ENGAGEMENT

FCOSK 06, pour un jeu sans frontières

vendredi 27 février 2026 - 15:55 - Richard LOYANT
Jeunes joueurs et joueuses FCO Strasbourg Koenigshoffen 06

Le FC Olympique Strasbourg Koenigshoffen 06 s’est évertué à abattre les frontières en fédérant d’autres clubs de la ville, pour endiguer les tensions sur et en dehors des terrains.

Implanté depuis cent-vingt ans dans un quartier de l’Ouest de Strasbourg (Bas-Rhin), classé prioritaire de la politique de la ville, le Football Club Olympique Strasbourg Koenigshoffen 06 (FCOSK 06) n’est pas seulement le club amateur dont l’équipe première de Régional 1 s’est hissée en 16es de finale de la Coupe de France 2022-2023, seulement défaite (0-1) par Angers SCO (Ligue 1). Il est aussi un club engagé, lauréat du Trophée Philippe-Séguin 2025 « mixité et diversité » du Fondaction du Football pour son action baptisée « Frontières ». Mourad Oualit (44 ans), son président, raconte comment de tensions et de violences sur et autour des terrains est née cette iniatitive d’échanges, d’ouverture aux autres et de collaboration entre clubs jusqu’ici farouchement rivaux.

 AFFRONTEMENTS 
« La violence ne se limite pas au terrain »

« Ce n’est pas tombé du ciel… » Quand il se remémore l’automne 2023, Mourad Oualit a encore en tête trois événements bien précis, avec le football en toile de fond. D’abord, « des tensions survenues pendant et surtout après un match de nos U18 ». Quelques semaines plus tard, un match de Régional 2 entre un club rural en déplacement chez un autre d’un quartier de Strasbourg dégénère à son tour, cette fois bien plus gravement. « L’équipe visiteuse avait gagné, cela avait été un peu tendu sur le terrain mais rien de très méchant, avec des échanges entre les joueurs que les arbitres et les encadrants n’avaient pas forcément vus. Mais à la sortie, une altercation sur le parking du stade impliquant des jeunes venus de l’extérieur a blessé deux à trois personnes, qui ont fini à l’hôpital ».

« Cet événement a créé une grande émotion en Alsace et même à l’échelle du Grand Est, poursuit le président. La ligue a communiqué sur ces faits graves, la machine médiatique s’est emballée, les réseaux sociaux s’en sont mêlé et c’est parti dans tous les sens : insultes, propos racistes, menaces, des Strasbourgeois traités de "sauvages"… Cet emballement médiatique, que même les instances n’ont pas pu maîtriser, a aussi révélé une fracture réelle entre mondes rural et citadin ». Le troisième et dernier élément déclencheur s’est produit en banlieue parisienne, « quasiment dans la même temporalité : un match entre équipes de deux cités avec envahissement du terrain et règlements de comptes avec des coups de couteaux portés… ». L’enchaînement rapide de ces faits divers a poussé le club à essayer de comprendre ce qu’ils recouvraient réellement, pour tenter ensuite d'y remédier. 

D’autant que Mourad Oualit estime avoir « une responsabilité énorme car les tensions qui peuvent naître sur un terrain de football entre clubs rivaux vont impliquer des gamins qui ont le même âge et se retrouvent ensuite très souvent dans les mêmes établissements scolaires. La violence ne se limite pas forcément au terrain, il peut y avoir des suites. L’un de nos U16 s’est ainsi pris un coup de couteau dans la cuisse au lycée par un jeune identifié comme un adversaire, à la suite de problèmes nés lors d’un match ». Pour le dirigeant, « la difficulté de la tâche des clubs de la ville est qu’au-delà de proposer la pratique du football, ils ont tout un travail sociétal à réaliser. Notre rôle est aussi d’être les premiers "médiateurs" de la politique de la ville. Le football a une vraie carte à jouer parce que le public que l’on essaie de toucher à travers ces dispositifs se trouve pour la très grande majorité dans nos clubs. On a été l’un des premiers à disposer de médiateurs adultes-relais* pour aller au-delà de l’enseignement du football, cela peut être l’un des moyens ».

* Le dispositif adultes-relais vise à améliorer les rapports sociaux dans les espaces publics ou collectifs des quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi que les relations entre les habitants et les services publics.

