Abdessamad Mohammed à 100 à l’heure
Le meilleur buteur de l’histoire de l’Équipe de France Futsal (72 buts) honorera la nuit prochaine contre le Costa Rica (3h00 heure française, en différé sur Youtube FFF) la centième sélection de sa riche carrière.
Pivot et buteur des Bleus, Abdessamad Mohammed (34 ans) enchaîne les records avec la soif de celui qui veut marquer l’histoire et entraîner le Futsal français dans son sillage. Le joueur de l'Étoile Lavalloise revient sur les dates marquantes d’une carrière en bleu loin d’être achevée à moins de trois mois de la Coupe du monde (14 septembre-6 octobre en Ouzbékistan), la première dans l'histoire du Futsal tricolore.
5 juin 2013 (San José) - Costa Rica-France (1-1) : la première
« 2013, j’ai 22 ans, je viens juste de me marier. On vient de perdre la finale de Coupe nationale avec le KB (Kremlin-Bicêtre United), c’est la fin de saison, et on monte direct dans l’avion. Je me souviens de ces onze longues heures de vol. Le sélectionneur de l’époque, Pierre Jacky, ne faisait pas beaucoup jouer les jeunes. Cette fois-ci, il fait confiance à notre « quatre » au KB : Adrien Gasmi, Sid Belhaj, qui est encore là (le plus capé des joueurs en activité : 125 sélections), Kamel Hamdoud et moi. Pour ma première internationale, je fais un bon match. Je suis tout de suite dedans. J’ai le souvenir de ces grandes tribunes impressionnantes dans la salle à San José et un revêtement d’un parquet tout bleu, tout nouveau. C’est un moment magique et cela a lancé ma carrière internationale. Ce match m’a donné beaucoup de confiance. À partir de là, je me dis que j’ai ma place dans cette équipe et que je ne vais pas la lâcher. »
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(Photo Charles LÉGER / FFF).
31 octobre 2018 (Roubaix) - France-Ukraine (3-1) : premier triplé
« Au Vélodrome de Roubaix, contre une top nation, une très grosse équipe, je marque le premier triplé de ma carrière. Je mets les trois buts du match. On gagne 3-1 (voir vidéo ci-dessous). Une date qui m’a marqué car c’était une période où je passais des caps. J’ai 27 ans, je suis un joueur installé du championnat à cette époque, en Équipe de France je commence souvent, j’ai la confiance du coach. Ce triplé m’a fait du bien. Ce sont des matches qui te font monter d’un cran, qui te mettent à la surface des équipes contre lesquelles tu joues. Ce soir-là, je me suis dit que j’avais le niveau contre l’Ukraine. On faisait des résultats nuls contre des grosses nations, on existait dans tous les matches que l’on jouait contre les gros, ce qui n’était pas forcément le cas à mes débuts. »
2 juin 2019 (Rosario) - Argentine-France (4-4) : la furia
« Encore une rencontre amicale mais assurément la plus grosse ambiance que j’ai connu dans ma carrière en Futsal. Ce match s’est joué dans les installations du célèbre club Newell’s Old Boys, à Rosario (voir vidéo ci-dessous). Oh la la ! C’était une folie. Il y avait énormément de monde, 8 000 personnes, je crois. Une salle incandescente. On voyait des gens chanter tout en haut des tribunes. Le capo de leurs ultras avait les talons dans le vide. C’est une image qui m’a marqué. Une ambiance indescriptible, on ne s’entendait pas sur le parquet, on se regardait et on s’est dit ''Ok on va devoir faire avec''. On a fini à 4-4 alors que les Argentins, champions du monde en titre à l’époque, menaient 4-1. On tient tout le long de la prolongation dans cette atmosphère incroyable et on s’incline aux tirs au but. C’était une ambiance de furia. Je n’ai pas marqué mais j’étais content de mon match et de celui de l’équipe. »
On a fini à 4-4 alors que les Argentins, champions du monde en titre à l’époque, menaient 4-1.
