ÉQUIPE DE FRANCE

Philippe Diallo : « L'Équipe de France appartient à tous »

mardi 18 juin 2024 - 16:14 - Claire GAILLARD
Philippe Diallo

Au lendemain du succès des Bleus contre l’Autriche pour leurs débuts dans l’Euro 2024 (1-0), le président de la FFF s’est présenté mardi 18 juin devant les médias en conférence de presse. 

Après une courte nuit dans la foulée du retour de Düsseldorf où l'Equipe de France a remporté son premier match au Championnat d'Europe face à l'Autriche (1-0), Philippe Diallo a fait face aux journalistes au centre des médias de Paderborn, mardi 18 juin en fin de matinée. Parmi les sujets abordés, l'état de santé de Kylian Mbappé, victime d'une fracture du nez la veille, mais aussi la situation politique en France avec les élections légisatives anticipées des dimanches 30 juin et 7 juillet prochains. L'occasion pour le président de la Fédération Française de Football de rappeler sa volonté de « garantir la liberté d'expression des joueurs », le « devoir de neutralité » de la FFF, qui compte 2,4 millions de licenciés, et « les valeurs républicaines » qu'elle prône.

 LES NOUVELLES DE MBAPPÉ 
« Il est prématuré de donner un calendrier »

 « Comme vous l’avez vu, Kylian a eu cette blessure au nez hier, les nouvelles sont plutôt rassurantes dans la mesure où il n’y a pas d’opération, à court terme, prévue. Concernant sa participation à la suite du tournoi, il est un peu prématuré de donner un calendrier. Nous allons attendre les dernières informations du médecin car tout le monde est rentré tard dans la nuit. On va attendre de voir dans la journée comment la situation évolue mais les nouvelles sont plutôt positives notamment en écartant une opération à court terme qui aurait pu l’éloigner définitivement du tournoi, ce qui n’est pas le cas. »


Photo ANP / ICON SPORT

 LE CONTEXTE POLITIQUE 
« Je n’ai pas de consigne de vote à donner »

« Il n’y a aucun souci entre les joueurs et la FFF, je ne vois pas les choses ainsi. Depuis le départ, j’ai été extrêmement clair en dialoguant avec eux, notamment le capitaine et vice-capitaine, avant ce qu’a pu faire la Fédération et la position que j’ai pu prendre. J’ai toujours dit que je garantissais aux joueurs une liberté d’expression. Ce sont de jeunes hommes qui ont un regard sur la société – et on doit s’en féliciter –. Il ne m’appartient pas de brider leur souhait de s’exprimer sur un certain nombre de sujets qui concernent leur génération. Certains joueurs sont intervenus sur le fait d’aller voter. C’est très bien, cela fait partie du devoir citoyen de voter et d’exprimer son opinion dans le cadre des échéances électorales que nous avons. D’autres ont été plus loin dans leurs prises de position et je le respecte. Simplement, moi, je suis président d’une Fédération, je ne suis pas chef d’un parti et je n’ai pas de consigne de vote à donner aux Français. Je suis dans une Fédération où les principes associatifs font que vous devez vous éviter des débats de nature politique, de nature religieuse pour veiller à un principe de neutralité qui fait que notre Fédération, avec ses 2,4 millions de licences, rassemble les Français dans leur diversité y compris d’opinion. Ma position est complémentaire du respect de liberté d’expression des joueurs et d’une institution qui ne peut pas avoir la même liberté de parole que ses joueurs. En tant qu’institution, nous sommes respectueux de la tradition républicaine. Les Français choisiront ceux à qui ils font confiance et en tant qu’institution fédérale, nous serons respectueux du vote des Français. »

 DES JOUEURS ENGAGÉS 
« Des générations qui s’intéressent à ce qu’il se passe »

« Pour moi, ce n’est pas la première fois que les joueurs s’expriment sur un certain nombre de sujets. Je ne suis pas à les inciter mais je leur garantis la liberté d’expression sur les sujets de société. J’ai le souvenir que dans le passé, on disait que les footballeurs n’avaient aucune idée sur rien et qu’ils étaient juste bons à taper dans un ballon. On a là des générations qui s’intéressent à ce qu’il se passe dans la société, je trouve que l’on devrait plutôt s’en féliciter. Je leur garantis cette liberté d’expression avec le souhait toujours de faire en sorte que ce qui est l’ADN de l’Équipe de France c’est-à-dire d’être une équipe qui rassemble, soit toujours présent à leur esprit. Notre équipe a, depuis des années, bâti une relation avec les Français qui la conduit à rassembler de manière très large. Hier, on a eu entre 12 000 et 15 000 supporters au stade, plus de 11 millions de téléspectateurs derrière leur TV, ce qui montre que malgré ou peut-être à cause des prises de position des joueurs et des débats autour des élections législatives, ce lien avec les Français reste très fort. Pour moi, président de la FFF, c’est l’essentiel. Nous, notre sujet est de rassembler les Français autour d’un même maillot.  Il y a tellement de raisons de se diviser mais cette Équipe, elle, a eu la capacité, le mérite de rassembler et réunir les Français. C’est ça le plus important. »


Les supporters français derrière les Bleus, lundi soir, à la Düsseldorf Arena (photo NEWSPIX / ICON SPORT).

