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FC Pas du Loup, marqué de son empreinte

jeudi 2 juillet 2026 - 14:55 - Richard LOYANT
FC Pas du Loup

Le club du FC Pas du Loup, à Montpellier, a développé un espace pluridisciplinaire qui s’efforce de couvrir les besoins matériels, socio-éducatifs et inclusifs de ses licenciés, de leurs parents et de ses bénévoles.

Le Football Club Pas du Loup, situé dans le secteur de la Croix d'Argent, au sud-ouest de Montpellier (Hérault), se distingue par sa jeunesse (il est né en 2014), celle de ses joueurs (il n’a pas d’équipe senior masculine) et l’attention particulière qu’il porte à ses licenciés, bien au-delà de la simple pratique du football. L’Espace pluridisciplinaire qu’il a créé au service de ses joueurs et joueuses, de leurs familles et de ses bénévoles en témoigne. Il a été couronné par le Grand prix « solidarité et inclusion » des Trophées Philippe-Séguin 2025 du Fondaction du Football. Président fondateur, Nordine Maktoubi évoque ce projet ambitieux qui a été à l’origine de la création du club.

 L'ORIGINE 
Interdit aux adultes

Pour comprendre l’originalité de l’action développée par le FC Pas du Loup, il faut remonter à la naissance de ce jeune club – à peine treize ans d’âge – lancé par un footballeur de tout juste 24 ans à l’époque. « Surtout passionné plutôt que joueur », s’amuse aujourd’hui Nordine Maktoubi, se remémorant le terrain en stabilisé alors délaissé au cœur de son quartier prioritaire de la politique de la ville. « Des propositions sportives avaient été faites à la municipalité pour ce stade mais elles avaient toujours émané d’adultes pour les adultes. Or, j’avais constaté que lorsque l’on commençait par eux, cela menait rarement à quelque chose de positif. J’ai donc choisi le contraire en proposant de commencer par les enfants. Enfant de ce quartier, issu de l’éducation populaire, je voulais déjà transmettre. Et quoi de mieux que le football comme vecteur de citoyenneté, d’entraide et de partage. Un terrain au milieu d’un quartier, c’est un outil formidable, un lieu de vie. Mais il n’y avait pas de proposition d’activité sportive structurée pour les gamins, ce que je trouvais regrettable ».

Pas d'équipe senior masculine
C’est ainsi qu’est née la première équipe du FC Pas du Loup, formée d’une quinzaine de U7 qu’il a lui-même encadrée la première saison. « Il n’a pas fallu grand-chose. Cela a été une impulsion pour de nombreuses personnes qui sont rapidement venues rejoindre le projet ».  D’une cinquantaine de licenciés dès la saison suivante, le club est désormais passé à plus de quatre-cents, de tous âges. « On a toujours gardé notre projet initial d’éviter d’avoir des adultes, il n’y a donc pas d’équipe senior masculine. Elle existera quand nos licenciés U6, que j’ai encadrés en 2014, en auront l’âge. Ils sont aujourd’hui en U17, on en a perdu, d’autres sont arrivés mais ils ont en tout cas grandi avec l’esprit du club ». 

2014
Création du Football Club Pas du Loup
2023
Lancement de l’espace pluridisciplinaire
200
Membres du club bénéficiaires de l’action
423
Licences au club, dont 120 féminines

