Haroun-Belhaj : « De l’affection l’un pour l’autre »
En honorant sa 152e sélection face à la Belgique, Sid Belhaj (33 ans) est devenu ce jeudi 15 janvier 2026 le joueur le plus capé de l'histoire des Bleus. Il dépasse Djamel Haroun (42 ans), son ancien capitaine et ami.
C’était sans doute son destin. Chez lui, à Paris, Sid Belhaj (33 ans) est devenu, ce jeudi 15 janvier 2026, le joueur le plus capé de l’histoire de l’Équipe de France Futsal. Honoré à l’occasion de sa 152e sélection face à la Belgique au stade Pierre-de-Coubertin, le meneur des Bleus a effacé le record de Djamel Haroun (151), son ancien coéquipier - avec qui il a notamment disputé l'Euro 2018 - et actuel entraîneur adjoint de Raphaël Reynaud chez les Bleus. Pour l’occasion, les deux hommes ont revisité plus d’une décennie de futsal et d’une profonde amitié. Avec une grande sincérité. Morceaux choisis.
« Djamel Haroun : Tu te souviens de notre première rencontre ?
Sid Belhaj : C’était en club. Ça doit être durant la saison 2011-2012, lors de la finale de la Coupe puis du Championnat de France. On était adversaires (*). Ensuite, on s’est retrouvé coéquipiers en Équipe de France à l'occasion de ma première sélection, le 23 octobre 2012. C’était contre la Biélorussie (victoire 9-5), à Angers. Sur mon premier ballon touché, je marque, sur une passe de Kamel Hamdoud (sourire).
(*) Le Sporting Paris de Djamel Haroun avait battu le Paris Métropole de Sid Belhaj (7-4 en Coupe Nationale Futsal, le 12 mai 2012 à Strasbourg, puis 5-4 en championnat le 19 mai 2012, à Villeneuve-d’Ascq).
Djamel Haroun : C’est énorme, cela veut dire que ça fait treize ans qu’on se côtoie ! Moi, je t’ai vu arriver. Quand je vois ton fils (il accompagne Sid Belhaj ce jour-là), je te vois toi. Le petit bébé qui arrive tout doucement. Je me souviens de cette finale à Villeneuve-d’Ascq. C’est là que je t’ai remarqué. J’ai vu le renard sur le terrain, qui se faufilait partout.
Sid Belhaj : C’était une très belle rencontre d’ailleurs. On a perdu 4-5 alors que l’on menait 4-1. C’était l’un de mes premiers gros matches, face à un adversaire costaud. Le Sporting, c’était le meilleur club du championnat. Avec le Paris Métropole, on avait survolé la poule Sud et eux, la poule Nord. On s’était retrouvé en finale. J’avais 19 ans et c’était ma première saison en D1 au sein d’une équipe composée de pas mal d’internationaux.

Djamel Haroun et Sid Belhaj (photo Charles LÉGER / FFF).
Djamel Haroun : C’est vraiment à cette occasion que je t’ai découvert comme sportif. Et mon premier souvenir en tant qu’homme, c’est au Costa Rica (en 2013) avec la sélection. C’était un moment un peu difficile pour nous, les anciens, avec l’arrivée de la nouvelle génération. Tu avais adopté une posture qui m’avait beaucoup plu, celle de vouloir apaiser les choses. J’avais beaucoup apprécié. Je t’estimais déjà énormément, mais à ce moment, tu es vraiment rentré dans mon cercle fermé.
Sid Belhaj : C’était un moment particulier. Sportivement, on avait pourtant fait une belle performance face au Costa Rica qui, à l’époque, avait une culture futsal plus développée que la nôtre. Malgré tout, on avait performé en remportant le deuxième match (3-2 le 6 juin 2013, après un nul 1-1 le 5 juin 2013). En dehors, c’était moins fluide qu’aujourd’hui. Mais c’est là qu’on a vraiment commencé à se connaître même si avant cela, il y a eu les qualifications pour l'Euro 2014 durant lesquelles on a commencé à tisser des liens. Sportivement, ce n’était pas trop ça. On va dire que les débuts ont été mi-figue, mi-raisin (sourire). Mais ça reste de bons souvenirs.