 L’INSTRUMENTALISATION DE L’ÉQUIPE DE FRANCE 
« L’Équipe de France est faite pour réunir »

« Je considère que lorsqu’ils s’expriment, ils le font à titre individuel dans le cadre de la liberté d’expression qui est laissée à chacun de donner son opinion. J’ai vu très rapidement après les prises de paroles de joueurs, un certain nombre de formations politiques essayait de titrer à elles les positions des joueurs. C’est là que je ne souhaite pas qu’il y ait de récupération politique quel que soit les partis. L’Équipe de France appartient à tous les Français et elle est faite pour les réunir. Je ne souhaite pas que dans cette période électorale, l’Équipe de France soit instrumentalisée par untel ou untel. C’est la ligne que je me suis fixée : liberté d’expression pour les joueurs et une Fédération qui veille à ce qu’il n’y ait pas de récupération ou d’instrumentalisation d’une Équipe de France qui appartient à tous. »

 DES CIRCONSTANCES EXCEPTIONNELLES 
« Un devoir de neutralité »

« Les joueurs ont des opinions, j’ai des opinions personnelles mais, dans la fonction que j’occupe, ma responsabilité est de les laisser de côté pour défendre l’institution et l’Équipe de France. La FFF compte 2,4 millions de personnes licenciées ce qui veut dire que toutes les sensibilités de la société sont représentées au sein de la Fédération.  Je dois respecter tous ceux qui ont choisi de jouer au football et pratiquer ce sport. Je pense qu’ils ne comprendraient pas si je sortais la Fédération de ce devoir de neutralité. Dans ma position, ce devoir s’impose. Mais si par malheur pour notre pays, demain un certain nombre de lignes jaunes devaient être franchies, la Fédération et moi-même prendrions nos responsabilités. »

 LES VALEURS DE LA FÉDÉRATION 
« Nos valeurs sont celles de la République »

« Nos joueurs sont de jeunes hommes qui ont l’habitude des médias mais ils ont une telle puissance médiatique et influence sur une partie de notre jeunesse que, dans leur prise de parole ou de position, ils doivent être vigilants face aux tentatives de récupération qui existent et sont exacerbées dans cette période électorale importante pour notre pays. Je le leur ai rappelé. Ils veillent et sont vigilants. Ensuite, ils ont quand même rappelé des choses qui sont des évidences lorsqu’on fait du football et qu’on est dans une Fédération comme la FFF. Lorsqu’ils rappellent ce qu’est le football, le sport, nos valeurs qui sont celles de la République, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre ce que disent les joueurs et ce que peut penser la Fédération. Nous sommes une Fédération qui a des missions de service public et respecte les valeurs de la République. Lorsque les joueurs viennent vous dire qu’ils sont attachés à ces valeurs et qu’ils souhaitent les défendre, je suis en pleine communion de pensée et d’action avec eux. »

 LES DÉPLACEMENTS EN TRAIN, EN CAR 
« Ici, il n’y a pas de vols de nuit »

« Quand je suis arrivé, j’ai souhaité que la FFF s’inscrive dans une forme de modernité sur un certains nombre de sujets qui alimentent la réflexion de la société. C’est la raison pour laquelle j’avais évoqué ces déplacements en train avec toujours les mêmes impératifs à savoir veiller au temps de récupération et assurer la sécurité des joueurs. Ces éléments-là étaient réunis pour aller à Metz (pour affronter le Luxembourg, 3-0, le 5 juin). C’est pour cela que pour la première fois l’Équipe de France a pu prendre le train pour s’y rendre. Je veux juste rappeler que l’intégralité de nos sélections ont déjà toutes pris le train. Je crois qu’on est à un peu plus de 85% de déplacements en train. Ici, c’est aussi une contrainte liée à l’organisation du tournoi. En Allemagne, il n’y a pas de vols de nuit, pas d’alternative possible comme un retour en avion après le match d’hier. »

 LES JEUX OLYMPIQUES 
« La meilleure équipe possible »

« Je n'ai aucun sentiment d’échec. Je veux d’abord remercier tous les clubs français qui ont dit oui. On parle beaucoup des clubs qui ont dit non mais on a déjà une équipe que Thierry Henry a commencé à pouvoir constituer avec des joueurs de qualité. Effectivement, on a essuyé un certain nombre de refus mais on s’y attendait car vous connaissez les règles puisque les clubs n’ont pas l’obligation de libérer leurs joueurs. On a aussi beaucoup de clubs qui ont joué le jeu : en France mais aussi à l’étranger notamment des clubs allemands et anglais. Le dépôt de la liste finale est fixé au 3 juillet, on continue de travailler pour convaincre et constituer la meilleure équipe possible. Et je pense qu’on va y arriver. On aura, je l’espère, une équipe compétitive le 3 juillet, et après, chacun jugera des matches. De mémoire, ceux qui ont gagné en 1984 n’était peut-être pas sur le papier l’équipe favorite mais finalement ils ont été au bout pour chercher l’or olympique. Je m’inscris dans cette trajectoire-là. »

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