Daniel Xuereb : « Ne plus être les seuls avec l’or »
Champion olympique en 1984, l'ancien attaquant international dresse un pont entre sa génération et celle qui va tenter de l’imiter, vendredi 9 août en finale des JO Paris 2024 face à l’Espagne.
Il est l’un des dix-sept médaillés d’or du football français, participant activement au titre conquis en 1984 à Los Angeles devant le Brésil (2-0) en terminant co-meilleur buteur du tournoi (cinq buts en six matches). À 65 ans, Daniel Xuereb (photo principale, lors de la finale des JO 1984) n’a rien manqué du parcours qui a mené les Bleus à une nouvelle finale olympique, qu’ils disputeront vendredi 9 août contre l’Espagne (18h00). Ce sera au Parc des Princes, là-même où la France a remporté son premier titre international majeur, l’Euro 1984 également devant l’Espagne (2-0). L’ex-international, troisième ensuite du Mondial 1986, établit des passerelles entre les deux générations olympiques tricolores à quatre décennies d’intervalle.
Los Angeles 1984, ruée vers l’or en Californie
LES DEMI-FINALES
« Le plus dur… ou presque »
« La médaille est acquise, le plus dur a été fait. Enfin, presque, car ce serait dommage de se hisser à une finale et de la perdre. Pour nous aussi, le plus difficile a été la demi-finale, contre les Yougoslaves. Pour vous dire la vérité, ils ont fini à neuf et ça nous a bien arrangé (deux expulsions en seconde période). On a su les faire disjoncter mais c’était techniquement et physiquement une équipe au top. Tous les joueurs qui la composaient ont ensuite atterri dans l’équipe A de leur pays. On savait qu’ils étaient les mieux armés pour nous déséquilibrer car on avait vécu avec eux à l’hôtel quand on était sur la côte Est, à Annapolis, et on avait vu leurs matches de préparation. C’était l’équipe favorite et on s’est dit que l’on jouait une finale. On avait réalisé un exploit en l'éliminant 4-2 après prolongation et avoir beaucoup bataillé, un peu comme les Bleus d’aujourd’hui. Ils nous ont fait peur, j’ai vu leur match contre l’Égypte et en première période, ce n’était pas désastreux mais pas loin, je me disais que l’on n’allait pas y arriver. Mais ils se sont remobilisés, ils ont fait ce qu’il fallait, ils ont joué à 100 % de leurs qualités et c’est passé. »
Jean-Philippe Mateta et les Bleus célèbrent avec le public leur succès en demi-finales (photo ICON SPORT / FFF).
LES FINALES
« Sortir un gros match »
« Le Brésil en 1984, on savait qu’il n’était pas au point sur le plan mental et cela s’est vérifié. L’Espagne, ce sera autre chose. Je l'ai vu jouer car j’ai été invité à donner le coup d’envoi de son quart contre le Maroc au stade Vélodrome et, franchement, j’ai vu une très grosse équipe, complète dans toutes les lignes. Même si elle a été bousculée en première période par le Maroc, qui a réussi à ouvrir le score sur penalty et l'a mise en difficulté parce qu’il l'a beaucoup provoquée. Mais il y a cette maîtrise espagnole, qui donne l’impression de voir leur équipe A. Ils ont le même profil de joueurs qui conservent bien le ballon, au point techniquement et physiquement, ce sont des monstres. Ils se trouvent facilement et font bien circuler mais le pressing que l’on pourra exercer fera que nos attaquants seront mis dans de bonnes conditions pour finir les actions. Les Français ont en tout cas intérêt à sortir le gros match pour rivaliser parce que sinon, ils seront en difficulté. La clé sera, déjà, de ne pas prendre de but et ils peuvent faire confiance à leur défense solide. Après, ce sera de provoquer et cela dépendra de notre milieu. Car si ces Espagnols ont des joueurs qui évoluent dans de grands clubs, à Barcelone, au Real, ils sont très jeunes comparativement à nous, ils ont moins de joueurs d’expérience. Il y a beaucoup de qualités dans cette Équipe de France, des individualités très fortes, une grosse défense et je la trouve bien en place. C’est une belle équipe. »
LES SÉLECTIONNEURS DES OLYMPIQUES
« Transmettre des valeurs »
« La clé en 1984, c’était Henri Michel, je vous le dis sincèrement. Il a su créer un état d’esprit qui a poussé notre équipe pendant les qualifications et durant ces Jeux. Il a inculqué certaines valeurs que l’on a conservées, il a choisi les joueurs qui en étaient animés. Il nous a portés avec son staff, Henri Émile (chef de délégation et adjoint) et Jacky Thiébaut (entraîneur adjoint), ces trois qui s’entendaient à merveille nous ont mis dans d’excellentes conditions. Il a eu le temps de préparer son équipe, de la bonifier et on a tous adhéré à son jeu, avec les profils qu’il fallait. Si aujourd’hui on est toujours amis, c’est bien qu’il s’est passé quelque chose pendant ces Jeux et c’est bien dommage qu’Henri ne soit plus là... Thierry Henry, on lui a donné les Espoirs puis les Olympiques et c’est pareil pour lui : on connaît le personnage, sa passion pour le football, on sent qu’il a créé un groupe et cherché à transmettre ces mêmes valeurs. »
Des Bleus 2024 et leur sélectionneur à l’unisson (photo ICON SPORT / FFF).