31 janvier 2018 (Ljubjana) - Espagne-France (4-4) : la première phase finale
« Je relie ce souvenir à la qualification en Croatie, quelques mois plus tôt en 2017 (victoire 5-4, le 26 septembre 2017 à Dubrovnik après un nul 1-1 à domicile). Si je ne cite pas notre qualification pour la Coupe du monde, c’est parce que je trouve qu’elle a été construite et méritée alors que la qualification en Croatie pour l’Euro 2018 (en Slovénie) était un authentique exploit, un miracle. Si on se rappelle de ma situation par exemple, j’évoluais en Régional 1 à l’époque (avec l'ACCS FC), je repartais sur un nouveau cycle, je travaillais beaucoup, je conduisais les bus à la RATP, c’était vraiment un pur exploit. Et à l’Euro, être le premier Français à marquer dans une compétition internationale, c’est incroyable, surtout face à l’Espagne, avec des légendes de notre sport, dont Carlos Ortiz, un grand monsieur. Mais rendez-vous compte, eux champions du monde et nous, sachant d’où on venait, c’était un moment très fort. On a rivalisé et on les a tenus en échec (voir vidéo ci-dessous). »
L'Euro 2018 ? J’évoluais en Régional 1 à l’époque, je repartais sur un nouveau cycle, je travaillais beaucoup, je conduisais les bus à la RATP.
13 avril 2024 (Jonava) - Brésil-France (2-3) : pour le prestige
« Battre le Brésil à quelques mois de notre première Coupe du monde, ce n’est pas rien. Comme face à l’Ukraine six ans auparavant, c’est le genre de match qui met au niveau des plus grands. On les avait joués deux ans plus tôt à Toulon, on avait rivalisé mais on avait perdu (2-3, 6 avril 2022). Cette fois-ci, collectivement, on a fait un match extrêmement solide face à la meilleure équipe du monde. On gagne, je marque deux buts et participe activement à la victoire. J’ai noté cette date car c’est la victoire la plus prestigieuse de ma carrière. L’Équipe de France est bien installée dans l’échiquier européen. C’était un gros test pour nous et on est pris très au sérieux par le Brésil, donc forcément c’est encore un match qui nous élève. »
J’ai noté cette date car c’est la victoire la plus prestigieuse de ma carrière.
14 juin 2024, San José - Costa Rica-France : la centième
« Avec les nombreuses blessures que j’ai eu durant ma carrière, j’aurais déjà dû passer le cap mais ça reste une sélection symbolique. Avec le chiffre 100, tu rentres dans un cercle de privilégiés, très restreint. C’est sympa. Il faut en profiter. Et pour le clin d’œil, j’ai bien fait d’attendre ce match-là au Costa Rica à San José, dans la ville où j’ai effectué mes débuts en bleu. C’est une belle histoire, commencer ici et revenir pour rajouter deux zéros au un, c’est un moment que je vais vivre pleinement. Je ne m’en cache pas, je suis plus près de la fin de ma carrière que du début. Je vis mes meilleures années. L’équipe n’a jamais été aussi forte. Moi, je n’ai jamais été aussi fort. On a de l’ambition et on ne va pas s’arrêter là.
L’équipe n’a jamais été aussi forte. Moi, je n’ai jamais été aussi fort. On a de l’ambition et on ne va pas s’arrêter là.
Cette date-là, elle est anecdotique, symbolique. Elle prendra de la valeur quand j’aurais terminé ma carrière, je m’en rappellerai quand je regarderai l’album photos. C’est juste une étape. Le record de sélections (151 détenu par Djamel Haroun, l’ancien gardien de but et capitaine, aujourd’hui entraîneur adjoint des Bleus) ? Très sincèrement, ce n’est pas dans ma tête. Je ne joue pas pour battre des records. Le record de buts en Équipe de France est venu avec le temps. L’ambition est venue sur le tard. Je laisse ce record à Djamel et à Sid (Belhaj) à qui il reste de belles années devant lui. Moi, je ne pense pas durer aussi longtemps. Félicitations à eux, c’est une belle preuve de longévité. Juste de se rapprocher d’eux, c’est déjà une grande fierté. »