ÉQUIPE DE FRANCE FUTSAL

Kévin Ramirez : « Le bon moment de dire au revoir »

lundi 4 novembre 2024 - 23:13 - RÉDACTION
Kévin Ramirez

Le capitaine de l’Équipe de France Futsal vivra ce soir face au Maroc à Laval (21h05, la chaîne L’Equipe) sa 113e et dernière sélection. Après le Mondial et avant les éliminatoires de l’Euro 2026, il a estimé que le moment était venu de dire adieu aux Bleus après onze saisons internationales.

« Ce France-Maroc constitue les retrouvailles de l’Équipe de France avec son public après l’aventure de la Coupe du monde et un match particulier pour vous…
Oui, c’est notre premier match après cette belle Coupe du monde. Avec le recul, il faut reconnaître que c’était un vraiment parcours magnifique, même s’il y a eu de la déception et de la frustration en fin de compétition. On s’est quittés sur ces sentiments-là en Ouzbékistan et on est d’autant plus heureux de revenir et de partager cette aventure avec le public, de remercier aussi le public mayennais qui nous a accompagnés pendant les qualifications. À titre personnel, ce match sera l’occasion aussi de remercier tout le monde pour la longue trajectoire qui a été la mienne en sélection, un beau parcours en bleu auquel j’ai décidé de mettre un terme. Ce sera le dernier match de ma carrière internationale.

Comment a germé cette décision ? On imagine qu’elle n’a pas été facile à prendre au regard de votre fidélité à l’Équipe de France et de votre investissement tout au long de ces dix années…Cela fait quelques mois que cette idée trottait dans ma tête. Il faut savoir s’arrêter. Après un parcours comme le nôtre à la Coupe du monde, je voulais finir sur une bonne note. J’arrive en fin de cycle, la concurrence pousse derrière. Même si on m’avait proposé de continuer pour prendre part aux qualifications de l’Euro, j’ai toujours pensé qu’il fallait savoir s’arrêter au bon moment et pour moi c’est le bon moment. 

Je vais continuer à suivre et soutenir cette équipe, ce groupe.

 

 

La Coupe du monde réussie ne vous a pas donné l’envie de prolonger un peu le plaisir ?
La Coupe du monde a été un feu d’artifice émotionnel. On est passé par toutes les émotions. Je l’ai répété plusieurs fois en Ouzbékistan et depuis notre retour avec nos familles, avec le président Philippe Diallo, on a vécu les plus belles émotions. C’est sûr que ça fait rêver, ça donne envie d’en vivre d’autres mais je suis persuadé que j’en vivrai d’autres, même si c’est à distance et plus sur le terrain parce que je vais continuer à suivre et soutenir cette équipe, ce groupe. On va se qualifier en Lettonie et en Lituanie pour le prochain Euro et je peux vous assurer que je serai là-bas. C’était vraiment pour le moi le bon moment pour cette transition. 

112
Le nombre de sélections tricolores de Kévin Ramirez.


Les Bleus ont atteint les demi-finales pour leur première Coupe du monde (Charles LÉGER / FFF).

Dans quel état d’esprit êtes-vous et comment vivez-vous cet ultime rassemblement ?
Je croque le rassemblement à pleines dents, un peu dans la lignée de ce que j’ai vécu en Ouzbékistan. Je vis tous les moments pleinement, je partage avec tout le monde, les joueurs, le staff et demain le public. Je profite tout simplement. Ce sont les derniers moments. Je ne me rends pas compte encore de ce qui va se passer. L’Équipe de France me manquera, c’est certain. Ces moments-là me manqueront, c’est normal, mais quand on a pris la décision, c’est mûrement réfléchi et il y a une forme de sérénité par rapport à ça. 

Comment vos coéquipiers ont-ils réagi quand vous le leur avez annoncé ?
Quand je l’ai annoncé au coach, il m’a dit qu’il avait pris un K.O. debout. Mais on a une très bonne relation. J’ai toujours été transparent et je me devais de le lui dire en premier. Quant à mes coéquipiers, Abdessamad (Mohammed) m’a dit qu’il n’était pas d’accord (sourire). Il m’a demandé pourquoi j’avais pris cette décision. Je lui ai donné mes arguments. Il ne les partage pas forcément, comme d’autres. Sid (Belhaj) m’a dit la même chose. Ma femme voulait que je continue aussi (sourire) mais j’ai envie de finir sur un super parcours, qu’on se rappelle de moi de manière positive. Je suis sûr que cette équipe va continuer de faire des belles choses.

32
Le nombre du buts inscrits par Kévin Ramirez avec les Bleus.


Dernière célébration lors de l'entraînement de veille de match (Pauline CARRÉ / APL / FFF).

