Boland : "Au service des clubs"

Boland : "Au service des clubs"

Boland : "Au service des clubs"

mardi 14 mai 2013 - 11:30 -

Élu début février, le nouveau président de la Ligue du Football Amateur (LFA) Lionel Boland fait de l’aide aux clubs une priorité absolue pour son mandat, également marqué par la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance.

Votre liste a été élue avec 51,31 % des voix. Est-ce l’expression de la nouvelle démocratie insufflée dans les instances ou celle d’un monde amateur divisé ?
"Le scrutin de liste qui prévaut désormais induit ce type de résultat parfois serré. Le partage des voix se révèle plus important. Il est certainement plus facile de l’interpréter ainsi lorsque l’on sort vainqueur, mais j’y vois donc la traduction d’un système plus démocratique. Je ne vous cache pas que certains commencent à remettre en cause ce scrutin de liste pour la LFA, alors qu’il apparaît au contraire, pour tout le monde, parfaitement légitime pour la FFF."

Et vous ?
"Je souhaite qu’on le conserve. Il est bien que chacun puisse s’exprimer. Et il me semble important qu’une personne puisse constituer sa propre équipe pour pouvoir travailler correctement pendant, au moins, un mandat de quatre ans, bien mieux en tout cas que dans le cadre d’un système de représentation. Je voudrais toutefois que nous analysions ensemble, avec Marc Debarbat et sa liste, cette élection, pour voir les leçons à en tirer."

Ne craignez-vous pas que ce suffrage laisse des traces ?
"Je ne l’espère pas. Au lendemain de l’élection du premier Comité Exécutif, en juin 2011, beaucoup ont émis des craintes sur la suite des événements. Après quelques petites difficultés, les choses se sont très vite arrangées. Chacun a compris que nous travaillions tous pour le football. Il n’y a plus le moindre problème. Je souhaite qu’il en soit ainsi pour la LFA. Michel Keff, président de l’ANPDF (ndlr : Association Nationale des Présidents de District de Football), a très vite pris position en ce sens, les présidents des collèges également. Cela me rassure et me rend optimiste."

Vous évoquez un débat autour du mode de scrutin. Ne concerne-t-il pas l’ensemble de la réforme de la gouvernance de la LFA ?
"Comme souvent, dans le football comme ailleurs, la réduction du nombre de postes à responsabilités est source de mécontentements. On ne perd jamais son pouvoir avec plaisir. Cette réforme, à mon avis, était la meilleure solution pour permettre à tout le monde de travailler réellement en concertation."

Vous avez siégé pendant cinq ans au CA de la LFA. Cette organisation méritait d’être revue ?
"Cela fonctionnait, mais… Le système de représentation amenait chacun à parler, plus ou moins, au nom sinon en faveur de son domaine de prédilection, à ne plus voir suffisamment l’intérêt général. On est plus efficace avec un organe directeur restreint, on le voit avec le Comex auquel je participe depuis peu. Et les gens s’expriment plus aisément à dix qu’à vingt-six."

Comment est née l’idée de présenter une liste ?
"J’ai été - et suis toujours - dirigeant de club, président d’un district puis d’une ligue, membre du CA de la LFA. Je ne me voyais pas arrêter là mais je n’avais pas envisagé, non plus, de me présenter à la présidence. Noël Le Graët m’y a incité mais je ne me sentais pas prêt. Et puis, Bernard Barbet ayant annoncé son retrait et constatant l’absence de candidats, je me suis lancé. Mais je ne voulais surtout pas me bagarrer avec quelqu’un d’autre."

En juin 2011, vous figuriez dans l’équipe concurrente de celle de Noël Le Graët…
"Être sur deux listes différentes ne signifie pas devoir se faire la guerre, l’élection terminée. Avec Noël Le Graët, nos échanges dans le cadre des bureaux restreints du Comex et du CA de la LFA, nous ont permis de nous découvrir des points de vue communs sur la gestion, notamment financière, de la Fédération, sur l’importance de l’équilibre économique. Nous nous sommes compris assez rapidement."

