Le plan de protection des arbitres en action
Cette saison 2025-2026 marque le déploiement du plan fédéral de prévention et de lutte contre les incivilités et les violences dans le football. Avec, comme cœur de cible, le renforcement de la protection des arbitres.
Le samedi 14 juin dernier, lors de l’Assemblée fédérale d’été réunie au CNF Clairefontaine, le président de la FFF Philippe Diallo avait annoncé le lancement d’un plan d’action pour prévenir et lutter contre les incivilités et les violences dans le football, sur et en dehors des terrains. Un plan, adopté la veille par le Comité exécutif, d’une ampleur inédite destiné à agir sur l’ensemble des acteurs du football et à renforcer la protection en particulier du corps arbitral. Comment ? Par un arsenal de mesures complémentaires de nature dissuasive mais aussi un volet répressif sans précédent : caméras portatives, caméras de bord terrain, temps morts, exclusion temporaire (carton blanc), alourdissement du barème disciplinaire, dépôts de plaintes, coopération accentuée avec les pouvoirs publics…
La saison en cours a marqué le déploiement des premières dispositions de ce plan et ainsi la détermination de la FFF à graver dans les esprits un message clair : celui de la tolérance zéro pour toutes les dérives à l’égard des arbitres, amateurs et professionnels.
Philippe Diallo à Saint-Jacques-de-la-Lande, dimanche (photo Lucas BRONCHART / ICON SPORT).
Ce message, Philippe Diallo l’a répété dimanche après-midi au stade Allende de Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), près de Rennes, où le match entre l’AS Saint-Jacques (D4) et l’Espérance Chartres-de-Bretagne (D3), comptant pour les 32es de finale du Challenge 35, a été choisi par la FFF pour illustrer sur le terrain l’utilisation des caméras portatives. C’est équipé de l’une d’elle que Aliou Dieng, l’arbitre, a dirigé cette rencontre, en présence donc du président de la FFF, mais aussi du président de la LFA, Claude Delforge, du directeur général de la FFF, Jean-François Vilotte, et du directeur de l’arbitrage, Antony Gautier.
L’occasion de faire le point avec ce dernier sur la mise en œuvre des mesures dédiées à la protection des arbitres.
LE PLAN FÉDÉRAL
« Un niveau d'action jamais atteint »
Antony Gautier : « Nous sommes en présence d’un niveau d’action jamais atteint au niveau de la Fédération, qui vient s'ajouter à ce qui a déjà été fait dans le passé ou localement dans certains territoires. Mais c’est la première fois que la FFF s’engage de manière aussi large et aussi significative en termes de dissuasion et de répression, en faveur de la protection des arbitres. Le retour des arbitres est très positif. Ils sont extrêmement satisfaits de cette démarche pro active de la FFF et se sentent renforcés dans leur mission. Rappelons que la loi Lamour de 2006 qualifie leur activité de mission de service public et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à la prison en cas de violences à leur égard.
Pour cette saison, l’idée, dans un premier temps, était de fournir aux ligues et districts des mesures concrètes à mettre en œuvre dans les délais de leur choix, puis de faire un bilan à la fin de la saison pour ensuite décider ce qui pourra donner lieu à une obligation ou une généralisation. À cet éventail de mesures, il faut aussi ajouter la volonté de systématiser le dépôt de plainte de la FFF ou de se constituer partie civile dès lors qu'elle a connaissance d'une agression d'arbitre ainsi que l' accent particulier mis par la direction de l'arbitrage sur la formation continue des arbitres à la gestion de conflits, notamment à travers le module Tout Terrain. »

Antony Gautier, directeur de l'arbitrage à la FFF, ici avec Aliou Dieng, arbitre amateur, pointe déjà les effets positifs des mesures mises en place (photo FFF).
LES CAMÉRAS PORTATIVES
« Le comportement des joueurs change »
Antony Gautier : « Le port de caméra est un dispositif réglementaire inscrit dans les lois du jeu de l’IFAB. Nous l’avons déployé cette saison dans 42 territoires - 3 ligues (Corse, Martinique, Réunion) et 39 districts (ruraux, urbains, péri-urbains) - identifiés sur la base de l’outil « ressenti » mis en place en août 2023 sur le portail des arbitres. Cet outil permet d’obtenir des statistiques par territoire - et même par club, pour qu’il soit accompagné sur ces thématiques si besoin - sur la base de deux questions posées électroniquement aux arbitres après leurs matches : ont-ils été confrontés à des comportements irrespectueux durant le match et si oui, de la part de qui ? Et ont-ils eu peur pour leur intégrité physique ou psychologique ?
