professionnel à la Direction technique nationale de la FFF.
** Sciences et techniques des activités physiques et sportives.
*** École nationale de kinésithérapie et de rééducation des Hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne).