Antony Gautier : « Être au service du jeu »
À l’aube de la reprise de la Ligue 1 McDonald’s version 2025-2026, le directeur de l’arbitrage de la FFF détaille les objectifs fixés aux arbitres de l’élite et les enjeux en matière d’arbitrage.
« Quelle est la ligne directrice de l’arbitrage pour cette saison 2025-2026 ?
La ligne directrice repose sur trois piliers : favoriser le spectacle et le jeu, protéger l’image du football, poursuivre l’ouverture de l’arbitrage. Les arbitres et la direction de l’arbitrage partagent le même objectif : être le plus performant possible, au service du jeu, du championnat et de ses acteurs.
Comment favoriser le spectacle ?
L’idée est d’avoir les matches les plus fluides possibles. Les arbitres ne doivent pas, par exemple, intervenir nécessairement sur les micro-contacts qui n’apportent rien au déroulement des rencontres. Ils doivent également diminuer autant que faire se peut la durée des interruptions des matches, par exemple en accélérant l’exécution des remises en jeu ou en diminuant raisonnablement le temps d’analyse de la VAR. Depuis deux saisons, le temps de jeu effectif en Ligue 1 fait partie de ceux les plus élevés en Europe, juste derrière la Ligue des Champions.
Qu’entendez-vous par « protéger l’image du football » ?
Il est important d’éviter les attroupements autour de l’arbitre et les contestations. Le règlement autorise désormais uniquement le capitaine à s’adresser à l’arbitre, de manière respectueuse, après s’être assuré que ses coéquipiers ne s’approchent pas de l’arbitre. Tout joueur qui ne respecte pas le rôle de son capitaine devra être averti. Cette règle figure officiellement dans les Lois du jeu depuis le 1er juillet 2025 : les arbitres sont tenus de l’appliquer avec fermeté pour contribuer à l’image positive du football français. C’est aussi un souhait qui a été exprimé lors des échanges avec les représentants des clubs de L1-L2 la saison dernière. Protéger l’image du football, c’est aussi être ferme sur les mises en danger de l’intégrité physique des joueurs. Cela signifie également, pour les arbitres, de faire preuve d’intelligence situationnelle et de maîtrise disciplinaire lors d’autres événements du match.
Depuis votre nomination en janvier 2023, vous prônez l’ouverture.
On accepte toujours mieux ce qu’on comprend. C’est pourquoi je milite pour l’ouverture, la pédagogie et la transparence. L’arbitrage français n’a rien à cacher. Notre ligne technique doit être claire et appliquée par les arbitres, elle doit être claire et comprise par les acteurs du jeu, par les observateurs et les fans de football.
De quelle manière ?
La direction de l’arbitrage fait en sorte d’avoir un dialogue constructif et permanent avec les clubs qui le souhaitent, à travers notamment le comité de liaison FFF-LFP-clubs et nos visites dans les clubs. Nous sommes toujours disponibles pour fournir des explications techniques à l’issue d’une rencontre, dans un climat de respect. Parallèlement, nous faisons de la pédagogie auprès des observateurs et du grand public sur les sujets majeurs de l’arbitrage. Je pense par exemple au débriefing (voir encadré). Nous essayons aussi d’humaniser la fonction car derrière un arbitre, il y a un homme et une femme.
Une meilleure compréhension de l’arbitrage passe aussi par la sonorisation. Où en est cette possibilité ?
Le sujet est très important pour la Fédération. En janvier 2023, le président de la FFF avait officiellement saisi l’IFAB pour lancer une expérimentation sur la sonorisation en direct et en continu et sur la communication au public des décisions de la VAR. L’IFAB avait refusé. Depuis, la communication dans les stades a été autorisée. Nous l’avons mise en place dans les Coupes de France féminine et masculine, à partir des demi-finales. Nous sommes prêts depuis juillet 2024 à la proposer en Ligue 1, dès que la LFP nous donnera le feu vert. Quoi qu’il en soit, la FFF est prête à s’impliquer sous quelque forme que ce soit dans la sonorisation. C’est le sens de l’histoire.

Photo Johnny FIDELIN / ICON SPORT
La VAR cristallise parfois les débats. Comment jugez-vous son utilisation ?
Depuis son introduction en 2018-2019, la VAR a prouvé sa véritable utilité puisqu’elle permet de corriger des erreurs évidentes. La saison dernière, elle en a corrigé 80% (contre 72% en 2023-2024). Il ne s’agit donc pas de la remettre en cause. La VAR est un outil d’aide à la décision des arbitres mais ne peut pas tout résoudre. Les Lois du Jeu sont rédigées de telle sorte qu’il existe des zones grises, sujettes à interprétation, que la VAR ne peut pas trancher de façon binaire. Il faut accepter ce postulat de zones grises et l’impossibilité pour la VAR de tout régler. »
Les arbitres en stats
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Au débrief'
Depuis la saison dernière, la direction de l’arbitrage de la FFF propose un débriefing d’une ou plusieurs actions de chaque journée, agrémenté des images du match et de la VAR (avec le son entre les arbitres). 77 actions ont ainsi été analysées, dans un but pédagogique. Il s’agit d’expliquer les Lois du Jeu qui ont amené l’arbitre à prendre une bonne décision, et parfois de préciser pourquoi il a commis une erreur en proposant la solution adéquate. La direction de l’arbitrage poursuivra cet effort pédagogique cette saison. Les débriefings seront à retrouver sur FFF.FR.