ARKEMA PREMIÈRE LIGUE

Sakina Karchaoui, capitaine capitale

jeudi 4 décembre 2025 - 14:03 - Vincent ORSINI
Sakina Karchaoui

Présente depuis cinq ans au Paris Saint-Germain, la joueuse internationale (29 ans) en est devenue la capitaine cet été. Pour fff.fr, elle évoque son nouveau rôle, la mutation des Rouge et Bleu ainsi que l'évolution du championnat. Entretien.

« Qu’est-ce que ça fait de porter le brassard dans un club comme le PSG ? Qu'avez-vous ressenti quand on vous l'a annoncé ? 
Je faisais déjà partie des cadres puisque j’étais vice-capitaine, j’ai également connu ça dans d'autres clubs comme en Équipe de France. Être capitaine, c’est surtout un plaisir. Le coach m’a fait confiance, on a échangé et honnêtement, plusieurs joueuses auraient pu l’être : Paulina (Dudek), "Kate" (Katarzyna Kiedrzynek), Griedge (Mbock) … Ce sont des filles importantes. Ça ne change pas vraiment ma façon d’être dans le groupe. Dans mon quotidien, non plus. Je suis quelqu’un de calme, mais je sais parler quand il faut. Il y a des moments où tu as besoin de ton calme et d’autres où tu dois prendre la parole quand l’équipe traverse un moment compliqué. Le coach me dit souvent que j’encourage beaucoup, que j’amène de l’agressivité positive aux entraînements. Pour moi, c’est un plaisir d’avoir ce rôle.

La fiche de Sakina Karchaoui

Le fait d'avoir déjà connu ça avec les Bleues, est-ce une reconnaissance supplémentaire ? 
Clairement, oui. Et ça donne de la confiance, parce que les coachs t’en donnent. Aujourd’hui, Griedge est capitaine des Bleues, je suis vice-capitaine. Au PSG, c’est l’inverse. On est dans un sport collectif : on a besoin les unes des autres, on a besoin des cadres. On vieillit, on approche de la trentaine… C’est logique dans une carrière. Et c’est un rôle qui me plaît : parler avec les jeunes, les intégrer, mélanger leur fraîcheur avec notre expérience. 

Karchaoui - Mbock, duo incontournable des Bleues et du PSG (photo Zoé JEULIN / FFF).

Et cette saison, l'effectif parisien est très jeune. Cela change-t-il votre comportement au quotidien ? 
C'est une volonté des dirigeants du club... et ils ont raison : il y a de vraies "pépites", dont certaines qui ne vont pas tarder à nous rejoindre chez les Bleues (sourire). Quand tu prends de l’âge et qu’on t’ajoute encore de la jeunesse autour, ton management évolue. Mais j’ai des sœurs, des nièces… et je me comporte pareil : je suis ouverte, on rigole mais dans le respect. Les jeunes sont à l’écoute et, quand tu as ça, tu as tout pour performer.

Il y a toujours des cadres autour de vous...
Bien sûr ! On est un noyau d’anciennes. C’est à nous de reprendre le vestiaire en main, de mettre certaines choses en place mais aussi d’écouter. On a beaucoup d’étrangères, donc beaucoup de langues, portugais, espagnol, anglais, néerlandais… On essaie de parler anglais pour que tout le monde soit à l’aise (sourire). Le but, c’est que chacune apporte son petit plus au collectif. 

130
Matches avec le Paris Saint-Germain toutes compétitions confondues
14
Buts avec le PSG, dont 11 en Arkema Première Ligue
27
Passes décisives avec le club de la capitale

C'est votre cinquième saison au PSG, parlez-nous de votre club. 
C’est un club incroyable, avec des superstars qu’on regardait quand on était plus jeunes. Moi, j’étais une fan d’Arsenal quand j’étais petite : je regardais Robin Van Persie, Samir Nasri. J’ai toujours aimé les joueurs spectaculaires, et à Paris, on est servi. L’équipe est jeune, talentueuse, la manière de travailler est top. Le club essaye aussi de superposer ça chez les féminines. On sait que ça prend du temps mais tant que ça avance, c’est le principal. Il faudra être patiente. 


Karchaoui lors du succès (4-0) des siennes sur Fleury (photo Ewen GAVET / ICON SPORT). 

C'est également votre quatorizème saison dans l'élite. Qu'est-ce qui a le plus évolué, selon vous ? 
Quand j’ai commencé, le football féminin n’existait quasiment pas. On jouait avec les garçons. Aujourd’hui, tu as des équipes entières de filles. Les clubs pros masculins ont apporté leur expérience, leur professionnalisme. On joue dans des grands stades, à Strasbourg, Lyon, Le Havre, Nantes… et ça donne de l’importance à la section féminine. Certains clubs, comme Montpellier où j’ai commencé, n’arrivent plus à gérer les deux sections et je trouve ça respectable que la section féminine soit reprise par quelqu’un qui a à cœur de la faire briller. Il y a aussi plus de supporters un peu partout, encore plus en Ligue des champions où on joue régulièrement au Parc des Princes, et c’est incroyable à chaque fois. Le football féminin progresse, et il y a encore une grande marge d'amélioration. Cela passera aussi par une victoire dans une grande compétition pour nous, l'équipe nationale. On en a conscience. 

Vous aussi avez évolué, passant de latérale à milieu de terrain. Pourquoi ce changement ? 
Je jouais attaquante ou milieu offensive chez les garçons : excentrée droite, gauche, numéro 10 .... J’aimais créer, passer. Mais lorsque je suis arrivée en première division, il y avait déjà des joueuses en place, alors on m’a fait jouer latérale. À Montpellier, Jean-Louis Saez m’avait dit qu’il voyait quelque chose pour moi à ce poste et m’avait encouragée à y rester car il pouvait m’ouvrir les portes des Bleues. Et il avait raison (sourire). J’ai fait mes preuves très tôt, à 17-18 ans, j’ai découvert la sélection où je jouais en alternance avec Amel (Majri), puis le sélectionneur Philippe Bergerôo a souhaité nous faire évoluer ensemble et l’a fait monter sur le terrain. Quand Hervé Renard est arrivé, il m’a dit que je pouvais apporter beaucoup au milieu, que j’aimais toucher le ballon. Il m’a testée contre l’Angleterre à Newcastle, ça s’est très bien passé et depuis je joue au milieu.

Amel a évolué, vous aussi .... La prochaine, c'est Selma Bacha ? 
Selma a toutes les qualités pour jouer latérale, et si elle veut le rester elle a le droit (rires). Ce n’est pas parce qu’Amel ou moi avons bougé qu’elle doit le faire aussi, même si elle a ce qu’il faut pour jouer plus haut. Pendant un match, les triangles changent, les positions s’inversent : l’essentiel, c’est de parler le même football. »

Bientôt centenaire avec les Bleues ?

Avec 96 sélections au compteur, celle qui fêtera ses 30 ans le 26 janvier prochain pourrait devenir d'ici peu la vingtième centenaire de l'histoire de l'Équipe de France Féminine. « C’est énorme. Je suis en Équipe de France depuis plus de dix ans, donc c’est une marque de confiance, de longévité, de constance. Le plus dur, c’est d’y rester et j’ai travaillé dur pour ça, j’ai été sérieuse, j’y ai mis du cœur. Il y a eu des déceptions et des moments de bonheur, mais le plus beau sera le jour où on gagnera quelque chose avec les Bleues. Je l’espère vraiment ».

 

L'Arkema Première Ligue sur FFF.fr

fédération française de football - FFF
Crédit Agricole logo EDF logo Nike logo Orange logo Uber Eats logo Volkswagen logo