 LE CLUB 
Loup bleu et lotus rouge

Cette volonté de centrer le club sur les enfants a tourné à l’intransigeance pour des raisons expliquées simplement par le président-fondateur. « Tous les adultes n’attendaient que cela, quelqu’un qui veuille bien leur donner une balle, structurer et s’occuper de toutes les difficultés et des déboires administratifs. J’avais 24 ans, il était hors de question que je m’occupe de jeunes de mon âge voire plus âgés qui pouvaient aller jusqu’à se battre autour du terrain et s’insulter mutuellement. Ce n’est pas du tout ce que je voulais, je n’en avais ni l’envie, ni les forces physiques ni émotionnelles. Mon envie était de travailler avec les gamins, à l’image de l’éducateur qui nous avait mis un ballon au pied quand on était enfant. La devise de celui que j’ai eu était : "Plus d’enfants sur le terrain et moins dans la rue". Le précédent club avait été fermé pour les mêmes déboires que l’on peut rencontrer malheureusement dans d’autres petits clubs de quartier. Il était hors de question de reproduire les mêmes erreurs, on a donc voulu partir de la racine avec des gamins qui vont grandir avec les valeurs et les principes que l’on a souhaité mettre en place. Aujourd’hui, on y arrive et on est très fier de notre équipe U17, dont une partie a commencé ici en 2014 ».

Le club n’en reste pas moins une bouée de sauvetage, que ce soit au départ pour les enfants et aujourd’hui pour des mamans et des familles qui viennent y trouver du soutien moral.

Nordine Maktoubi, président-fondateur du FCPDL

 

 

Le nom du club et son logo, créés à sa fondation, participent de cette transmission de valeurs. « Le quartier et notre stade s’appellent Paul-Valéry, et le Pas-du-Loup est le nom de la grande avenue qui va du centre-ville à la troisième couronne de Montpellier, rappelle Nordine Maktoubi. On a choisi cette appellation pour que chaque personne, du centre à la banlieue de la ville, puisse se sentir concerné par un club dépositaire de cette mixité sociale de tous les quartiers traversés par cette artère ». Dès lors, l’empreinte de patte de loup du logo allait de soi, moins les deux fleurs de lotus qui l’encadrent. Leur choix est pourtant tout sauf un hasard. « Ce sont des fleurs qui naissent dans des marécages, des endroits nébuleux où ça ne sent pas très bon, mais qui éclosent lorsque le soleil se lève et sont réputées avoir la plus belle des odeurs du monde. On a voulu symboliser et véhiculer cela pour des gamins nés dans un quartier dans des situations parfois très compliquées mais où ils seront quand même capables de réaliser de belles choses. Bien qu’il puisse être la dernière pour certains, le club n’en reste pas moins une bouée de sauvetage, que ce soit au départ pour les enfants et aujourd’hui pour des mamans et des familles qui viennent y trouver du soutien moral mais aussi se sensibiliser au sport santé ». 

L’espace buvette avec terrasse du club, baptisé Le Corner en hommage au café du même nom du CNF Clairefontaine, « parce que l’on veut que nos enfants rêvent grand », selon le président (photo FC Pas du Loup).

 L’ESPACE 
« Les projets inclusifs se développent »

Au FC Pas du Loup, la stricte pratique du football pour les enfants s’est enrichie d’autres considérations, concrétisées par la réalisation de son espace pluridisciplinaire. « C’était à la base un local associatif en bas d’une cage d’escalier, retrace Nordine Maktoubi. Quand on a eu de véritables vestiaires, en 2017, des bureaux y ont été associés. On a donc libéré ce local mais en se disant que l’on pouvait en faire autre chose. On avait déjà mis en place l’aide aux devoirs et lancé les équipes féminines, dont les seniors ont fait notre fierté en devenant championnes de l’Hérault en 2020, et de nouveaux besoins se faisaient donc jour ». La constitution de l’ensemble est venue y répondre, en agrégeant différents aspects à commencer par un espace d’accueil, « où l’on assure aussi une permanence de la mission locale des jeunes, pour aider à leur insertion dans la société et les accompagner dans leur recherche de formations et d’emplois ».

