ES Thaon, la nouvelle aventure « familiale »
Implanté dans un périmètre géographique très concurrentiel, l’ES Thaon (N3), qui affrontera Strasbourg en 16e de finale, mise sur la stabilité, des joueurs du cru et l’esprit familial pour performer.
À l’ES Thaon, la fidélité est légion. En lâchant enfin un « oui » en 1991, Nicolas Clasadonte (75 ans) était pourtant loin de se douter qu’il approcherait des noces de rubis. « Les deux anciens présidents sont plusieurs fois venus me voir pour que je prenne leur place, commence le chef d’entreprise. J’ai toujours refusé puis un jour, j’ai fini par accepter pour dépanner. » Trente-quatre ans plus tard, l’intérim court toujours, au rythme d’une nouvelle épopée en Coupe de France et d'un récent exploit face à Amiens (L2, 2-1) lors des 32es de finale.
Après l’OM (2001), Reims (2022) et Nantes (2024), une autre équipe de Ligue 1, le RC Strasbourg, va se présenter dans les Vosges pour défier le Petit Poucet Intermarché des 16es de finale, et offrir une nouvelle soirée hors du temps à Nicolas Clasadonte. « C’est un réel bonheur, savoure-t-il. Les gens viennent nous voir jouer et certains me disent : "Je préfère venir ici que sur une rencontre d’un niveau supérieur car on s’y plaît mieux, les joueurs se battent." Je me rappelle un temps où Thaon-les-Vosges était confondu avec une ville du même nom dans le Calvados. »
Le parcours de l’ES Thaon en Coupe de France
- 3e tour : AS Velaine-en-Haye (D2) – ES Thaon 1-12
- 4e tour : ES Laneuvevilloise (R2) – ES Thaon 1-4
- 5e tour : CS Sedan Ardennes (R2) – ES Thaon 1-4
- 6e tour : ES Thaon – Bogny FC (R1) 4-0
- 7e tour : US Sarre-Union (N3) – ES Thaon 0-2
- 8e tour : FC Lunéville (R1) – ES Thaon 0-4
- 32e de finale : ES Thaon – Amiens SC (L2) 2-1
- 16e de finale : ES Thaon – RC Strasbourg (R1), le mercredi 15 janvier
Aujourd’hui, les amateurs de football savent correctement placer sur la carte de France la commune de 9 000 habitants, située au cœur d’une région Grand Est ultra concurrentielle en la matière. Si Metz, à plus d’une centaine de kilomètres, et Strasbourg, encore plus loin, ne boxent pas dans la même catégorie, l’ES Thaon, pensionnaire de National 3, doit composer avec Épinal (N2), à un quart d’heure en voiture. « Les rapports sont courtois et la concurrence loyale », assure Michaël Ruez, manager général et adjoint de l’équipe fanion.
𝑽𝑰𝑪𝑻𝑶𝑰𝑹𝑬 𝑺𝑼𝑹𝑷𝑹𝑰𝑺𝑬 𝑫𝑬 𝑻𝑯𝑨𝑶𝑵 ! 🔥
— Coupe de France (@coupedefrance) December 21, 2024
Mené au score, l’@ESTHAONFOOTBALL (N3) crée l’exploit en renversant Amiens (L2) et se qualifie pour les 16es ! 🙌
La magie de la #CoupeDeFrance 🪄#ESTASC pic.twitter.com/QcE9oG6Trk
Le club de 450 licenciés, auréolé du Label Jeunes FFF « Élite » en 2023, tire même un certain profit de sa situation géographique. Et rayonne jusqu’à Nancy, 60 kilomètres au Nord. « On s’oriente sur des éléments de ce secteur qui n’ont pas réussi à percer et souhaite nous rejoindre. Il est important pour nous qu’ils puissent s’identifier et fédérer autour du club », explique Ruez. « On va principalement chercher des joueurs du cru, appuie son président. Certaines formations voisines n’en voulaient plus et quand ils arrivent chez nous, ils sont revanchards. On les prend pour les faire mûrir. »

Comme face à Amiens, l'ES Thaon pourra encore compter sur l'apport de son public contre le RC Strasbourg (photo Emilian BALDOW / ICON SPORT)
« Je considère tout le monde comme mes enfants »Nicolas Clasadonte, président de l'ES Thaon
En haut de la pyramide, ce travail est réalisé depuis 2017 par Romain Chouleur (39 ans le 10 janvier). Né à Nancy, l’entraîneur s’appuie sur son expérience d’ancien joueur, marquée à jamais par un coup d’éclat face à l’OL (2013), tenant de la Coupe de France, lorsqu’il évoluait à… Épinal. « Sa force, c’est de transformer les mecs en soldat, loue Nicolas Clasadonte. Par exemple, quand on a signé Diego Alves, qui a fait ses classes à l’ASNL, il avait pas mal de lacunes malgré son énorme talent. Au fil de l’eau, il les a gommées. »
Aucun départ ni arrivée l'été dernier
À 27 ans, ce défenseur vit intensément sa septième saison dans les Vosges. Une chose rare à ce niveau mais une évidence quand on a mis un pied à l’ES Thaon, qui n’offre pourtant aucun contrat fédéral. « L’été dernier, nous n’avons recruté ni perdu aucun joueur, se félicite Michaël Ruez. Dans l’équipe, nous avons un prof de sport, un boucher, des commerciaux… Même dans les sections de jeunes, ça ne bouge pas beaucoup. C’est important d’avoir une cohérence globale. Les gars se voient en dehors, partent en vacances ensemble. Dans les moments difficiles, c’est plus simple de s’en sortir car il y a une énorme solidarité. »

Romain Chouleur, entraîneur de l'ES Thaon depuis 2017, réussit à tirer le meilleur de son groupe (photo Emilian BALDOW / ICON SPORT)
Nicolas Clasadonte, lui, est le garant de cet état d’esprit. L’âme, même, depuis plus de trente ans et sa « prise de pouvoir » d’un club alors au niveau District. « On a créé une petite famille où il fait bon vivre. Tout le monde est très uni et personne n’a la grosse tête. Je considère tout le monde comme mes enfants, et je pense que c’est pour ça qu’on résiste toujours. Ici, certains sont bénévoles depuis plus de cinquante ans ! Cette longévité est incroyable. À Thaon, on n’est pas uniquement de passage. » C’est certainement le mieux placé pour en parler…
Un « derby du Grand Est »
Comme lors de son 32e de finale face à Amiens (2-1), l’ES Thaon recevra, mercredi 15 janvier à 18h30, le RC Strasbourg au stade de la Colombière, à Épinal. Un « court » déplacement de 130 kilomètres pour les Alsaciens, et « une confrontation entre voisins » selon Nicolas Clasadonte. « On va se mesurer à un club prestigieux, déjà vainqueur de l’épreuve. Ce sera un derby dans le sens où deux équipes du Grand Est vont s’affronter. Au-delà de ça, c’est toujours un immense bonheur de jouer une équipe de L1. Même si on a 1 % de chance de se qualifier, les garçons vont aller jusqu’au bout. S’ils se font battre, ce sera la tête haute », promet le président.