1906
Création du FC Strasbourg Koenigshoffen, devenu FCOSK 06 en 2020 après fusion avec l’Olympique de Strasbourg (né en 1997)
2024
En mars, huit clubs de quartiers de la métropole alsacienne se réunissent au sein du collectif Union Football Strasbourg (UFS)
2023
Lancement par le FCOSK 06 et Speaker Médias de l’action "Frontières"
190
Jeunes joueurs et joueuses du club de 14 à 19 ans directement bénéficiaires de l’action
553
Licences au FCO Strasbourg Koenigshoffen 06, dont 85 féminines

 

 QUESTIONNEMENTS 
« Les jeunes s’installent des barrières »

L’émotion née de ces débordements a eu l’effet d’un détonateur chez les dirigeants du FCOSK 06. Son président avance une prise de conscience : « On s’est rendu compte que l’on ne pouvait pas continuer à fermer les yeux et à faire comme si de rien n’était. Il se passait quelque chose et il fallait agir. On a donc essayé au moins de comprendre ces phénomènes pour tenter d’y apporter des réponses, des moyens de les réduire ou de les anticiper ». Pour y parvenir, le club s’est d’abord rapproché de l’association Speaker, média participatif dont l’objet est « d’encourager l’expression des habitants des quartiers strasbourgeois afin de favoriser la rencontre des publics, l’inclusion, le partage de savoirs et de compétences ». En commençant par donner la parole aux premiers concernés : les jeunes de différents quartiers strasbourgeois, qu’ils soient ou non footballeurs.

« On s’est d’abord aperçu que les tensions naissent souvent d’un manque de dialogue, rapporte Mourad Oualit. Le club de la ville qui se déplace dans un village pense, dès le départ, qu’il va être dans un milieu hostile où on ne l’aime pas, où l’on ne veut pas de lui… À l’inverse, les "villageois" vont penser qu’ils accueillent un club violent, de racailles, de voyous… Chacun a ses clichés parce que les deux mondes ne se parlent pas, d’où cette vraie fracture entre ruraux et citadins. C’est l’une des principales tensions qui a été identifiée, bien avant le déroulé des matches et les rivalités ancestrales entre clubs. Ce même type d’antagonisme existe aussi en ville, avec des personnes qui s’approprient leur cité, leur quartier et des rivalités intercités comme dans le cas de l’affaire parisienne ».

Une fois ce premier constat établi, la deuxième étape a consisté à mettre en images ce que pouvait représenter leur environnement pour ces jeunes. L’association est allée à la rencontre de joueurs de 14 à 17 ans du FC Kronenbourg, club du quartier strasbourgeois de Cronenbourg, « et c’est de là qu’est sorti le mot "frontière", explique le président du FCOSK 06. On connaît tous les frontières géographiques mais en les écoutant, on en a trouvé plein d’autres, imaginaires. Pour ces adolescents, cela peut être une voie ferrée, un banc, un grillage, un pont… Quand ils passent au-delà de ces points, ils arrivent dans un autre monde, ils sortent de leur cité. Ils se mettent eux-mêmes ces frontières physiques mais aussi sociales, ethniques, religieuses… Et en se les mettant, ils s’installent des barrières. Par exemple, untel considère qu’il ne pourra pas être recruté à tel poste parce qu’il est d’origine maghrébine. Dès lors, l’idée a été de voir comment casser ces frontières, ces limites artificielles… ».

Nathalie Iannetta, directrice des Sports de Radio France et membre du Conseil d’administration du Fondaction du Football, Jérémie Mathé, responsable sponsoring chez FDJ United, Mourad Oualit et Ibrahim Hajji, manager du club, à la remise des Trophées Philippe-Séguin en mai 2025 (photo FCOSK 06).

 DÉPLOIEMENTS 
« Casser les frontières et s’ouvrir aux autres »

Au premier semestre 2024, Speaker a invité Arnau Bach, photographe barcelonais qui a pris la frontière comme sujet central de ses œuvres, à la rencontre des jeunes Strasbourgeois. « Il est allé transcrire en photos ce que chaque jeune identifiait comme étant une frontière, raconte Mourad Oualit. Cela a donné naissance à une soixantaine de clichés : une balançoire, un pont de chemin de fer, un immeuble, une voiture… C’est incroyable la diversité de ce qui matérialise pour eux leurs limites ! ». Une exposition a suivi en novembre 2024, avant la sortie d’une vidéo issue de ces photos et de témoignages, « pour que les jeunes voient l’image de l’absurdité du terme de frontière, la représentation des limites qu’ils se mettent eux-mêmes », souligne le président.

