Christian Perbet, une vie pour Espaly
Véritable passionné, Christian Perbet (58 ans) a transformé le club de Haute-Loire, le seul de sa vie, passé de District 1 au National 3 en dix ans, et adversaire du PSG en 16es de finale de la Coupe de France.
Comme chaque début de semaine, la balance trône au milieu du vestiaire. En ce premier lundi de janvier, les joueurs du FC Espaly sont priés de poser les deux pieds sur l’impitoyable juge de paix, avant de s’équiper chaudement pour affronter le froid tombé soudainement sur la Haute-Loire après un week-end de redoux. Il n’y avait pourtant pas besoin d’enfiler cache-cou, bonnet ou autre short long pour parcourir les quelques mètres jusqu’à la pièce « multi-usages » du complexe sportif du Viouzou, à la fois lieu de réunion, bar et aujourd’hui, salle de vidéo pour le débrief du dernier match.

Les joueurs d'Espaly réunis pour le débrief vidéo de leur coach, Lionel Vaillant, après le match amical face à Andrézieux-Bouthéon (photo Baptiste BOUTREUX).
« Deux types sont arrivés et m’ont mis Kévis (Gjéçi) dans mon bureau (...) J'avais deux solutions : l'envoyer dans la rue ou le prendre sous mon aile. »Christian Perbet, président du FC Espaly
Sur le court chemin, l’intégralité du groupe de National 3 salue chaudement Christian Perbet (58 ans), d’une tape sur l’épaule ou même d’une bise pour les plus intimes. C’est notamment le cas de Kévis Gjéçis, l’un des buteurs face à Dijon (N, 2-1) lors des 32es de finale de la Coupe de France. À 27 ans, l’attaquant arrivé d’Albanie il y a huit ans avec le rêve de devenir professionnel est considéré comme le quatrième enfant du président espaviot, lié comme un père et son fils par une histoire aussi folle que belle. « Le 30 janvier 2017, deux types sont arrivés et m’ont mis Kévis dans mon bureau. Ils m’ont dit : "On sait que tu cherches des joueurs de foot, il est très bon, on te le laisse." Je n’étais au courant de rien. Il avait une vielle valise avec du chatertone et ne parlait pas un mot de français. On lui avait fait miroiter des choses... J’avais deux solutions : l’envoyer dans la rue ou le prendre sous mon aile », rembobine celui qui est aussi directeur de TNT, une agence de communication. Aujourd’hui, le joueur parle cinq langues et travaille dans l’entreprise de son président, qui l’a hébergé au même titre que d’autres membres du club.
Le parcours d’Espaly en Coupe de France
- 3e tour : FC Espaly – Velay FC (R1) 2-0
- 4e tour : AS Chadrac (R3) – FC Espaly 0-2
- 5e tour : FC Espaly – Moulins-Yzeure Foot 03 A (N3) 1-0
- 6e tour : US Mozac (R2) – FC Espaly 0-2
- 7e tour : FC Espaly – AF Biars-Bretenoux (R1) 1-0
- 8e tour : USE Couzeix-Chaptelat (R2) – FC Espaly 0-3
- 32es de finale : FC Espaly – Dijon FCO (N) 1-1 (4 tab à 3)
- 16es de finale : FC Espaly – Paris Saint-Germain (L1) (mercredi 15 janvier, 21h00)
Chasseur de vipères et luge de fortune
Cet épisode est sans doute le symbole de l’identité du FC Espaly, où l’esprit de famille est au-dessus de tout. « La dynamique humaine m’importe plus que le football, martèle Christian Perbet. Cet été, 80 % de l’effectif est resté. Je n’aime pas les gars de passage. » Sans doute parce que pour lui, c'est toute sa vie. Le natif d’Yssingeaux a rapidement migré dans la petite commune de 3 500 habitants accolée au Puy-en-Velay, la dominante préfecture de Haute-Loire.
Sur les hauteurs d’Espaly-Saint-Marcel, le gamin s’amuse à chasser les vipères et les lézards, ou à descendre le pré pleine balle sur un sac plastique en guise de luge. À l’époque, Christian Perbet est sans doute loin d’imaginer que son terrain de jeu deviendra en 2019 l’un des stades (2 200 places) les plus atypiques de l’Hexagone. « Il logé dans une carrière, doté d’une pelouse hybride et aux normes pour le haut niveau, égrène-t-il fièrement. Tout le monde disait que c’était impossible, mais on l’a fait. »