LES JEUX OLYMPIQUES
« Un état d’esprit »
« Ce n’est pas la Coupe du monde de football, on n’est pas dans un cocon, on est ouvert à tous les sports, à toutes les disciplines, c’est ce qui est plaisant. J’ai aimé cette ambiance et ce que j’ai préféré, c’est quand on est arrivés au village olympique. On était regardé un petit peu de travers au départ parce que, soi-disant, on était les premiers professionnels à participer à des Jeux alors que les Carl Lewis (quadruple médaillé d’or en athlétisme à Los Angeles), les Edwin Moses (médaillé d’or sur 400 m haies) et compagnie étaient tout aussi professionnels… Nous, en tout cas, on n’incarnait pas cela mais vraiment les valeurs de l’Olympisme. On était tous animés par ce plaisir de se retrouver et c’est pour cela que l’on est allés loin. Franchement, on n’avait pas de super joueurs, notre seule "vedette" était José Touré qui, le pauvre, n’a fait que deux matches (blessé en quarts de finale contre l’Égypte). On était des joueurs de devoir avec des qualités mais l’Équipe de France, comme les JO, c’est avant tout un état d’esprit. C’est un sélectionneur qui sait parler aux joueurs, les mettre en confiance... De bons joueurs, il y en a toujours eu mais il faut cette fibre de les faire fonctionner ensemble, trouver les bons compromis et ça, Henri Michel a su le faire. »
LES MÉDAILLES
« Fierté et frissons »
« Quand on reçoit la médaille et que l’on entend l’hymne français, il y a des frissons et je peux vous dire que l'on était fiers car on avait été à la hauteur. On repense à tout le chemin parcouru, à notre famille qui, à cinq heures du matin (pour cause de décalage horaire avec les États-Unis), doit regarder les images… En même temps, on n’est pas conscients de tout ce qui se passe alors en France, on ne peut pas s’imaginer ce que cela représente. C’est après, une fois que l’on a eu cette médaille autour du cou, que l’on a un peu réalisé même si on n’a, hélas, pas eu droit à la clôture des Jeux : il a fallu rentrer aussitôt dans nos clubs respectifs parce que le championnat reprenait quatre jours après. On a passé une belle nuit après la médaille, ça oui, mais on n’a pas assez bien profité de ce moment. Aujourd’hui, on est un peu comme (Yannick) Noah, le dernier Français qui a gagné Roland-Garros (en 1983) : les gens se souviennent qu’il y a des Français champions olympiques de football (rires). Les records sont faits pour être battus et vendredi, je souhaite que la médaille soit de la couleur jaune, que l’on ne soit plus les seuls avec l’or. Mais cela ne va pas être simple… »
Sur la plus haute marche du podium en 1984 (photo Michel BARRAULT / ICON SPORT).
Écouter le podcast :
Daniel Xuereb, à jamais le premier
PARIS 2024
« Beau et fabuleux »
« Je regarde les Jeux à la télé tous les jours et je me régale de voir les Lebrun (Alexis et son frère Félix, médaillé de bronze en tennis de table à Paris 2024), Léon (Marchand, quadruple médaillé d’or en natation), Teddy (Riner, double médaillé d’or en judo) et compagnie… C’est beau et cet engouement derrière toutes ces équipes de France, c’est fabuleux. L’organisation, bravo, les sites sont merveilleux, quand tu joues au volley sous la tour Eiffel, il faut vraiment être pleurnichard pour se plaindre de quoi que ce soit. On a la chance d’avoir une ville parisienne fabuleuse dont on a exploité au mieux tous les sites. Il en faudra des Jeux Olympiques pour que l’on soit battu là-dessus… »