Labourdins d’Ustaritz, pour garder l’avantage numérique
Le club basque des Labourdins d’Ustaritz est le premier lauréat du Prix numérique responsable du Fondaction du Football et Orange, pour son travail de prévention et d’éducation au numérique de ses jeunes joueuses et joueurs.
À Ustaritz, la capitale historique du Labourd – l’un des sept territoires basques traditionnels – le club de football dont l'équipe première évolue en Régional 3 est un acteur aussi essentiel de la vie locale que le collège Saint-François-Xavier, avec lequel il est associé dans une section sportive scolaire depuis cinq ans. Soucieux de transmettre des valeurs éducatives et citoyennes au-delà de la stricte formation sportive aux enfants des quelque 7 500 Uztariztars qui fréquentent ses installations de la Plaine de jeux d'Etxeparea, le Labourdins Foot, présidé par Frédéric Degert, s’est ainsi lancé depuis juin 2024 dans un travail de sensibilisation aux bonnes pratiques du numérique. Cette action, couronnée par le Prix spécial numérique responsable créé la saison dernière en partenariat avec Orange et remis lors de la cérémonie des Trophées Philippe-Séguin du Fondaction du Football en mai 2025, est décrite en quatre temps par Sylvain Linard, responsable technique des jeunes du club depuis juillet 2023 et cheville ouvrière du projet.
DÉCELER
« Comme victimes mais aussi comme coupables »
Né dans les Hautes-Pyrénées il y a vingt-cinq ans, Sylvain Linard a rejoint les Labourdins à l’été 2023 en provenance du FC Val d’Adour, club de Vic-en-Bigorre où il évoluait comme joueur et animateur. Passé responsable technique des jeunes, il se réjouit d’avoir intégré « un club de longue date très engagé dans le Programme éducatif fédéral (PEF), qui a toujours mené des actions de sensibilisation et de formation ». Celles sur le numérique ont commencé à partir de supports adaptés du PEF, « avant que l’on entende parler du partenariat pour le foot amateur qu’Orange mettait en place sur ce thème, avec des fiches déjà prêtes et un suivi ». Le rapprochement a ensuite été facilité par le père d’un jeune joueur, qui travaille pour l’entreprise de télécommunications. « Il avait eu écho de nos initiatives et c’est ainsi que l’on est entré formellement dans le partenariat mis en place pour le programme sur l’éducation au numérique, parfaite alliance d’Orange et du PEF ».
Une association tombée à point nommée, si l’on en croit l’éducateur. « En discutant avec les enseignants du collège Saint-François-Xavier d’Ustaritz, où l’on a une section sportive football depuis 2021, on s’est aperçu qu'une problématique d’abus liés au numérique revenait de plus en plus fréquemment dans le système scolaire. Si nous n'avons pas eu de cas réel au club, certains de nos licenciées et licenciés ont pu subir des actions de cyberharcèlement dans le cadre scolaire. Comme victimes mais parfois aussi comme coupables, sans forcément s’en apercevoir pleinement. Quand on est jeune, on ne se rend pas toujours compte de la portée ce que l’on fait. Il nous a donc semblé primordial de mettre en place cette sensibilisation ».
AGIR
« Des valeurs éducatives et citoyennes »
Les U11 à U15 ont été les premiers ciblés, avec des sensibilisations exercées en trois temps. « Cela commence par une présentation de l’atelier, explique Sylvain Linard. Elle est suivie des animations sur le terrain proprement dites, qui peuvent prendre plusieurs formes : un jeu sur le cyberharcèlement intégrant le ballon avec des "victimes", des "harceleurs" et des "complices", un autre en forme d’épervier pour mieux appréhender la différence entre amitiés réelles et amitiés virtuelles, un jeu avec des "chasseurs" posant à des "chassés" des questions plus ou moins sensibles, pour apprendre ce que l’on doit mettre ou pas sur les réseaux comme données... On termine toujours par un temps d’échanges sur le ressenti des enfants, ce qu’il en ressort, s’ils ont des questions… ».
