Karchaoui, vingtième centenaire
En démarrant ce soir face aux Pays-Bas, Sakina Karchaoui est devenue la vingtième centaine de l'histoire de l'Équipe de France Féminine. Retour avec la milieu des Bleues sur sa riche histoire en sélection.
LA PREMIÈRE FOIS EN SÉLECTION
« Je n'ai pas connu les U16, j'arrive pour la première fois en sélection avec les U17 pour un match amical en Suisse (2-0). Je les rejoins directement là-bas, je découvre le groupe et la sélection, c'était tout nouveau pour moi. J'avais fait de belles choses avec Montpellier, et j'ai vécu cette arrivée comme une récompense du travail accompli. Et en plus on gagne pour ma première (sourire). Je me suis vite senti à l'aise, et j'ai eu la chance de rester ensuite pour les qualif' du championnat d'Europe. »
LA PREMIÈRE ÉPOPÉE
« La Coupe du monde U20 Féminine 2016 en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à l'autre bout du monde ! Tous mes proches suivaient les rencontres malgré le décalage horaire, c'était dingue. On avait fait une compétition incroyable, il y avait d'ailleurs dans cette équipe beaucoup de filles qui ont joué en A avec moi plus tard, et qui sont encore là aujourd'hui d'ailleurs. On se qualifie en finale mais malheureusement je me blesse en demi-finale face au Japon : une commotion cérébrale, j'étais vraiment "out". Avant la finale, le coach Gilles (Eyquem) m'explique que c'est trop risqué que je joue la finale, ça a vraiment été très dur à vivre mais avec le recul je sais qu'il a pris cette décision dans mon intérêt. Malheureusement, on perd d'un rien face à la Corée du Nord, et pendant longtemps je me suis demandée ce qu'il serait advenu si j'avais pu jouer ... On ne le saura jamais. C'est la dure loi des sports collectifs. »

Sakina Karchaoui avant le match du 1er tour face à la Nouvelle-Zélande (PHOTO FFF)
LA PREMIÈRE CHEZ LES BLEUES
« J'avais découvert l'Équipe de France Féminine en avril de cette même année 2016. J'étais très jeune et je me rappelle avoir été super bien accueillie par Philippe Bergeroo, le sélectionneur de l'époque. Une vraie belle personne, il m'a immédiatement mise à l'aise tout en me disant frontalement les choses lorsqu'il le fallait. Il n'a pas hésité à me faire confiance et m'a offert une titularisation pour ma première sélection, face à l'Ukraine lors des éliminatoires de l'Euro 2017 (4-0). Il ne m'avait pas prévenu, j'ai découvert ça à la causerie, c'était fou ! Il y a la victoire au bout, je fais plutôt un bon match sur mon couloir gauche... En y repensant, tout s'est enchaîné si rapidement, j'ai joué le match juste après. C'est pour ça que je dis toujours aux petites nouvelles qui arrivent : profitez, ça passe très vite ! »

Première cape face à l'Ukraine (Photo Antonio MESA / FFF)
LA PREMIÈRE GRANDE COMPÉTITION EN A
« Les Jeux Olympiques 2016. J'étais réserviste, et malheureusement pour elle Laura Georges se blesse et j'intègre donc le groupe. Pouvoir disputer une telle compétition, d'autant plus au Brésil, un pays qui respire le football, c'était extraordinaire. En plus, je ne démarre pas titulaire mais dès le deuxième match j'intègre le onze de départ pour ne plus le quitter. Je m'en rappelle encore : lors de mon deuxième match, le public brésilien criait "oh" à chaque fois que je touchais le ballon. Moi je ne m'en rendais pas compte, mais le coach oui, et à la mi-temps j'ai eu droit à un "il y a toute ta famille dans les tribunes ?", je ne savais plus où me mettre ! J'ai emmagasiné énormément d'expérience sur ces JO, et cela m'a aidé à disputer d'autres compétitions par la suite. »
LE PREMIER BRASSARD
« C'était en décembre 2023 au Portugal, en Ligue des Nations (1-0). Quelque part, c'est dans la logique d'une histoire en sélection : tu es d'abord la petite nouvelle, puis tu gagnes en expérience, et j'ai eu la chance de jouer assez longtemps pour qu'on me fasse confiance avec le brassard. C'était une magnifique opportunité de rendre fiers les miens, j'étais très heureuse d'être la capitaine des Bleues pour la première fois. Après, sur le terrain, ça ne change pas la joueuse que je suis : une fois le protocole terminé, on repart au combat, même si on a un peu plus de responsabilité. »

Capitaine Karchaoui (photo Tim GUIGON / FFF)
LE PREMIER BUT
« J'ai eu du mal à débloquer mon compteur, mais j'ai choisi le bon moment ! Demi-finale de Ligue des Nations, en février 2024, face à l'Allemagne à Lyon. Je marque le deuxième but, celui qui nous permet de nous imposer au final (2-1). On en avait rigolé après le match avec le coach Hervé Renard : "entre dix buts lambda et un qui t'envoie en finale, je prends tous les jours celui-là !", et il avait bien raison. Mais depuis j'ai un peu plus réglé la mire, j'en suis à 6 désormais. Finir attaquante de pointe ? Sans façon, je suis très bien au milieu (rires). »

Karchaoui félicitée par Selma Bacha et Élisa De Almeida après son premier but (photo ICON SPORT)
LA CENTIÈME SÉLECTION
« À l'approche de cette centième, je me dis que j'ai fait mon petit bonhomme de chemin et que je rentre dans un club très fermé. Franchement, c'est magnifique. D'autant plus que nous avons moins de matches aujourd'hui qu'à l'époque, c'est donc encore plus dur d'arriver à 100 matches avec les Bleues. C'est un nouveau cap, comme lorsque j'ai découvert la sélection en U17 ou encore quand je suis arrivée pour la première fois en A. Est-ce que je rêvais de ça quand j'ai commencé à jouer ? Absolument pas, je ne pensais même pas devenir professionnelle, alors être centenaire avec l'Équipe de France Féminine c'était très loin dans ma tête. Je ne mesure pas encore tout à fait ce que cela représente, mais sûrement qu'à la fin de ma carrière je me retournerai avec émotion sur ce moment. »
Les Bleues centenaires
- Eugénie Le Sommer 200 sélections
- Sandrine Soubeyrand 198 sélections
- Élise Bussaglia 192 sélections
- Laura Georges 188 sélections
- Camille Abily 183 sélections
- Wendie Renard 168 sélections
- Gaëtane Thiney 163 sélections
- Sonia Bompastor 156 sélections
- Sarah Bouhaddi 149 sélections
- Louisa Necib-Cadamuro 145 sélections
- Élodie Thomis 141 sélections
- Kadidiatou Diani 125 sélections
- Marie-Laure Delie 123 sélections
- Corinne Diacre 121 sélections
- Stéphanie Mugneret-Béghé 116 sélections
- Marinette Pichon 112 sélections
- Hoda Lattaf 111 sélections
- Grace Geyoro 110 sélections
- Amandine Henry 109 sélections
- Sakina Karchaoui 100 sélections