« Quatre accessions en cinq ans, c'est exceptionnel ! »
Depuis l'arrivée sur le banc de Julien François, ex-joueur professionnel, Thionville Lusitanos a pris une dimension à peine croyable : il est passé du Régional 2 à la nouvelle Ligue 3 en cinq saisons ! Récit et recette d'une fulgurante ascension.
Julien François a posé ses valises il y a presque cinq ans à Thionville, juste après la fusion opérée au printemps 2021 entre le FC Thionville et l’AS Portugais Saint-François, laquelle a donné naissance à l'US Thionville Lusitanos. À L'époque, quand il prend en charge l'équipe fanion de la nouvelle entité, en Régional 2, l'ex-milieu de terrain professionnel du FC Metz, du Grenoble Foot 38, du Gazelec Ajaccio et de Tours FC, sortait de sa première expérience de deux saisons en solo, sur le banc du CSO Amnéville, en National 3.
Une seule obsession : gagner !
Passer par le monde amateur, redescendre de plusieurs divisions, toucher un peu à tout, c'est ce qu'a choisi le Messin de 46 ans, après des débuts de technicien comme adjoint en Ligue 2 au Gazélec Ajaccio. Une expérience qui s'est terminée par un barrage pour le maintien de triste mémoire, perdu face au Mans FC, en 2019. « Quand on arrive du monde pro, ce n'est pas simple de redescendre en Régional 2, avoue-t-il au lendemain d'un match nul (0-0) à Colmar lors de la 26e journée qui, mathématiquement, a envoyé son équipe dans la future Ligue 3 (*). Mais en arrivant à Thionville, je n'avais qu'une obsession, celle de gagner. Pas en jouant n'importe comment, mais en imposant un style ».
🔈🔈🔈 Ligue 3, on arrive ! pic.twitter.com/w5i4AyviwH
— US Thionville Lusitanos (@ustlofficiel) April 18, 2026
Cette obsession de la gagne, il l'a très vite transmise à ses joueurs. Elle s'est rapidement répercutée sur des résultats sidérants : accession en Régional 1 dès sa première saison (aucune défaite en championnat), en National 3 la saison suivante et dans la foulée en National 2, avant un bon maintien en 2024-2025 (4e), pour ce qui fut la première saison depuis 1993-1994 du club mosellan à cet échelon.
(*) Sous réserve de l'homologation des résultats et des éventuelles procédures.
Seulement 20 défaites en 130 matchs sur le banc
Pour avoir une idée encore plus précise de la performance réalisée en presque cinq saisons, il faut savoir qu'avant la 27e journée de ce samedi 25 avril face à l'US Chantilly au stade Guentrange, où une fête est prévue, Julien François s'est assis à 130 reprises sur le banc de l'US Thionville Lusitanos. Son bilan ? 84 victoires (65 %), 26 nuls (20 %) et seulement 20 défaites (15%) ! « Ah oui, ce n'est pas trop mal », reconnaît-il, sans fausse modestie.

Julien François, ici lors du 32es de finale de Coupe de France face à l'Olympique de Marseille (0-1) en janvier 2024, est arrivé à Thionville à l'été 2021 (photo Daniel DERAJINSKI / ICON SPORT).
Et ce n'est pas tout. Cette saison, l'équipe de Moselle a enclenché une série de 11 victoires consécutives entre la 2e journée et la 11e journée, et a bien failli faire tomber le record de Sedan (13 succès d'affilée lors de la saison 2019-2020) : « On a commencé à parler du record après 8 ou 9 victoires, mais sans insister là-dessus », avoue-t-il. Quant au parcours à l'extérieur, il est sans équivalent : 10 victoires, 3 nuls, 1 défaite. « Je ne crois pas que l'on se rende bien compte du caractère exceptionnel de tout ça, poursuit Julien François, parce que ce n'est vraiment pas commun de faire quatre accessions en cinq ans. Notre moyenne de points à l'extérieur avant Colmar était de 2,46 points par match. Personne n'a jamais fait ça, même le PSG ! »
Une identité régionale
Au-delà de cette saison historique, le sentiment de fierté prédomine. Le choix de s'appuyer sur de nombreux joueurs régionaux s'est avéré payant. Tout d'abord, dans l'effectif, on retrouve les deux rescapés de l'époque Régional 2, Jérémy Lauratet et Valentin Poinsignon, un autre arrivé en Régional 1, Vincent Collet, et deux en National 3, Samir Bouzar et Chafik Gourichy, qui est revenu au club. « Notre ossature est composée de joueurs de l'est, passés par Épinal, Haguenau, Thaon... On a modifié notre façon de procéder pour le recrutement après les deux ou trois ratés de la saison précédente. On a opté pour des joueurs qu'on avait affrontés dans notre poule l'an dernier et qui avaient joué entre 25 et 30 matchs, comme Alexis Gouletquer, Bridges Loumouamou ou Muamer Aljic, ce qui a donné une identité régionale. L'idée, c'était aussi de trouver des complémentarités, comme avec Samed Kilic, Marly Rampont et le gardien Wilfried Bedfian, qui ont joué ensemble à Chambly. » Et pour l'expérience, le club a fait appel au milieu offensif Bryan Labissière, qui sortait de trois saisons pleines avec Epinal et Bourg-en-Bresse, en National, et aussi au milieu Clément Couturier et à l'avant-centre Karim Bouhmidi, deux joueurs au CV bien garni.