Des actions plus ponctuelles ont complété ces ateliers récurrents : à l’occasion de la Journée de lutte contre le harcèlement du 7 novembre 2025, les jeunes du club ont ainsi mis un carton rouge au harcèlement dans le cadre du partenariat avec Orange (photo principale). Ces échanges répétés au fil de la saison ont permis d’alerter les jeunes sur les risques qui peuvent être associés au web et aux réseaux sociaux, de les aider à mieux comprendre les bons comportements à adopter en ligne et de les accompagner vers un usage responsable du numérique.
Les plus petits ont ensuite été concernés, mais de manière différente. « Sur le foot à 5, on est encore dans l’insouciance et assez éloigné de tous ces aspects. Quand on a 8 ou 9 ans, on n’a normalement pas de téléphone à l’école et on est donc à l’abri du cyberharcèlement. En revanche, on peut parfaitement démarrer avec eux sur les notions de temps d’écran excessif, une nouvelle action d'ailleurs mise en place par Orange ». Ces plus jeunes ont néanmoins été sensibilisés en octobre dernier à travers deux ateliers PEF sur le cyberharcèlement et la différence entre amitiés réelles et virtuelles, réservés à une trentaine d’U9 à U12. « Au-delà de la formation sportive, notre priorité reste en effet la transmission à toutes et tous de valeurs éducatives et citoyennes », insiste Sylvain Linard. Et c’est bien l’ensemble du club qui s’est mobilisé dans une action complémentaire initiée par Orange : une collecte de matériel électronique usagé (téléphones portables, tablettes…) afin qu’il soit recyclé, avec au total plus de 20 kg récoltés.
La collecte de matériel électronique à recycler est l’une des autres actions menées par le club avec Orange (photo Labourdins Foot d’Ustaritz).
INFORMER
« Main dans la main... Et en contact permanent »
Cet engagement au sein du club se double d’interventions dans les établissements scolaires de son secteur. « Au-delà de la section sportive football, on se déplace chaque saison dans une dizaine d’écoles élémentaires du territoire. On profite fréquemment de ces temps d’initiation à l’activité football pour greffer des passages éducatifs dans la séance en adaptant des actions que l’on a pu mettre en place en lien avec le harcèlement, la protection des données, amitiés réelles versus amitiés virtuelles… ». Le tout en bonne intelligence avec le corps enseignant. « On présente d’abord la séance à l’instituteur ou à l’institutrice, avant d’animer les ateliers ensemble. Ils apprécient le plus souvent que notre présentation dépasse le cadre du foot et d’être placés au cœur du projet éducatif. Quand on prend le temps de bien expliquer et que l’on met l’ensemble en place en lien avec l’éducatif, le système scolaire est très réceptif. On a toujours très bien travaillé main dans la main ».
Le même souci de bien informer est présent auprès des parents. « Comme dans beaucoup de clubs, on a une réunion de début de saison où l’on explique le mode de fonctionnement du club et la façon dont va se passer la saison avec leurs enfants. On a aussi la chance d’avoir un outil de liaison interne qui nous permet de communiquer facilement avec l’ensemble de nos licenciées et licenciés : il nous arrive ainsi très régulièrement de passer des infos assez diverses et on peut l’utiliser pour transmettre aux parents une sensibilisation sur ces points particuliers. Enfin, on a la chance que les parents suivent bien leurs enfants : ils sont très souvent au bord des terrains et leur engouement facilite les échanges, formels comme plus informels. On est en contact permanent, il est dont plus facile de diffuser de l’information ».
La section sportive football du collège Saint-François-Xavier d’Ustaritz (photo SFX/Labourdins Foot d’Ustaritz).
TRANSMETTRE
« Du clé en main à s’approprier »
Poursuivie cette saison par le club, l’action ne demande qu’à être amplifiée selon Sylvain Linard. « L’objectif est de garder la même dynamique et, chaque année, de sensibiliser l’intégralité de nos générations U9 à U15. Mais aussi d’aller un peu plus loin grâce à des intervenants extérieurs. On a ainsi un partenariat avec la Real Sociedad (club de Saint-Sébastien, en Pays basque espagnol) qui dispose d’un programme visant à sensibiliser et à expliciter tout ce qui se passe aujourd’hui autour des terrains, qui ne concerne pas strictement l’aspect sportif mais est en lien direct avec le foot. Sont notamment abordées les thématiques du cyberharcèlement et du harcèlement, la conduite que doit tenir un éducateur, le vocabulaire adapté pour s’adresser aux enfants, les mots à utiliser, les façons de se prémunir en étant, par exemple, jamais seul quand on ramène un enfant… On est très bien accompagné par la Fédération et son Programme éducatif mais dans la continuité de nos actions, cela peut nous permettre d’approfondir à partir d’approches un peu différentes et complémentaires ».
