ARKEMA PREMIÈRE LIGUE

Prometteuses, ces jeunes

mercredi 28 janvier 2026 - 16:46 - Ilan MERHABA avec Romain COLANGE et Vincent ORSINI

Officialisé en avril 2023, le Plan de développement du football féminin de haut niveau et notamment la structuration de sa formation au sein des clubs récolte ses premiers fruits avec l’arrivée d’une jeunesse talentueuse qui perce en Arkema Première Ligue.

Au moment où la pratique a amorcé un nouveau virage dans la foulée de la mise en oeuvre du Plan de développement du football féminin au printemps 2023 puis avec la création de la Ligue Féminine de Football Professionnel (LFFP) un an plus tard, la jeunesse a su en profiter. Une jeunesse qui surprend par sa précocité physique, technique et mentale face au défi du football de haut niveau. Ce phénomène, qui ne doit rien au hasard, découle d’un processus de formation de plus en plus complet, calqué sur le modèle masculin.

Si l’expérience prédominait souvent jusque-là en Arkema Première Ligue, les mentalités évoluent. Les entraîneurs offrent confiance et continuité aux talents émergents, poussés par une volonté accrue des clubs de l’élite à privilégier la formation maison. Qu’elles aient 16, 19 ou 23 ans, les meilleures jouent. Car oui, à elles aussi, on ne leur parle pas d’âge.

23,9
L’âge moyen en Arkema Première Ligue pour la saison 2025-2026.
20,9
La moyenne la plus jeune en championnat cette saison, au MHSC Féminines.
8
Championnes d'Europe U17 de la génération 2006 (A. Bizet, O. Graziani, J. Swierot, Maé. Mendy, Mél. Mendy, L. Joseph, C. Effa Effa et E. Rambaud) évoluent en Première Ligue.

Un parcours de formation solidifié 
La bonne santé du championnat de France - comme des sélections nationales - dépend en grande partie du travail de fond effectué au niveau de la formation. En ce sens, la FFF a décidé, en avril 2023, de renforcer son parcours de formation pour les jeunes filles qui permet une arrivée plus aboutie dans le monde professionnel. « Nous avons souhaité avoir une forme d’équité sur l’architecture de notre parcours de formation, par rapport à ce qui est mis en place chez les garçons depuis plusieurs décennies. Il était important pour la Fédération de pouvoir offrir une chance identique aux filles à potentiel », explique Hubert Fournier, Directeur Technique National.

Les Pôles Espoirs mixte ont pour but de créer une synergie entre les talents masculins et féminins du football français (photo PÔLE ESPOIRS OCCITANIE / INSTAGRAM).

Dès le collège – à partir du lycée sur l’ancien modèle – les jeunes talents peuvent rejoindre les différents Pôles Espoirs mixtes (Liévin, Clairefontaine, Tours, Lyon, Strasbourg, Rennes, Toulouse et Bordeaux) répartis sur le territoire hexagonal, avec la possibilité de jouer avec les garçons pour les plus avancées et ainsi préserver un cadre de progression stimulant et exigeant. Les plus performantes sont ensuite aiguillées vers les centres de formation, qui ont fait leur apparition chez plusieurs clubs d’Arkema Première Ligue lors de la saison 2023-2024.

« Au Paris FC, on a de très bonnes jeunes joueuses, à l’écoute et qui ont envie de réussir. Cela prouve la qualité des Pôles et des centres de formation. »

Clara Mateo, capitaine du Paris FC.

« L’arrivée des centres de formation donne l’opportunité aux jeunes joueuses d’être confrontées à la réalité du haut niveau tout en poursuivant leur apprentissage. Après avoir été accompagnées sur les années de préformation dans les Pôles Espoirs, elles vont recevoir une formation dispensée par un club professionnel et arriver en première division avec des aptitudes techniques, physiques, tactiques et mentales optimales. Ça n’a pas d’égal », se félicite Philippe Joly, sélectionneur des U19 féminines et responsable du Plan de performance fédéral féminin. Au nombre de huit cette saison – sept en Arkema Première Ligue (Dijon FCO, FC Fleury, Le Havre AC, OL Lyonnes, MHSC Féminines, Paris FC et Paris SG) et un en Seconde Ligue (LOSC Lille), ils seront dix la saison prochaine avec l’arrivée des centres de formation de l’Olympique de Marseille et de l’AJ Auxerre. Un processus de formation qui satisfait grandement les pensionnaires de l'élite. « Au Paris FC, on a de très bonnes jeunes joueuses, à l’écoute et qui ont envie de réussir, apprécie la capitaine et internationale française Clara Mateo. Cela prouve la qualité des Pôles et des centres de formation. »

