Sandrine Soubeyrand, stratège et architecte
Entraîneure du Paris FC depuis 2018, l’ancienne internationale tricolore (198 sélections) détient la plus longue longévité sur un banc d’Arkema Première Ligue. Mordue de tactique, « Soub’ », comme beaucoup l’appellent, a aussi un don : celui de faire éclore des talents.
Il n’y a que la zone blanche passagère d’un des tunnels de l’Île-de-France pour couper Sandrine Mathivet (57 ans), intarissable comme jamais sur son trajet vers son domicile. Il faut dire aussi que Sandrine Soubeyrand (52 ans) n’a plus beaucoup de secrets pour elle. Des bancs de la faculté de Lyon lors de leur formation en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), où elles ont décroché ensemble le titre de championne de France universitaire, à Juvisy dans un rapport de coach à joueuse (de 2009 à 2013), les deux femmes ont partagé un bon bout de chemin ensemble. Alors quand on demande à Sandrine Mathivet si la longévité de « Soub’ », comme elle l’appelle affectueusement, sur le banc du Paris FC la surprend, la réponse fuse. « Pas du tout, dégaine celle qui a été récemment élue au Comex de la FFF. Quand on est bien quelque part et que l’on a des résultats, pourquoi forcément changer ? »
La billetterie des matches d'APL

Marie-Christine Terroni, présidente de la section féminine du Paris FC, Gaëtane Thiney, directrice sportive depuis décembre 2025, et Sandrine Soubeyrand (photo Johnny FIDELIN / ICON SPORT).
Marie-Christine Terroni : « C'est la science exacte du football »
Ce ne devrait pas être encore pour tout de suite. En poste depuis 2018, l’entraîneure à la plus longue longévité en Arkema Première a prolongé le 18 décembre dernier son contrat jusqu’en juin 2029 dans un club qu’elle a également fait briller sur le terrain entre 2000 et 2014. « Un soulagement » pour Marie-Christine Terroni, la présidente de la section féminine du Paris FC. « C’est la continuité d’un projet fort, poursuit-elle. Elle se sent bien ici et a la confiance de ses dirigeants. Au Paris FC, l’équipe féminine et masculine forment une même entité et le mot équipe est fort. Sandrine a besoin de ça, de cette stabilité pour donner le meilleur d’elle-même. Je me souviens de son arrivée à Juvisy il y a plus de vingt ans. Elle a travaillé avec beaucoup de sérieux, d’humilité et de respect pour franchir les étapes, devenir un maillon fort du club et s’ouvrir les portes des Bleues. Sandrine, c’est la science exacte du football et elle emmène tout le monde avec elle. »
Tess Laplacette (26 ans) ne dira pas le contraire. De passage de 2020 à 2023 dans la capitale, l’actuelle capitaine de l’Olympique de Marseille ne garde que de bons souvenirs aux côtés de celle qui a été élue meilleure entraîneure de l'élite l'an dernier et en 2023. « Elle avait déjà été ma sélectionneure pendant trois ans (2014 à 2016) en Équipe de France U17. Elle m’a beaucoup appris sur le foot mais aussi en dehors et je la remercie. Sandrine m’a énormément apporté sur le plan tactique. Elle est très forte sur cet aspect-là. » Cette appétence ne date pas d’hier. Joueuse déjà, la double championne de France (2003 et 2006) « analysait plutôt bien les choses et passait du temps à décortiquer les matches, rembobine Sandrine Mathivet. Elle a toujours eu cette réflexion sur le jeu. »
Son parcours
Sandrine Soubeyrand, née le 16 août 1973 à Saint-Agrève (Ardèche)
Clubs : ES Boulieu-lès-Annonay (1980-1987) ; FC Félines Saint-Cyr Peau (1987-1994) ; Caluire SC (1994-2000) ; FCF Juvisy (2000-2014)
Équipe de France Féminine : 198 sélections, deuxième joueuse la plus capée de l'histoire, hommes et femmes confondus.
Palmarès (joueuse) : Championnat de France (2003, 2006), Coupe de France Féminine (2005)
Entraîneure : Paris FC (depuis 2018)
Palmarès (entraîneure) : Coupe de France Féminine (2025), meilleure entraîneure d'Arkema Première Ligue (2023, 2025)
Melween N'Dongala, un exemple parmi tant d'autres
Cette intelligence sert à la deuxième joueuse la plus capée (198) de l’histoire de l’Équipe de France toutes sélections confondues - masculine et féminine – pour durer. Depuis 2018, la native de Saint-Agrève, une commune de l’Ardèche nichée entre Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Valence (Drôme), a vu défiler plusieurs générations, leurs codes avec.
Ses résultats ont toujours été à la hauteur - sur le podium du championnat depuis quatre saisons et vainqueure de la Coupe de France Féminine en 2025 - en plus d'une marque de fabrique imposée : celle de faire éclore des talents, à l’image, pêle-mêle, de Lou Bogaert, Kessya Bussy, Clara Mateo, Anaële Le Moguédec ou encore Thiniba Samoura, aujourd’hui internationales françaises. « Elle arrive à transmettre de la confiance aux jeunes, pour beaucoup issues du club, pour qu’elles puissent se révéler. Je me souviens de Melween N’Dongala quand elle évoluait avec les U19 du Paris FC. Elle avait d’énormes qualités de footballeuse mais il fallait qu’elle se canalise. Soub’ a réussi à le faire », illustre Mathivet.

Sharlie Yerro, 17 ans, a signé son premier contrat pro en janvier 2026 et a déjà été alignée par Sandrine Soubeyrand avec l'équipe professionnelle du Paris FC (Anthony BIBARD / ICON SPORT).
Sa méthode restera secrète, bien gardée par l'architecte Soubeyrand qui, aux premiers abords, peut paraître un peu distante. Mais les apparences sont parfois trompeuses et ceux qui la connaissent peignent une personne aux antipodes. « Elle est très drôle et avenante, assure Marie-Christine Terroni. Parfois, elle peut paraître dans une bulle car elle est très ancrée dans le travail. Mais quand elle en sort, elle a beaucoup de sensibilité et d’humour. » Sandrine Mathivet, elle, évoque « une sorte de carapace par rapport à une certaine timidité. Elle n’est pas toujours loquace et plutôt discrète. Mais cela fait partie de son caractère. Elle n'a pas besoin de faire de grands discours pour être une leadeuse car elle possède un vrai charisme naturel et a toujours été exemplaire. »