ARBITRAGE

Antony Gautier : « L'une des fédérations les plus reconnues »

vendredi 15 mai 2026 - 16:00 - Romain COLANGE
Antony Gautier

Antony Gautier, le directeur de l'arbitrage de la FFF, balaye l'actualité de l'arbitrage hexagonal, des huit officiels français retenus pour la Coupe du monde 2026 à la Ligue 1 en passant par la sonorisation.

 HUIT ARBITRES À LA COUPE DU MONDE 
« Un rayonnement au niveau international »

« C'est un signe de la très bonne santé de l'arbitrage français. Cette sélection met en lumière la qualité de notre arbitrage, d'abord celle des principaux intéressés qui sont récompensés de leur travail, mais plus globalement de tout un collectif impliqué dans cette dynamique. Nous faisons partie des six nations qui pourront compter sur au moins deux arbitres centraux lors de ce Mondial, et des trois qui ont vu deux arbitres VAR être sélectionnés. C’est assez exceptionnel puisque dans l'histoire, la France n'a eu qu'à trois reprises deux arbitres centraux : en 1990 (Italie) avec Michel Vautrot et Joël Quiniou et en 2022 (Qatar) avec Clément Turpin et Stéphanie Frappart. Il ne faut pas oublier non plus que Français Letexier a dirigé la finale du dernier Euro 2024 (Allemagne) et que nos équipes sont régulièrement appelées durant la saison en Ligue des champions. Ce rayonnement au niveau international prouve que la France est l’une des fédérations les plus reconnues. Nous avons l’objectif d’agir sur le recrutement de nouveaux arbitres, mais surtout de les fidéliser en les conservant dans nos effectifs. J’ai bon espoir que la sélection des huit arbitres à la Coupe du monde soit une source d’inspiration. Ils réalisent de formidables carrières et cela ne peut qu’avoir un impact positif et susciter des vocations. »

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En 23 éditions de la Coupe du Monde, il s'agit seulement de la troisième fois que la France dispose de deux représentants après 1990 (Joël Quiniou et Michel Vautrot en Italie) et 2022 (Stéphanie Frappart et Clément Turpin au Qatar).
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désignations de centraux cette année sur les compétitions européennes, dont 26 en Ligue des Champions.


Nicolas Danos, Benjamin Pagès, Clément Turpin, Mehdi Rahmouni, Cyril Mugnier, et François Letextier, six des huit arbitres sélectionnés pour le Mondial (photo Sandra RUHAUT / ICON SPORT).

 DE NOUVELLES RÈGLES AU MONDIAL 
« En Ligue 1 dès 2026-2027 » 

« La configuration de ce Mondial est inédite avec trois pays organisateurs (États-Unis, Mexique et Canada). La FIFA suit l'intégralité des arbitres qui sont susceptibles d'être sélectionnés pour la Coupe du Monde pendant les deux à trois années qui précèdent l'événement. Nous avons donc des échanges ponctuels mais c'est véritablement elle qui pilote la sélection et pilotera ensuite la formation à compter du 31 mai. Elle aura en charge l'ensemble des arbitres et a prévu naturellement toute la logistique, avec un camp de base à Miami. À noter également que lors de la Coupe du Monde, de nouvelles directives seront mises en place par la FIFA. Ces évolutions aux lois du jeu s'appliqueront naturellement lors de la reprise de la Ligue 1, de la Ligue 2 et de l'ensemble des compétitions officielles à compter de la saison 2026-2027. »

 LA LIGUE 1 
« 20 % d’erreurs majeures en moins »

« Les critiques sur l'arbitrage ont toujours fait, malheureusement, partie du football. Aujourd’hui, des faits prouvent que l'arbitrage français est de qualité. Il est reconnu. En Ligue 1, nous avons des arbitres globalement performants. Cela n'occulte pas les quelques erreurs qui peuvent se produire, que je ne mésestime pas et qui, malheureusement, existeront toujours. Mon rôle, en tant que directeur de l'arbitrage, est d'agir au quotidien pour les réduire. Et nous y parvenons, avec par exemple trente-six erreurs majeures (soit 21%) en moins en Ligue 1 à la J30 par rapport à la saison dernière, ou grâce à l’assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) qui, cette saison, nous a permis de corriger plus de 80 % des erreurs majeures commises sur le terrain. Cela montre bien que les arbitres prennent davantage les bonnes décisions sur le terrain. Nous travaillons au quotidien pour optimiser le niveau de performance mais il y a toujours une part d'interprétation dans les lois du jeu. Nous donnons aux arbitres le maximum de critères pour avoir des décisions les plus uniformes possibles. Parfois, il peut y avoir une forme de subjectivité qui intervient lorsqu'il s'agit d'interpréter, par exemple, une position artificielle du bras par rapport à une surface couverte par le corps. Ça, ce n'est pas propre à la France mais inhérent aux lois du jeu. Mon objectif est d'avoir une approche la plus uniforme possible, avec des critères clairs donnés aux arbitres. »