Les clubs s'appuient désormais sur la formation
Avec l’apparition des centres de formation, les clubs ont modifié leur approche. Les jeunes joueuses sont maintenant considérées comme des forces vives par leurs entraîneurs qui les accompagnent dans leur progression. « Au PSG, la formation a pris une place très importante dans les projets qu’ont les dirigeants pour notre club. Les jeunes du centre sont plus représentées, on nous fait confiance et on nous offre la continuité nécessaire pour qu’on puisse s’imposer. En fonctionnant ainsi, c’est tout le football français qui en ressortira gagnant », décrit Tara Elimbi Gilbert (20 ans), joueuse du Paris Saint-Germain lauréate du trophée UNFP du meilleur espoir féminin lors de la saison 2024-2025. Reconnaissante d'avoir été intégrée et guidée par les cadres du vestiaire, la native d'Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) ajoute : « C'est surtout le mélange entre la jeunesse et l'expérience qui fait la force d'une équipe. La jeunesse apporte de la fraîcheur, de l'audace, et l'expérience aide à canaliser cette énergie. »

Ornella Graziani, Tara Elimbi Gilbert et Anaïs Ebayilin, trois Parisiennes qui font les beaux jours du Paris Saint-Germain en Arkema Première Ligue (photo Alexandre DIMOU / ALEXPRESS / ICON SPORT).

Un ressenti partagé par Nicolas Chabot, entraîneur du FC Nantes, actuel dauphin de l’OL Lyonnes en Arkema Première Ligue : « Les coaches font de plus en plus confiance aux jeunes joueuses, qu’importe leur âge ou leur CV, à partir du moment où elles sont performantes. Aujourd’hui, si tu as 17 ans et que tu es prête, tu joues. Et tu peux passer devant une joueuse plus expérimentée. » L’exemple des Canaris est d’autant plus parlant que leur attaquante, Lucie Calba (20 ans), vient de remporter le trophée de joueuse du mois de décembre. Il y a deux semaines, le Paris FC annonçait la signature du premier contrat professionnel de sa jeune défenseure et internationale tricolore U17 Sharlie Yerro (16 ans) en indiquant vouloir « valoriser les talents de son académie ». Née en 2009, la Francilienne fait partie des 4 joueuses (M. Fathallah - OL Lyonnes, C. Ducreux - Dijon FCO et L. Makowski - RC Lens) de la génération en question – la plus jeune à évoluer dans l’élite – à avoir disputé au moins une minute cette saison en Championnat.

Talentueuses et surtout opérationnelles
Cette saison, les jeunes talents semblent avoir franchi un palier et sont en mesure d’occuper des rôles majeurs dans de nombreuses équipes. Du haut de ses 20 ans, la Nantaise Lucie Calba est, avec sept réalisations, la troisième meilleure buteuse d’Arkema Première Ligue. Au Paris Saint-Germain, Anaïs Ebayilin (18 ans) s’est affirmée comme l’une des joueuses phares du onze de Paulo César, tandis que sa coéquipière Ornella Graziani (18 ans) parvient à obtenir de plus en plus de minutes. Du côté du Havre, où la formation est pleinement ancrée dans l’identité du club, Chancelle Effa Effa et Maéline Mendy (19 ans), océanes depuis la naissance, participent activement à la lutte pour le maintien. En début de saison, Effa Effa figurait même parmi les nommées pour le trophée de joueuse du mois de septembre.

La Nantaise Lucie Calba ne semble se fixer aucune limite (photo Eddy LEMAISTRE / ICON SPORT).

Également mobilisée dans la course au maintien avec Montpellier, Justine Rouquet (18 ans) totalise six buts cette saison. Avec 20,9 ans de moyenne d’âge, le club héraultais possède l’effectif le plus jeune d’Arkema Première Ligue et compte de nombreuses jeunes internationales (C. Chabod, R. Chaine, C. Yilmaz ou encore J. Rouquet). « Les dirigeants du football français ont pris conscience que les jeunes pouvaient apporter dès maintenant dans la plupart des clubs », salue Vicki Becho, ailière de l’OL Lyonnes. De nombreux exemples qui illustrent parfaitement la transition que connaît le championnat de France et qui prouvent que la compétence n’a pas d’âge.

L’Équipe de France s’en frotte les mains

Si l’Arkema Première Ligue bénéficie aujourd'hui de la formation tricolore, c’est l’Équipe de France qui en récoltera les fruits demain. De quoi ravir Griedge Mbock, capitaine des Bleues. « Je trouve que la nouvelle génération arrive déjà bien préparée car les filles ont évolué dans un environnement qui leur a permis de se préparer au haut niveau bien plus tôt que nous. Elles ont aussi accès à de belles structures, ce qui n’était pas forcément notre cas quand nous sommes arrivées chez les Bleues, se souvient la défenseure, championne du monde avec les U17. Il y a une différence d’âge, bien sûr, mais elle ne se fait pas tellement ressentir tant la préparation qu’elles ont reçue a été poussée. Cela montre que le football féminin évolue rapidement, et c’est une excellente chose. »

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