Nous avons ainsi repéré, pour cette première phase de déploiement, les territoires présentant les taux d’insécurité les plus élevés, en métropole et Outre-Mer. Les ligues et les districts ont la main pour décider des matches sur lesquels ils souhaitent intervenir. En cas d’incident, les images sont mises à la disposition de la Commission de discipline concernée.
La première vocation de ce dispositif est d’être dissuasif. Les six districts qui avaient décidé de s’engager dans cette expérimentation avant cette saison ont fait un constat : aucun incident n’est survenu sur les matches identifiés comme sensibles. L’effet dissuasif de la présence caméra fonctionne donc. Et c’est ce que l’on en attend. Chaque incivilité évitée, on prend ! Globalement, le comportement des joueurs changent, ils se montrent plus respectueux, plus réservés dans les contestations. »
Caméra, mode d'emloi
Un usage strictement encadré et sécurisé
Face au risque pour les droits et libertés des personnes concernées, la FFF a réalisé une Analyse d’Impact relative à la Protection des Données (AIPD), aux fins de rendre le dispositif respectueux de la vie privée et de démontrer sa conformité au RGPD. La FFF a rédigé une « AIPD Cadre » étudiée et approuvée par la CNIL. Le stockage et l’utilisation des images se fait via une plateforme sécurisée. Les caméras sont du modèle de celles utilisées par les policiers. En cas de vol, impossible d’en extraire les images (pas de carte SD).
Quel est le fonctionnement d'une caméra ?
Les arbitres ont reçu une formation pour leur installation et leur utilisation.
- La caméra tourne en permanence, mais les images sont enregistrées uniquement quand l’arbitre appuie sur le bouton d'enregistrement.
- Grâce à une zone tampon, l’enregistrement débute automatiquement 30 secondes avant le déclenchement du bouton enregistrer, afin de capter l’incident qui aurait incité l’arbitre à l'activer.
- L’enregistrement s’arrête dès que l’arbitre appuie sur le bouton stop.
- En cas d’activation par l’arbitre central, un voyant lumineux s'allume, afin que les personnes concernées soient informées de cette activation.
- L’activation de la caméra par l’arbitre est autorisée dans les zones suivantes : le terrain, les accès au terrain, les déplacements de l’arbitre central et le cas échéant dans le vestiaire de l’arbitre central.
(Photo Lucas BRONCHART / ICON SPORT).
Que deviennent les images après le match ?
- La conservation des images porte sur les 30 dernières secondes qui précèdent l'activation et jusqu'à l'arrêt de l’activation par l'arbitre central.
- Si aucun fait n’a été révélé dans les rapports des officiels (arbitres, délégués), les images enregistrées sont détruites.
- Les images enregistrées sont stockées sur une plateforme dédiée. Seuls des référents caméra (1 ou 2 par territoire) possèdent les codes pour y accéder.
- Tout accès à la plateforme (dépôts des images, visionnage, extraction) est tracké : on sait qui a regardé quoi et quand.
- Une Commission de discipline a 30 jours après la date du match pour réclamer les images.
- Les enregistrements sont transmis sur support sécurisé par le référent caméra. Ils peuvent être présentés à l’audience. Les enregistrements sont conservés le temps de la procédure disciplinaire, puis supprimés.
LE CARTON BLANC
« Un outil supplémentaire pour l’arbitre »
Antony Gautier : « Le carton blanc est associé à une sortie du terrain, dite exclusion temporaire, de dix minutes. Il a surtout une vocation préventive et éducative en réponse à des comportements contestataires excessifs ou déviants (hors actions de jeu), des situations inconvenantes créées par certains joueurs et qui sont sanctionnables. au regard des Lois du jeu. Nous sommes allés plus loin sur le dispositif fédéral en proposant une innovation puisque le carton blanc peut aussi être attribué à un entraîneur, ce qui se traduit par la sortie de son capitaine pendant dix minutes. Nous savons très bien en effet, que donner un carton blanc à un entraîneur qui conteste depuis le banc de touche n’a que très peu voire pas du tout d’effet sportif sur le déroulement de la rencontre.