Le stade du Viouzou, à Espaly-Saint-Marcel, a été construit dans une carrière (photo Baptiste BOUTREUX).
Ce mantra anime l’homme au caractère bien trempé à l’aube d’affronter le Paris Saint-Germain (voir encadré) lors des 16es de finale de la Coupe de France, mercredi 15 janvier (21h00), au stade Marcel-Michelin de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Un cadeau tombé du ciel, un aboutissement, même, à l’occasion de sa cinquantième saison en rouge et noir, les seules qui ont coloré sa vie.
Le gros lot pour Espaly (N3) qui jouera le vainqueur de Lens - PSG en 16es de #CoupeDeFrance ! pic.twitter.com/tWmHLZCIv8
— Le Progrès Haute-Loire (@LPRhauteloire) December 22, 2024
Du District 1 au National 3 en dix ans
D’abord « joueur du dimanche », le chef d’entreprise devenu compétiteur hors norme, au point de « détester perdre aux cartes contre ses enfants », a connu plus de succès depuis 2012 et sa nomination en tant que président. En une décennie, le FC Espaly s’est solidement structuré, devenant même le deuxième club du département derrière Le Puy Foot 43 (N2) au gré de quatre montées en dix ans, du District 1 au National 3.

Avant de penser au PSG, les Espaviots préparent d'abord la réception de Bourgoin-Jallieu, le samedi 11 janvier, en championnat de National 3 (photo Baptiste BOUTREUX).
Malgré un petit budget et un seul contrat fédéral, l’équipe dirigée par Lionel Vaillant (44 ans), champion de France U17 avec l’AS Saint-Étienne en 2013, a terminé à la cinquième place pour la première saison à ce niveau. Professeur d’EPS, le coach travaille comme la moitié de ses joueurs, aussi chéris que boostés par Christian Perbet. « Je suis présent à presque toutes les séances d’entraînement, au moins au début, assure-t-il. Je suis proche de tout le monde mais aussi très exigeant. Avec Lionel (Vaillant), la relation est fluide et on se dit les choses. Je fais partie des présidents qui disent que nous ne sommes pas tous des quiches (sic) sportivement, et qu’on peut avoir quelques idées même si, au final, la décision revient toujours à l’entraîneur. »
« Ce n'est pas un jubilé »
Le hasard fait parfois bien les choses. Avant de se voir désigner le Paris Saint-Germain comme adversaire pour les 16es de finale de la Coupe de France, Lionel Vaillant avait prévu de passer les fêtes de Noël à Barcelone. « Mes enfants ont voulu visiter le musée du Barça et il y a tout une partie consacrée à Luis Enrique. J’ai découvert son parcours de vie. C’est un grand Monsieur », encense le coach d’Espaly.
En poste depuis l’été 2023, ce professeur d’EPS a apporté énormément de rigueur en Haute-Loire pour sa première expérience comme numéro un à ce niveau : « Il a clairement changé notre façon de voir le football, assure Christian Perbet. Il bosse beaucoup et autour de lui, on a co-bâti un staff avec un préparateur physique, de la vidéo… Cela a permis de professionnaliser notre façon de travailler. » Suffisant pour titiller les partenaires d’Ousmane Dembélé ? « On essayera d’exploiter au maximum ce que l’on sait faire, souffle Vaillant. Ce qui est important, c’est de jouer le match. Ce n’est pas un jubilé. Après, on n’est pas fous et on sait très bien que ce sera compliqué. Il faudra vivre intensément ce moment et kiffer ! »
Le palmarès de la Coupe de France

Le calendrier
- 16es de finale : mardi 14 et mercredi 15 janvier 2025
- Tirage au sort des 8es de finale : jeudi 16 janvier 2025 (20h00, beIN SPORTS)
- 8es de finale : mercredi 5 février 2025
- Quarts de finale : mercredi 26 février 2025
- Demi-finales : mercredi 2 avril 2025
- Finale : samedi 24 mai 2025