Leurs parcours
► Djamel Haroun (42 ans), né le 6 juillet 1983 à Roubaix (Nord)
Clubs : Roubaix Futsal (2003-2011) ; Sporting Paris (2011-2017) ; Roubaix AFS (2017-2019) ; Gages Djibson (2019-2020) ; Sporting Paris (2020-2021)
Palmarès : D1 Futsal (2012, 2013, 2014), Coupe Nationale Futsal (2005, 2006, 2008, 2012, 2013, 2015).
Sélections : 151 capes, deuxième joueur le plus capé de l'histoire des Bleus.
► Sid Belhaj (33 ans), né le 28 août 1992 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)
Clubs : Paris Métropole Futsal (2011-2012) ; Kremlin-Bicêtre (2012-2017) ; ACCES Futsal (2017-2021) ; Sporting Paris (depuis 2021).
Palmarès : D1 Futsal (2015, 2016, 2021, 2022) ; Coupe Nationale Futsal (2014, 2016).
Sélections : 152 capes, joueur le plus capé de l'histoire des Bleus.
Djamel Haroun : Notre relation s’est vraiment construite au fil de l’eau. Ce n’est même pas explicable. En dehors du Costa Rica, rien ne m’a poussé à me dire que Sid allait devenir celui qui est aujourd’hui cher à mon cœur. Le jour où j’ai compris que ce garçon était important pour moi, c’est lors d'un match au Kremlin-Bicêtre avec le Sporting Paris. On mène au score et je veux temporiser. Et franchement, tu pouvais mettre n’importe quel membre de ma famille devant moi, si je ne voulais pas donner le ballon, je ne le donnais pas (sourire). Sid le voulait pour jouer vite, mais je le garde et ça l’énerve. Cela avait fait une histoire à la fin du match et ça m’avait vraiment touché. Et pour être touché autant, c’est que la personne compte pour moi.
Quand je suis arrivé chez les Bleus, il avait la posture du grand frère. Pas uniquement pour moi mais pour tous les jeunes. J’ai énormément apprécié.Sid Belhaj, à propos de Djamel Haroun
Sid Belhaj : Je me souviens très bien de ce moment. Pas longtemps après, il y avait un rassemblement en Équipe de France. On a discuté et très vite, on est passé au-dessus de ça. Pourquoi ? Parce qu’on se comprend et qu’on a de l’affection l’un pour l’autre. Au premier abord, je peux paraître assez réservé, timide. Mais j’ai besoin de temps pour m’ouvrir. Et ce qui s’est passé avec Djamel. C’est aussi une convergence des valeurs que l’on partage, sportivement mais surtout au quotidien. Quand je suis arrivé chez les Bleus, il avait la posture du grand frère. Pas uniquement pour moi mais pour tous les jeunes. J’ai énormément apprécié. C’est quelqu’un qui n’hésitait pas à donner des conseils, à être un leader et à montrer l’exemple. L’exemplarité est quelque chose de très important pour moi. J’ai vu ça chez lui et ça m’a plu.
Djamel Haroun : Moi je t’ai vu toquer à la porte des Bleus. Tu étais appelé chez les jeunes, sur lesquels on avait un œil. Sportivement, ça n’a pas été un chemin aussi facile que ça. Tu es arrivé fort, et il a fallu faire matcher les jeunes, les anciens et aussi le staff. À l’époque, on disait que le joueur de futsal devait être athlétique. Mais les gabarits comme Sid nous apportaient autre chose : de la fraîcheur dans la mentalité sur le terrain, le dépassement de soi mais surtout une culture tactique que l'on ne maitrisait pas. Ce qui était reproché à ses jeunes un peu plus frêles, c’était de perdre des duels face à certaines nations très athlétiques. Il fallait faire converger tout le monde dans la même direction pour grandir ensemble. Ça a parfois été difficile, surtout pour Sid. Je me posais même la question de savoir s’il avait encore envie de venir avec nous (en Équipe de France). Mais il n’a jamais rien lâché. Pierre Jacky (le sélectionneur) pouvait parfois attendre plus de lui sportivement. Néanmoins, il saluait toujours que c’était une personne très franche et qui donnait tout sur le terrain malgré certains désaccords. Il disait que Sid, c’était quelqu’un avec qui tu pouvais aller à la guerre. C’étaient les mots de Pierre, peut-être qu'il ne le savait pas car c’est la première fois que je lui livre.