Vous avez placé votre mandat sous le signe de "l’harmonie et de la concertation". Cette convergence d’idées en est un exemple ?
"La gestion de la LFA ne peut être menée autrement qu’en parfaite cohérence avec la politique définie par le Comité Exécutif. Après, nous avons tout à mettre en œuvre en termes de concertation avec les collèges. Les premiers contacts montrent que nous sommes d’accord sur la façon de travailler, avec des rencontres régulières, l’étude de sujets importants par les bureaux des collèges avant que le Bureau Exécutif s’en saisisse."

Le collège "des autres acteurs du football amateur" constitue une nouveauté.
"Oui, et c’est un progrès. Il va permettre aux représentants des familles - clubs nationaux, éducateurs, Futsal - de s’exprimer vraiment…"

Mais pas toutes les familles, ainsi que le regrettait Bernard Barbet…
"À raison. Il est difficile d’imaginer que les joueurs, les collectivités ou les clubs régionaux n’y aient pas leur place. Comment, par exemple, traiter la question des terrains sans représentant des municipalités ? J’espère que l’on pourra proposer rapidement une modification des statuts pour élargir le cercle."

Quid du Comité de Coordination, autre nouvel organe ?
"Nous sommes au stade de l’observation. On peut y voir l’instance de trop ou bien un lieu d’échanges complémentaire pour les bureaux des collèges. On se pose la question. Laissons-le vivre un peu pour voir ce qu’il en est."

Cet élargissement de la sphère consultative constitue-t-il la pierre angulaire de la réforme ?
"Certainement. Il traduit une façon de travailler plus intéressante. Auparavant, on avait tendance à décider et à dire : voilà comment ça va fonctionner, en laissant peu de temps aux gens pour donner leur avis. Aujourd’hui, on prend le problème dans l’autre sens et c’est ainsi qu’il faut procéder pour obtenir la plus large adhésion possible."

La LFA a souvent revendiqué ce côté "force de proposition"…
"Oui. Mais cette force doit être maîtrisée, en bornant à l’avance les grands thèmes, les chantiers autour desquels les collèges pourront se concentrer. Chacun doit trouver son cadre, son rythme, pour que dès le début de la prochaine saison nous puissions optimiser les qualités de ce système."

Et affirmer le rôle de la LFA, selon un objectif souvent manifesté ?
"Ce rôle doit s’affirmer à travers les moyens dont la LFA dispose pour mener sa politique. Il nous revient de nous assurer qu’elle aura toujours un budget suffisant pour mettre en œuvre ses actions. Cela passe par deux conventions : FFF-LFA, d’une part, FFF-LFP sur l’aide au football amateur, de l’autre. À nous d’être bons et convaincants vis-à-vis du Comex pour obtenir les ressources dédiées à nos opérations."

L’aide du football pro n’est-elle pas clairement définie ?
"Les textes sont précis. Elle ne peut être inférieure à 14,2 M€ annuels. La LFA souhaite que ces sommes et leur utilisation en faveur du football amateur apparaissent clairement dans son budget. À cet égard, j’estime que notre communication relative aux initiatives, soit de la LFA, soit de la base, est insuffisante. Nous devons la développer. Ce serait une belle reconnaissance pour les clubs à l’origine de nombreuses actions exemplaires. Dans cet ordre d’idées, je souhaite également renforcer les contacts avec le football professionnel."

Parlons des clubs. Vous les avez placés au "cœur du métier" de la LFA.
"C’est aussi le métier de notre cœur ! En tant que président de district ou de ligue, j’ai toujours pris soin d’être au service des clubs. Nous sommes là pour les aider. Avant d’agir, il faut regarder. Cela passe par la mise en place d’un observatoire des clubs. Quels sont leurs besoins, pourquoi sont-ils en difficulté, quelles solutions peut-on trouver, comment aider les ligues et surtout les districts à être des soutiens de proximité…"

Cette mission leur revient ?
"En effet. Et il revient à la LFA d’impulser la politique nécessaire, je pense notamment à l’aide à l’emploi - postes de CDFA, d’agents de développement – qui apporte de précieux moyens humains, ou encore l’aide au transport."