L’idée est donc de coresponsabiliser l’entraîneur et le capitaine. Nous ferons un point sur cette innovation à l’issue de la saison, mais les premiers retours sont positifs.
Pour cette saison, nous avons choisi de laisser aux ligues et districts qui avaient déjà mis en place le carton blanc la latitude de garder leurs modalités d’application, parfois différentes d'un territoire à l'autre. Mais, pour être toujours plus lisible, je souhaiterais que le dispositif du carton blanc soit généralisé et uniformisé sur tous les territoires. »
Les pauses d'apaisement, une solution face aux excès de tension (photo Sulyvan MANFROI / APL / FFF).
LES PAUSES D’APAISEMENT
« Une vraie nouveauté »
Antony Gautier : « Nous avons établi un protocole de pauses d’apaisement - ou temps morts-, une vraie nouveauté. C’est un outil supplémentaire à la disposition des arbitres. Dans un match, lorsqu’un arbitre sent que la tension monte, que la maîtrise du match peut lui échapper, il a la possibilité d’interrompre le jeu, de renvoyer chacune des deux équipes dans leur surface de réparation, de convoquer les capitaines et les entraîneurs afin d’échanger avec eux pour que la pression retombe au bout de quelques minutes. Certains districts se sont déjà engagés dans cette voie. Les premiers retours que l’on a sont positifs. »
LA RÈGLE DES CAPITAINES
« Une nouvelle règle dans les Lois du jeu »
Antony Gautier : « Nous avions mis cette disposition en place en Ligue 1 et Ligue 2 et dans les compétitions fédérales, de manière un peu prématurée, dans la continuité du championnat d’Europe 2024 où elle avait été introduite par l’UEFA. Cette fois, elle figure officiellement dans les lois du jeu depuis le 1er juillet 2025. C’est devenu une règle : le capitaine est le seul joueur sur le terrain à avoir le droit de s’adresser à l’arbitre pour demander une explication sur une décision. Nous avons sensibilisé les ligues et les districts pour que l’accent soit mis sur cette règle dans les formations d’arbitres, avec également une communication aux clubs en ce sens. »
Rappel : seul le capitaine a le droit de s'adresser à l'arbitre ...(photo Pierrick CHASSINE / APL / FFF).
LE BARÈME DISCIPLINAIRE
« Jusqu'à la radiation à vie »
Antony Gautier : « L’Assemblée fédérale du 13 décembre dernier à Paris a revu à la hausse les sanctions prévues dans le barème disciplinaire pour les comportements repréhensibles visant les officiels (bousculade volontaire, tentative ou acte de brutalité ou de coup, crachat…) à partir d’un certain niveau de gravité. Désormais, nous pourrons aller jusqu’à la radiation à vie dans le barème de référence (pour un acte occasionnant une blessure dûment constatée par un certificat médical, entraînant une ITT. supérieure à 8 jours), ce qui est inédit dans les textes de la FFF. C’est un message très fort, l’illustration de la tolérance zéro annoncée par le président de la FFF pour tout licencié quel qu’il soit (joueur, éducateur, dirigeant, personnel médical), qui, demain, s’en prendrait physiquement à un arbitre. La FFF ne le voudra plus sur un terrain de football. Certaines ligues ou certains districts avaient déjà pris des sanctions disciplinaires en ce sens mais au niveau de la Fédération, c’est la première fois. Outre les suspensions, des retraits de points pour les équipes sont également dorénavant possibles. »
Vers une Convention État-FFF
Si le plan d'action fédéral vise à renforcer plus particulièrement la protection des arbitres officiant au niveau amateur, il n'oublie pas ceux du secteur professionnel. La FFF travaille ainsi à impulser une nouvelle coopération avec les pouvoirs publics afin d'aboutir à la signature d'une convention de portée nationale. « Nous avons discuté d'un premier projet de Convention avec le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Justice et le ministère des Sports en juin dernier, explique Antony Gautier. Les discussions se poursuivent et nous restons proactifs sur ce projet de convention qui comprend un volet important pour les arbitres professionnels. Bien que mieux protégés sur le terrain que leurs collègues amateurs, ils sont aussi très exposés médiatiquement et sur les réseaux sociaux./ Nous avons hélas vécu des événements inacceptables la saison dernière. L’État est prêt à nous accompagner sur ce sujet. »