Sid Belhaj : Il y a certaines choses que je savais. (Il réfléchit). Après, quand tu restes autant de temps dans une équipe, il y a forcément des hauts et des bas. J’essaye d’être quelqu’un d'intègre et de me donner à fond quoi qu’il arrive. À l’époque, je ne comprenais pas certaines choses mais j’ai toujours été le plus droit possible. Quand ça ne me convenait pas, je le disais. J’ai toujours mis un point d’honneur à tout donner, quoi qu’il arrive, afin d’être performant. J’aurais toujours la conscience tranquille de ce côté-là. Le reste ne m’appartient pas. Porter le maillot de la sélection nationale, c’est toujours un plaisir. Même si je ne sanctuarise pas, car cela reste du sport, tu as une responsabilité. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, voire plus, aimeraient être à ma place et tu représentes tout un pays.
C’est une fierté que ce soit mon petit frère qui devienne le joueur le plus capé de l’histoire de la sélection. Ce n’est pas n’importe qui et pour moi, cela a un sensDjamel Haroun, sur le record de sélections
Djamel Haroun : Et désormais, tu es celui qui l'a porté le plus. Quand j’ai arrêté de jouer, il y a deux choses qui me tenaient à cœur. Que Joévin Durot puisse devenir numéro 1 après moi car ensemble, on ne faisait qu’un. Ça s’est réalisé. Et le jour où on a remis le maillot pour fêter la 100e sélection de Sid en Croatie (le 28 janvier 2022 face à l’Ouzbékistan, 4-2, lors de Umag Futsal Nations Cup, à Novigrad), j’espérais que ce serait lui qui battrait un jour mon record. C’est une fierté que ce soit mon petit frère qui devienne le joueur le plus capé de l’histoire de la sélection. Ce n’est pas n’importe qui et pour moi, cela a un sens. Il sait ce que je pense de lui.

Djamel Haroun et Sid Belhaj réunis en janvier 2022, en Croatie, où le meneur a fêté sa 100e sélection face à l'Ouzbékistan (photo Ludovic BRUNEAU / FFF).
Sid Belhaj : Ce sont toujours des moments où tu fais le bilan, tu regardes un peu derrière et tu mesures le chemin parcouru. Évidemment, ça me fait plaisir de battre ce record. Je fais partie d’un projet plus global dans lequel on est tous acteurs de du développement du futsal français, comme Djamel l’a été avant moi et comme d’autres le seront après. On essaye tous d’apporter notre pierre à l’édifice et ce record est l’occasion de me dire que j’ai quand même participé au développement du futsal français et ça, c’est une vraie fierté. Je suis quelqu’un de très rationnel et j’aime bien me baser sur des faits irréfutables. En 2012, la France était autour de la 50e place du classement FIFA et aujourd’hui, on est 10e. J’ai fait en sorte, avec tous mes coéquipiers, que le futsal français soit respecté et reconnu au niveau international. Ça, c’est ma plus grande fierté.
Djamel Haroun : J’ai une dernière question pour toi Sid. Projet 2032 (*) ?
Sid Belhaj : Quand j’arrêterai, c’est que je ne serai plus performant, que je le sentirai et qu’on me le dira. Tant que je serai performant, je jouerai. 2032, ça fait loin. Ce sera l’année de mes 40 ans. Tout dépendra de mon niveau de performance par rapport aux autres joueurs. Être dans le staff ? C’est encore trop loin. Évidemment, c’est dans un coin de ma tête, mais il n’y a pas que le foot dans la vie. J’ai plein de projets en tête, ça en fait partie, mais dire que ça sera mon objectif, je ne peux pas l’affirmer. »
(*) Le Futsal espère être intégré aux Jeux Olympiques 2032, à Brisbane (Australie).