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Griedge Mbock : « Heureuse d'avoir trouvé ce chemin »

samedi 3 janvier 2026 - 17:11 - Ilan MERHABA

Capitaine des Bleues et cadre du Paris SG, la défenseure (30 ans) s’engage autant hors que sur le rectangle vert. Entre responsabilités syndicales et études de psychologie, elle place l’humain et le bien-être mental au cœur de son parcours.

Griedge Mbock mène une vie bien remplie. Engagée sur les terrains, la défenseure du Paris Saint-Germain et capitaine de l’Équipe de France féminine l’est également en dehors. Elle occupe des fonctions syndicalistes à l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) et à la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (FIFPRO), où elle défend et accompagne ses pairs. À cela, Mbock, 30 ans, a ajouté une activité supplémentaire en septembre dernier.

En effet, la Brestoise a effectué non pas une, mais deux rentrées. D’abord sur le terrain d’Arkema Première Ligue avec le PSG, puis sur les bancs de la fac, aux côtés des trois millions d’étudiants de l’Hexagone. Car oui, depuis quelques mois, Griedge Mbock suit une licence en psychologie. Si cette reconversion s’est accélérée après des blessures qui l’ont éloignée des terrains, c’est avant tout son intérêt pour le bien-être mental des athlètes qui l’a poussée vers cette discipline. Son tempérament d’observation et d’écoute, ainsi que son engagement pour la santé mentale des joueurs et joueuses, ont fait de cette orientation une évidence.

96
Sélections en Équipe de France (la première face à la Bulgarie, le 23 novembre 2013).
223
Matches disputés en Arkema Première Ligue (avec Saint-Brieuc, Guingamp, l'OL et le PSG).

 ENGAGÉE POUR SES PAIRS 

« Vous occupez des fonctions à l’UNFP et depuis peu à la FIFPRO. Pourquoi ?
Je me suis engagée afin de porter et transmettre les différents messages des athlètes, faire valoir leurs droits et les accompagner dans tous types de démarches si besoin. Je suis à l’UNFP depuis plusieurs années, d’abord en tant que déléguée et plus récemment au sein du comité de solidarité. C’est d’ailleurs en grande partie grâce à l’UNFP que j’ai intégré la FIFPRO, à qui ils ont proposé mon nom. C’est très enrichissant car l’organisation rassemble des joueurs et joueuses (via leurs syndicats) de différents pays. Ça me permet de connaître leurs situations à l’étranger et donc de pouvoir comparer puis apporter des solutions. Mon arrivée à la FIFPRO a élargi ma vision du football.

Quelles sont les actions concrètes que vous avez pu mener dans le cadre de ces engagements ?
Je suis très engagée sur la question de la santé mentale des athlètes. C'est un sujet qui prend de plus en plus d'ampleur, et c'est une bonne chose. Les athlètes sont souvent vus comme des robots, mais ce sont avant tout des humains, avec des émotions. Il est important de le reconnaître, d'en parler, et d'avoir un accompagnement pour ceux qui traversent des moments difficiles. Nous avons des préparateurs physiques, donc pourquoi ne pas avoir aussi des préparateurs mentaux ? Également, nous venons en aide aux footballeurs et footballeuses, actuels ou anciens, qui rencontrent des difficultés, que ce soit sur le plan financier ou sociétal. Par exemple, nous pouvons leur apporter un soutien financier ou les aider dans des démarches sociales si leur carrière prend fin et qu'ils rencontrent des difficultés.

Mbock et Le Sommer, anciennes coéquipières mais toujours unies sous la bannière UNFP (photo Philippe LECOEUR/ FEP / ICON SPORT).

Votre objectif est aussi de mettre en avant les valeurs du football.
Parfois, certains vont penser à leurs intérêts uniquement. Les organisations comme l’UNFP et la FIFPRO viennent "contrer" cet individualisme. Elles montrent justement que le foot est collectif sur et en dehors du terrain et prônent des valeurs d'engagement, d’unité et d'inclusion. Nous avons la chance de vivre de ce métier, et la base, c'est avant tout une passion. Il est normal de vouloir rendre ce que nous avons reçu et d'aider notre prochain. C'est aussi un message que nous devons transmettre à la jeune génération.

Quels droits les athlètes doivent-ils faire valoir ?
Les athlètes ont droit au respect et ne doivent ni être harcelés ni insultés. Les critiques font partie du sport, mais elles ont des limites : derrière le joueur, il y a une personne, avec des émotions. Les propos racistes ou homophobes relèvent du harcèlement, sont inacceptables et doivent être condamnés. Nous nous battons fermement contre ces discriminations. Et comme dit juste avant, nous avons le droit à tout type d’accompagnement : psychologique, social et même financier.