En parallèle, sous les impulsions de Sid Ahmed Cheaibi (International Meinau Académie) et Mourad Oualit, six autres clubs (JS Koenigshoffen, CS Neuhof, SC Red Star Strasbourg, Strasbourg United, ASE Cité de l’Ill et FC Kronenbourg) des vingt-quatre que compte la métropole alsacienne ont été à l’origine du collectif Union Football Strasbourg (UFS), qui a compté jusqu'à treize clubs adhérents. « On s’est dit qu’il fallait arriver à détendre l’atmosphère des matches dans une ville où chaque quartier a son propre club et où, souvent, des tensions naissent quand les différentes cités se rencontrent. Au-delà des rivalités et des batailles de clochers, il était dans l’intérêt de tous d’apaiser les tensions, d’organiser les matches correctement, d’éviter les incivilités et les violences ». Concrètement, des échanges se sont créés entre dirigeants et joueurs de ces clubs pour, au-delà d’une organisation plus apaisée de leurs matches, mener à diverses actions interclubs : matches loisir de football indoor avec un goûter d'après-match, entraînements en commun avec des clubs d'autres territoires, mélange de joueurs proposé lors de rencontres amicales... « L'objectif, c’est pour nous aussi de casser les barrières et frontières entre coéquipiers, adversaires, clubs, équipes et de s'ouvrir aux autres », résume Mourad Oualit.

L’exposition Frontières dans les locaux de l’association Speaker Médias, en novembre 2024 (photo Wilfried RION / SPEAKER MÉDIAS).

 APAISEMENTS 
« Il faut créer des liens »  

Le président du FCOSK 06 se réjouit aujourd’hui « que ce dialogue qui n’existait pas, puisque chacun se limitait à son propre club, a permis de résoudre des problèmes sans faire appel aux instances, sans passer devant des commissions, juste par des coups de fil entre dirigeants. Chaque fois qu’une équipe d’un club de Strasbourg se déplace dans un autre club, une organisation est mise en place en amont pour faire en sorte qu’aucun incident ne se déroule sur cette rencontre. Grâce aux relations que l’on a pu nouer entre dirigeants, ce projet a permis à chacun de s’ouvrir et de prendre conscience de son rôle pour solutionner ces problèmes de violence. Enfin, il a permis de réduire considérablement les tensions entre clubs du territoire de Strasbourg, simplement en se connaissant un peu mieux ».

Plus globalement, il considère que « les clubs doivent prendre conscience qu’un ancien modèle est révolu : on dépendait beaucoup des retraités pour nous accompagner dans les clubs, aujourd’hui il faut de la professionnalisation, de l’employabilité, de vrais projets de structures. On doit aussi prendre conscience des enjeux de société, comme celui qui a mené à ce projet Frontières. On a besoin de s’ouvrir à la collaboration, à la mutualisation, au rapprochement des projets. On demande aujourd’hui beaucoup plus au football qu’il y a quelques années : ce n’est plus seulement enseigner ce sport, mais aussi d’avoir des actions éducatives. Si on n’a pas les ressources en interne, il faut pouvoir créer des liens, des ponts avec d’autres structures, comme pour nous avec Speaker ». 

Reste que des frontières subsistent encore. « Il y a aussi celle entre hommes et femmes, lance ainsi spontanément Mourad Oualit. Ce n’était pas si évident pour un club dit de quartier, de cité, de faire de la place aux femmes et aux jeunes filles. C’est l’un des premiers projets que j’ai portés il y a dix ans mais quand j’ai dit que l’on allait créer une section féminine, on m’a traité de fou ! Aujourd’hui, on compte quatre-vingt-cinq licenciées, toutes catégories représentées, et la parité dans notre Comité de direction. Mais un nouveau combat commence : dans cette cohabitation nouvelle, récente y compris à l’échelle nationale, il s’agit d’expliquer, d’éduquer nos jeunes à ce que l’on peut dire et ne pas dire et faire entre hommes et femmes. Il subsiste par exemple des phrases qui, pour certains jeunes, ne portent pas de violence mais sont pourtant des propos sexistes ou du harcèlement. Toute une éducation reste à faire, un vocabulaire sur lequel on va devoir travailler pour éduquer cette jeunesse pas forcément en phase avec les codes de la société et de l’égalité hommes/femmes. Ce sera l’objet d’une prochaine action que l’on va porter au club. »


Les dirigeantes et dirigeants des clubs de l’Union Football Strasbourg, réunis en juin 2024 (photo FCOSK 06).

 LE FCO STRASBOURG KOENIGSHOFFEN 06 EN VIDÉO 

Les bonnes pratiques du football amateur

Avec cette série des « Belles réussites du football amateur », la FFF met à l’honneur les initiatives et actions engagées par ses clubs partout en France. De quartier ou ruraux, avec plus ou moins de licenciés et licenciées mais toujours la même passion des pratiquants et pratiquantes, éducateurs et éducatrices, dirigeants et dirigeantes, de tous âges et toutes générations.

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