Vous évoquez ici le FAFA (Fonds d’Aide au Football Amateur).
"Les collectivités et les clubs l’apprécient. Il a permis d’innombrables réalisations depuis dix ans. Désormais, notre souci, outre la pérennisation de ce fonds, doit consister à bien adapter les financements aux besoins des clubs. Là, intervient la concertation avec les collèges."

Cette rationalisation touche-t-elle les conventions d’objectif ?
"Elles nécessitent une simplification, autour de deux types d’axe. Les axes prioritaires découlant de la politique fédérale ; et d’autres que nous proposerons aux ligues, avec une liberté de choix. Ceux-là doivent être moins nombreux, tout en bénéficiant, si besoin, de financements accrus. Il incombe aux ligues de définir, en liaison avec leurs districts, une politique régionale claire et précise."

Que deviennent les traditionnels espaces de liberté ?
"Je préfère la liberté de choix, plus propice à l’harmonie du football. On a parfois de sensibles différences de règlements d’une région à l’autre. Il faut une cohérence."

Le nombre des clubs se réduit. Est-ce inquiétant ?
"En soi, ce nombre, régulièrement en baisse, n’est pas grave, tant que celui des licenciés se maintient (ndlr : 1,9 million). On ne peut pas toujours garder un club par village. Mais les regroupements, s’ils permettent de mutualiser les moyens, les structures, ne sont jamais totalement naturels. Les clubs souffrent, sont souvent à la peine face aux obligations financières vis-à-vis des instances. Ils s’endettent. La crise n’épargne pas le football. Les ligues et les districts sont ou seront semblablement impactés."

Décourage-t-elle les dirigeants ?
"Nos effectifs ne le reflètent pas. Ils sont en augmentation, même. Dans ce domaine, la féminisation apportera beaucoup. On a également de plus en plus d’éducateurs diplômés pour s’occuper notamment des jeunes qu’il faut fidéliser pour certaines catégories. C’est un plus, mais c’est parfois un problème aussi."

Comment cela ?
"Des éducateurs diplômés, de plus en plus souvent imposés, représentent un coût, c’est vrai pour les arbitres aussi. Le football est un peu victime de sa popularité, de son succès. Il pousse à avoir des encadrements qualifiés, alors que les adhésions sont parmi les plus abordables. Pas question d’augmenter le prix des licences, bien sûr. Mais faisons attention. Pareillement, ne nous lançons pas dans une course aux licenciés. Occupons-nous bien, déjà, de ceux qui sont là."

De quels autres outils disposez-vous pour soutenir la base ?
"Nous avons l’Observatoire des Comportements, pour conduire au maximum nos actions en matière de citoyenneté. Et là, je pense à la protection des arbitres. Elle demande un nouvel effort de sensibilisation, dans la lignée de la campagne de 2008. L’image de notre sport pâtit des agressions d’officiels. Nous devons aussi nous appuyer sur la Fondation du Football et son opération "Respect Tous Terrains" dont l’intérêt n’est plus à démontrer. Il faut en faire la promotion."

Dans votre programme, vous annoncez un dispositif d’accompagnement des clubs pour la construction de leurs projets.
"Les clubs vivent ou vivaient souvent au jour le jour. Il est souhaitable qu’ils puissent bâtir un projet bien structuré, touchant à la formation des joueurs, des éducateurs, à la gestion du club, etc. Nous parlions précédemment des regroupements. Dans ce cadre, un accompagnement juridique s’avère nécessaire, par exemple. Là encore, il revient aux districts d’agir en tant qu’acteurs de référence, charge à la LFA d’intervenir au préalable pour leur en apporter les moyens. C’est primordial."