Salle numérique et salle sensorielle
Vient ensuite « la salle numérique, née pendant la période covid, explique le président. On s’est alors aperçu que des personnes n’avaient pas accès à internet, que d’autres n’avaient pas les outils et qu’il existait donc une fracture numérique. La ville, à cette période, renouvelait son parc d’ordinateurs, on en a profité pour récupérer les anciens et créer cet espace qui est à la fois un libre-service et un lieu d’ateliers proposés par d’autres associations, pour sensibiliser aux écrans, à l’outil numérique, au cyberharcèlement... On s’est rapproché d’Orange et on dispose de sept jeunes en service civique pour porter ce genre d’actions autour du Programme éducatif fédéral (PEF) ». Troisième secteur, la « loupdothèque » est l’endroit « qui permet aux enfants – parfois ceux de joueuses ou de nos bénévoles féminines – d’évoluer dans un lieu sécurisé pendant que ces femmes jouent sur le terrain ou donne de leur temps au club. À l’image de notre experte-comptable, qui n’aurait pas pu s’y consacrer sans cette possibilité. Nous avons voulu qu’il y ait plus de femmes au club, mais en évitant tout ce qui ne marchait pas ailleurs. Se retrouver seulement entre mecs à la buvette, ça ne fonctionne plus : il faut de la mixité, que les femmes aient toute leur part et toute leur place ». 

C’est un peu l’église au milieu du village : quand les gens ont des besoins, ils viennent ici, mais aussi quand ils veulent donner.

 

 

Le dernier lieu est une salle dite « sensorielle », à la fonction très spécifique que détaille Nordine Maktoubi : « On accueille des jeunes en situation de handicap en partenariat avec l’IME du Château d'Ô de Montpellier. Ce sont des enfants qui nécessitent une présence importante de la part de nos éducateurs mais aussi un isolement lorsqu’il y a trop de monde autour d’eux. Les mercredis, jour de leur venue au club, on peut avoir jusqu’à deux-cents personnes sur le terrain et même si des coins leur sont réservés, ils ont parfois besoin de "décharge", de se retrouver dans cette salle pour un retour au calme avant ou après leur pratique sportive ».

La tête et les pieds
Cet outil multiple a entraîné des conséquences exponentielles. « On a développé tout un tas de projets socio-éducatifs et inclusifs que l’on n’avait pas imaginés, se réjouit le dirigeant. Des mamans posent par exemple leur enfant à la loupdothèque pour aller, l’esprit libre, gérer la buvette, s’occuper de comptabilité, remettre le pied à l’étrier pour une activité sportive ou participer à des ateliers de sensibilisation, et même s’entraîner ou jouer un match (rires)… C’est là aussi que l’on utilise Puissance Foot avec le projet "La tête et les pieds", pour accompagner les enfants dans leur scolarité. On est dans un quartier en situation de REP+*, on donc a voulu créer une espèce de contrat tripartie entre les familles, les joueurs et l’école pour mieux accompagner ces enfants. Il n’y a pas un bon joueur de foot qui ne soit pas un bon citoyen ou un bon enfant dans sa scolarité, c’est un ensemble. Quand ça ne va pas à la maison, ça ne va pas sur le terrain, ni à l’école. Si on peut à notre niveau y remédier, notamment grâce à la soixantaine de bénévoles qui gravitent autour du club… C’est un peu l’église au milieu du village : quand les gens ont des besoins, ils viennent ici, mais aussi quand ils veulent donner ».

La salle numérique de l'espace pluridisciplinaire (photo FC Pas du Loup).

*Les établissements classés REP+ (réseau d'éducation prioritaire) concernent les quartiers ou secteurs isolés qui connaissent les plus grandes concentrations de difficultés sociales ayant des incidences fortes sur la réussite scolaire.

 L’HÉRITAGE 
« Le jeu avant l’enjeu »  

Avec plus d’une décennie de recul, Nordine Maktoubi peut mesurer sereinement le chemin parcouru. « Cela n’a d’abord pas été si simple avec la municipalité, échaudée par des clubs avant le nôtre qu’elle avait voulu accompagner mais dont elle a été déçue. J’étais le énième volontaire pour créer un club dans mon quartier et, avec la particularité de ne concerner que des enfants, il a fallu prouver constamment les deux premières années. On s’est débrouillé, avec quelques grillades à l’occasion de la Fête de la musique, une buvette pour quelques fêtes de quartier… On a réussi à payer les premiers frais comme ça. Le terrain n’a pas posé de problème en termes de créneaux mais un terrain sans vestiaires, on n’en fait pas grand-chose. Les trois ou quatre premières années, cela allait encore mais dès que l’on a commencé à avoir des équipes de joueurs un peu âgés, des U13 dès 2017, il fallait obligatoirement des vestiaires. On avait pu montrer patte blanche pendant plusieurs années et la collectivité a accepté de nous mettre à disposition des locaux, préfabriqués au départ et en dur aujourd’hui ». 