Votre décision est irrévocable ?
Absolument, rien ne pourra me faire changer d’avis. Décision prise. Je suis têtu, je sais être têtu (rires) et là, pour le coup, j’ai kiffé vraiment tout au long de ces onze saisons avec le maillot bleu. Il reste un match, j’espère qu’on va le gagner car c’est important. On se doit de montrer qu’on était à notre place à la Coupe du monde et qu’on n’a pas effectué ce parcours pour rien. On va partager tous ces bons moments avec tout le monde, ce soir. On retrouve le public français après la Coupe du monde. On a ressenti un réel engouement, on a senti les gens nous pousser. Depuis notre retour d’Ouzbékistan, on a repris en club très rapidement. On a joué deux fois à l’extérieur et que ce soit le public, les dirigeants, dans les gares avec les supporters, on a été accueillis d’une certaine manière comme des héros. On était déjà à Laval, samedi, avec le Sporting Paris, tout le monde nous a félicités pour la Coupe du monde et pour le parcours. On sent qu’il y a quelque chose avec le public et en particulier ici avec le public mayennais. On va essayer de les remercier nous aussi. Depuis notre retour d’Ouzbékistan, on a enchaîné Après, je verserai sans doute quelques larmes, j’en ai déjà versées en Équipe de France, de joie, de déception ou de tristesse. Mais ces larmes-là ne seront que des émotions positives. Je suis prêt à franchir ce cap.

Au-delà des résultats, je retiens surtout les émotions vécues durant ces onze saisons. Cela restera gravé à vie parce qu’on les a vécus ensemble.

 

 

En 112 sélections, il s’en est passé des choses, certaines images vont sans doute ressurgir…
Au-delà des résultats, des victoires ou des défaites, je retiens surtout les émotions vécues durant ces onze saisons et le partage avec les joueurs avec les staffs, le public. Ce sont des moments précieux. Cela restera gravé à vie parce qu’on les a vécus ensemble. De ma première sélection aux États-Unis (juin 2014), moi qui n’avait pas encore de passeport français à l’époque, à cette demi-finale de Coupe du monde exceptionnelle, en passant par la toute première qualification à l’Euro 2018. Je n’oublierai pas non plus ce moment un peu compliqué à Chambéry où j’ai traversé l’un des moments les plus difficiles de ma vie pour des raisons personnelles. J’ai traversé ce moment en Équipe de France et j’ai été soutenu par des joueurs, par le staff. J’ai vécu ces moments-là en Équipe de France et je les ai surmontés avec l’Équipe de France.

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Le nombre de phases finales disputées par Kévin Ramirez en Équipe de France : Euro 2018 et Mondial 2024.


Lors de l'Euro 2018, première compétition internationale des Bleus (Ludovic BRUNEAU / FFF).

Ce France-Maroc est-il aussi l’occasion pour vous de ne pas quitter l’Équipe de France sur la double déception de la fin de la Coupe du monde ?
Au départ, je pensais que France-Ukraine serait mon dernier match, le match de trop peut-être. J’en avais parlé avec le coach et finalement, finir devant le public français, pouvoir dire au revoir à tout le monde ici en France après tant d’années et ne pas rester sur la frustration de la fin de Coupe du monde, c'est bien. Les planètes sont alignées depuis un certain temps. J’espère terminer sur une bonne note. C’est la vie d’un sportif de haut niveau : il y a un début et une fin. J’ai décidé que ce serait la fin maintenant. Et là, l’après Coupe du monde, un match amical, avant le début des qualifications à l’Euro, je pense que pour un changement de cycle, même si on a encore une ossature qui va rester à 80/90 %, c’était le bon moment pour moi.

Je suis persuadé que cette équipe peut continuer de nous faire rêver.

 

 

Qu’aimerais-tu que les gens retiennent de ta carrière en Équipe de France, toi l’un des six centenaires du groupe ?
Je ne suis pas le meilleur joueur, j’en suis conscient mais j’ai essayé de faire évoluer les mentalités depuis mon arrivée, de croire en nous, en notre potentiel, de croire qu’on est capable d’affronter n’importe quelle équipe. Sur ce point, on s’est vraiment rejoints avec le coach. C’est énormément d’investissement, de passion, de travail et de confiance. J’espère qu’on se rappellera de ça. On n'est peut-être pas la meilleure équipe mais l’addition de nos qualités peut nous emmener loin. Il faut croire en nous, on l’a montré à la Coupe du monde et je suis sûr qu’on peut aller encore plus haut. L’Équipe de France est sur de bons rails mais attention, le plus dur est toujours de confirmer. Quand on fait une performance de ce niveau-là, on est davantage attendu. Les adversaires vont nous aborder de manière différente. Il faudra être capable d’assumer ce rôle différent. On n’est plus l’outsider. On sera considéré comme favoris à presqu’à tous les matches. C’est aussi quelque chose qu’il faut porter et assumer. Mais encore une fois, je suis persuadé que cette équipe peut continuer de nous faire rêver.

La première sélection c’était aux États-Unis, la dernière ce sera contre vos meilleurs ennemis, le Maroc…
Quand je dis que les planètes sont alignées, c’est ça aussi. Je suis très heureux de jouer le Maroc. J’ai joué avec plusieurs joueurs qui composent cette sélection marocaine, j’ai des très bons liens avec cette nation, avec son sélectionneur aussi. C’est un grand match de mondialistes pour un retour en France, une super belle affiche pour finir, pour partager cette Marseillaise une dernière fois avec le public. 

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