L’important est ailleurs selon l’éducateur, qui incite fortement les autres clubs à s’emparer des dispositifs fédéraux. « Il ne faut pas avoir peur en se disant que cela va prendre du temps ou parce que l’on ne se sent pas compétent pour mettre en place ce genre d’actions. En fait, on dispose de fiches PEF très simples, très explicites et faciles à mettre en œuvre. Et si l’on se demande si c’est compatible avec la pratique du football, la réponse est oui. Tous les ateliers proposés peuvent facilement être intégrés aux entraînements, même si l’on n’a que deux sessions par semaine. C’est très complémentaire : un atelier PEF peut parfaitement être proposé en début de séance et porter un message éducatif à travers des jeux très ludiques. En résumé, cela ne prend pas tellement de temps, c’est compatible avec l’aspect football et on est très bien accompagné avec des outils et des supports clés en main qu’il n’y a plus qu’à s’approprier… ».
Mathieu Amat, responsable des partenariats et de la communication du Labourdins Foot d’Ustaritz, et Frédéric Degert, son président, avec le trophée récompensant l’action du club (photo Labourdins Foot d’Ustaritz).
LE LABOURDINS D’USTARITZ EN VIDÉO
Les bonnes pratiques du football amateur
Avec cette série des « Belles réussites du football amateur », la FFF met à l’honneur les initiatives et actions engagées par ses clubs partout en France. De quartier ou ruraux, avec plus ou moins de licenciés et licenciées mais toujours la même passion des pratiquants et pratiquantes, éducateurs et éducatrices, dirigeants et dirigeantes, de tous âges et toutes générations.
- Étape 1 : Les Enfants de la Goute-d’Or (Ligue de Paris Île-de-France)
- Étape 2 : RC Lemasson Montpellier (Ligue d’Occitanie)
- Étape 3 : GF Gesté-Tillières (Ligue des Pays de la Loire)
- Étape 4 : AS Bidache FC (Ligue Nouvelle-Aquitaine)
- Étape 5 : FC de Beausoleil (Ligue Méditerranée)
- Étape 6 : Val d’Europe FC (Ligue de Paris Île-de-France)
- Étape 7 : AS Pagny-sur-Moselle (Ligue du Grand Est)
- Étape 8 : FC Saint-Étienne-du-Rouvray (Ligue de Normandie)
- Étape 9 : Lyon-La Duchère (Ligue Auvergne Rhône-Alpes)
- Étape 10 : TO Jura Foot (Ligue Bourgogne Franche-Comté)
- Étape 11 : Lamballe FC (Ligue de Bretagne)
- Étape 12 : FC Plessis-Robinson (Ligue de Paris Île-de-France)
- Étape 13 : US Noyelles (Ligue des Hauts-de-France)
- Étape 14 : AS Fontonne Antibes (Ligue Méditerranée)
- Étape 15 : Olympique Senséen Arleux-Féchain (Ligue des Hauts-de-France)
- Étape 16 : CSO Amnéville (Ligue Grand-Est)
- Étape 17 : CS d’Ayze (Ligue Auvergne Rhône-Alpes)
- Étape 18 : AS Ginglin Cesson (Ligue de Bretagne)
- Étape 19 : ASC de Montgaillard (Ligue Réunionnaise)
- Étape 20 : AS de Valognes Football (Ligue de Normandie)
- Étape 21 : US Ramonville (Ligue d’Occitanie)
- Étape 22 : SF Besançon (Ligue Bourgogne Franche-Comté)
- Étape 23 : FC de Saint-Mandé (Ligue de Paris Île-de-France)
- Étape 24 : Labourdins Foot d’Ustaritz (Ligue Nouvelle-Aquitaine)