 LA PSYCHOLOGIE, SA NOUVELLE VIE 

Vous vous êtes lancée dans des études de psychologie depuis le mois de septembre. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce domaine ?
C'est principalement dû aux blessures que j'ai eues, aux moments où j'ai été éloignée des terrains. Ces périodes m'ont amenée à me remettre en question. C'est là que l'idée de la psychologie m'est venue. J'ai toujours eu un tempérament d'observation et d'écoute, et quand j'en ai parlé autour de moi, les gens n'étaient pas surpris et m’ont confortée dans l'idée de me lancer dans cette voie.

Comment conciliez-vous la vie professionnelle et scolaire ?
J'ai décidé de découper ma première année en deux pour que cela soit plus facile à gérer. J'ai environ 9 heures de cours par semaine à l'Université Paris Cité, à Boulogne. C'est une organisation qui me permet de bien suivre mes études tout en continuant à mener ma carrière de footballeuse.

Mode étudiante activé ! (photo Griedge Mbock / INSTAGRAM).

« La psychologie est ma vocation, je suis heureuse d'avoir trouvé ce chemin. »

 

Vos études en psychologie influencent-elles déjà votre vision du football ?
Cela m’aide à ne pas juger et à analyser les comportements des autres de façon plus objective. En psychologie, on apprend à observer sans juger, à adopter une posture avec du recul, ce qui m’aide à mieux comprendre ce que vivent mes coéquipières et à être plus bienveillante, à l’écoute. J’en parle fréquemment avec Sakina (Karchaoui) qui s'intéresse aussi à la psychologie. Parfois, quand on se retrouve face à un problème, je lui donne des exemples des cours que j'ai suivis, je lui parle de cas précis. Ce qui est vraiment bien, c’est que je suis en mesure de mettre des mots sur des phénomènes, des comportements. Tout cela m’aide réellement.

On dit souvent de vous que vous êtes une coéquipière bienveillante, à l’écoute, une grande sœur pour les plus jeunes. Et si la psychologie n’était pas tout simplement votre destinée, hors football ?
Oui, c’est fort possible. Destinée, et une aussi vocation, je pense. Les aléas du football, notamment les blessures, m’ont amenée vers la psychologie, c’était écrit. C’est une évolution naturelle pour moi, je suis convaincue que la psychologie est ma vocation et je suis heureuse d'avoir trouvé ce chemin.

Quand « Tata Griedgeou » parle, tout le monde écoute (photo Johnny Fidelin / ICON SPORT).

Envisagez-vous une carrière après le football dans le domaine de la psychologie ?
Ce n'est pas encore clair. Ce que je veux, c'est avant tout aider les autres, en particulier les jeunes. J'aimerais leur offrir un accompagnement, car je pense que plus tôt on commence, mieux c'est pour eux. En tant que footballeurs, nous avons un rôle à jouer, parce que les jeunes nous regardent. Ce que nous faisons, comment nous nous comportons, tout ça a un impact. Il est important de transmettre de belles valeurs à tous les étages. Cependant, j'hésite encore sur la manière de le faire, en cabinet ou via des interventions plus ponctuelles.

À l’automne 2024, l'Équipe de France a fait appel à un préparateur mental. En quoi cela a-t-il aidé l'équipe ?
Cela nous a beaucoup servi, notamment pour nous aider à trouver notre identité, sur le terrain et en dehors. Il nous a permis de mettre le doigt sur nos besoins et de nous aider à réfléchir à ce que nous voulions être, en tant que joueuses, et en tant qu’Équipe de France. Il nous accompagne toujours, mais nous laisse aussi une certaine autonomie pour que nous puissions définir notre propre chemin. Plus globalement, j’ai comme la sensation qu’il nous a libérées d’un poids et cela aura forcément un impact lors des prochaines échéances.

 MAMAN BLEUE 

Pour finir, vous êtes arrivée en Équipe de France à 18 ans, il y a maintenant 12 ans. Vous l’avez vue évoluer, se professionnaliser et atteindre un autre niveau sportif et médiatique. Comment jugez-vous cette progression ?
Vous ne me rajeunissez pas (rires) ! Il est vrai que l’Équipe de France a beaucoup évolué, grâce à des joueuses qui se sont battues pour obtenir plus de moyens et plus de reconnaissance. Aujourd’hui, on bénéficie de beaucoup plus de structures et de ressources qu’avant, ce qui est vraiment positif, non seulement pour nous, mais aussi pour la génération à venir. Le football féminin est plus que jamais sur la bonne voie, et c’est aussi une source de motivation pour les parents, qui y voient un potentiel avenir pour leurs filles, là où c’était encore flou il y a 10 ans. Désormais, c’est une réalité, tout comme pour les garçons.


(photo Zoé JEULIN / FFF).

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