Désormais paré au niveau infrastructures, le FC Pas du Loup nourrirait-il maintenant des ambitions sportives ? Elles restent loin d’être dévorantes, si l’on en croit son président. « On ne cherche pas à monter une équipe première pour aller en Régional ni à réaliser un grand parcours en Coupe de France. On cherche surtout l’épanouissement et l’émancipation des individus, personnelle et collective. C’est le jeu avant l’enjeu. L’enjeu existe mais dans notre hiérarchie, il y a d’abord prendre du plaisir et on s’aperçoit qu’en le positionnant avant la pression de l’enjeu, on obtient de meilleurs résultats. Et sans les difficultés que peuvent connaître certains autour de leurs terrains… Aux parents qui en voudraient un peu plus, on rappelle la devise du club, qui parle d’elle-même : ici, c’est "le jeu avant l’enjeu", prendre du plaisir à jouer. Le côté compétitif, on le limite aussi parce que nos conditions matérielles ne nous permettent pas d’aller plus loin (sourire) ». 

Un club avant-gardiste
La fierté de Nordine Maktoubi est ailleurs, dans le changement des regards portés sur son initiative. « Au début, les autres clubs nous voyaient davantage comme une association œuvrant dans le social que comme un club de foot. Aujourd’hui, ils développent de plus en plus des projets sociétaux car finalement, le format petit club de village ou de quartier tel qu’il a pu exister ces quatre-vingts dernières années, qui se contente uniquement du football, n’est plus viable. On est donc considéré comme un club avant-gardiste, pris comme exemple auprès du District de l'Hérault pour accompagner d’autres clubs à se structurer autour de projets sociétaux et ne plus voir le football seulement comme des gens qui jouent sur le terrain ». 

Il en est convaincu, « aujourd’hui, le football n’est pas un sport comme d’autres où on y va pour pratiquer avant de rentre à la maison. C’est un lieu de vie, la troisième pièce après l’école ou le travail et la maison. Il doit être partie pleinement intégrante de la vie du joueur, on ne peut plus se contenter d’accueillir nos joueurs et leur famille pendant les sessions d’entraînement et leurs matches. Eux-mêmes sont demandeurs de passer plus de temps au club, d’être concernés par sa vie et cela tombe bien parce que le club, justement, a aussi besoin d’eux. Il ne faut donc pas craindre des difficultés parce que les licenciés savent aussi y répondre. Il faut que tout le monde prenne sa place – parents, joueurs, éducateurs, dirigeants, bénévoles –, "faire équipe", en fait. Et surtout, faire en sorte que les gamins ne restent ni sur les bords du terrain, ni sur ceux de la société. Ce sont les petits citoyens de demain que l’on est en train de construire… ». 

Guy Glaria, président de la Ligue d’Occitanie, le président-fondateur du club Nordine Maktoubi, Laura Georges, ex-secrétaire générale de la FFF, René Latapie, trésorier du Fondaction du Football, et le directeur sportif  du FC Pas du Loup Wassim Cherki lors de la cérémonie de remise des prix (photo Fondaction du Football).

 LE FC PAS DU LOUP EN VIDÉO 

Les bonnes pratiques du football amateur

Avec cette série des « Belles réussites du football amateur », la FFF met à l’honneur les initiatives et actions engagées par ses clubs partout en France. De quartier ou ruraux, avec plus ou moins de licenciés et licenciées mais toujours la même passion des pratiquants et pratiquantes, éducateurs et éducatrices, dirigeants et dirigeantes, de tous âges et toutes générations.

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