(photo Facebook / US THIONVILLE LUSITANOS)
Transition et contre-pressing
Quant au style, basé sur la transition et le contre-pressing, il a fonctionné à merveille, au point de voir Thionville Lusitanos survoler le groupe B de National 2, malgré la présence de l'ambitieux poids lourd, le Bourges FC : « C'est notre marque de fabrique. J'essaie d'être pragmatique. En National 2, c'est difficile de s'en sortir uniquement par la possession, ça reste un championnat basé sur la transition. Après, on a quand même la meilleure attaque du groupe (49 buts, deuxième meilleure attaque tous groupes confondus) et on avait la deuxième l'an passé (tous groupes confondus). On n'est donc pas une équipe qui bétonne. Aujourd'hui, on voit beaucoup d'entraîneurs qui aiment bien vendre un projet de jeu basé sur la possession à outrance. Ce n'est pas mon truc. »
Il faudra s'adapter, notamment aux déplacements beaucoup plus longs. Mais on ne va rien révolutionner. On voudra juste être cohérent par rapport à nos moyens, tout en essayant de surfer sur cette dynamique de club exceptionnelle qu'on a instaurée depuis 2021.Julien François, entraîneur de l'US Thionville Lusitanos, à propos de la Ligue 3
Pourtant, la saison 2025-2026 avait commencé par un match perdu à Chambly en ouverture (1-0), terminé à 9 contre 11 : « C'est sûr qu'on était mal parti. Heureusement, dès la 2e journée, on a battu Wasquehal chez nous (1-0). Après ça, on a fait cette fameuse série de 11 victoires consécutives, sans que l'on puisse trop expliquer comment... Il y a eu aussi ce match à domicile contre l'AS Furiani (8e journée), que l'on a remporté (4-3) en marquant dans le temps additionnel (90e+2). Ce fut une victoire marquante. En fait, on n'a pas eu trop le temps de douter cette saison. »
Tellement pas que, dès la 5e journée, Thionville a pris la tête de sa poule pour ne plus jamais la lâcher. Et même quand il y a eu ce coup de moins bien après Noël, l'avance était telle que les poursuivants n'ont jamais pu prendre la roue : « En février, ce n'était pas terrible. Il y a eu un coup d'arrêt, on a perdu deux fois de suite à domicile contre Haguenau (1-2) et Biesheim (1-3). Globalement, notre parcours à domicile n'est pas génial », avoue Julien François, en repensant à la longue période de disette de quatre mois à la maison, entre le 6 décembre et le 11 avril (3 nuls et 2 défaites).
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« On ne va rien révolutionner »
Si les joueurs ont encore quatre matchs pour savourer, le staff, lui, prépare déjà la saison prochaine. « Sportivement, il faut garder la recette de ce qui fonctionne bien et s'améliorer là où on peut, en fonction des moyens que l'on aura », prévient Julien François, admis à la formation du BEPF pour la session 2026-2027.
Quant aux dirigeants et au président François Ventrici, ils planchent aussi pour améliorer le club sur le plan des infrastructures, de l'administratif et des finances : création d'une SASP avec l'arrivée d'actionnaires, travaux du stade, renforcement de l'éclairage, accueil, parcage visiteur, rafraîchissement des vestiaires... Il s'agira de répondre à un maximum de critères de la licence club. « Il faudra s'adapter, notamment aux déplacements beaucoup plus longs, conclut l'entraîneur. Mais on ne va rien révolutionner. Simplement, on ne sera ni Sochaux, ni Valenciennes, ni Dijon. On voudra juste être cohérent par rapport à nos moyens, tout en essayant de surfer sur cette dynamique de club exceptionnelle qu'on a instaurée depuis 2021. »