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Sur les 136 erreurs majeures recensées à l'issue de la 31e journée, 109 ont été corrigées grâce au VAR, soit plus de 80 %.


(Photo Philippe LECOEUR / ICON SPORT).

 MIEUX QUE LA LIGUE DES CHAMPIONS 
« Un temps de jeu effectif plus important en L1 »

« La Ligue 1 fait partie, selon les chiffres dont je disposais début 2026, des deux compétitions européennes majeures avec la Bundesliga (championnat de D1 d'Allemagne) à présenter le temps de jeu effectif le plus important, au-delà de la Ligue des champions ou de la Première League (championnat de D1 anglais), par exemple. La Ligue 1 dominerait même le Big 5 européen (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie) cette saison en termes de pourcentage de temps de jeu effectif selon une étude de l'Observatoire du football du Centre international d'étude du sport (CIES) publiée en avril 2026. Depuis la saison 2023-2024, j’ai demandé aux arbitres de pouvoir agir dans la mesure du possible pour optimiser le temps de jeu, c'est-à-dire d'essayer autant que faire se peut d'accélérer les reprises de jeu, de fluidifier au maximum le jeu en évitant de siffler des micro-contacts qui ne méritent pas d'être sanctionnés et qui, parfois, hachent le jeu. Nous voyons aujourd'hui que cela porte ses fruits. »

 UNE VOLONTÉ DE DIALOGUE 
« Certaines mentalités ont évolué »

« Depuis que je suis directeur de l'arbitrage (janvier 2023), j'ai la volonté constante de dialoguer, d'être disponible auprès des dirigeants qui le souhaitent pour comprendre toujours davantage l'arbitrage. Pour cela, nous avons mis plusieurs choses en place. La première, c'est l'installation en avril 2024 du Comité de liaison (*) entre la Fédération et la LFP sur l'arbitrage. Chaque mois, il se réunit pour échanger sur tous les sujets inhérents à l'arbitrage en Ligue 1 et Ligue 2 et travaille de façon constructive sur les perspectives d'évolution, en lien avec les orientations techniques portées au niveau international et déclinées au niveau national.
La deuxième chose, c'est la volonté de répondre systématiquement à toutes les demandes d'explication technique provenant essentiellement des clubs de L1 et L2, même si j’ai parfois eu des sollicitations de clubs de National et National 2. En L1 et L2, près de 80 situations ont pu faire l'objet cette saison d'échanges pour présenter, en totale transparence, la façon dont l'arbitre a pu prendre la décision et celle qui était attendue par la direction de l'arbitrage Ce dialogue, j'y tiens tout particulièrement parce qu'il permet d'avoir une démarche pédagogique auprès des clubs qui sont disposés à comprendre comment fonctionne l'arbitrage.
La troisième, depuis septembre 2024, c’est le débriefing publié sur le site internet de la FFF à l'issue de chaque journée de L1. Il porte sur quelques situations et permet de présenter la façon dont l'arbitre a pu prendre une décision, technique ou disciplinaire. Cela permet également à tout un chacun d’avoir accès aux échanges pendant le match entre l'arbitre et l'arbitre vidéo pour comprendre le principe de la prise de décision. Enfin, vous avez une position très claire de la direction de l'arbitrage qui consiste à confirmer le cas échéant la décision prise, voire à indiquer que celle-ci n'était pas attendue. Ce débriefing n'existait dans aucune autre fédération lorsque nous l'avons mis en place. Je pense qu'il a permis de faire évoluer certaines mentalités. »

(*) Il réunit le président du Collège de Ligue 1, le président du Collège de Ligue 2, le président de l'association Foot Unis, le président de la Commission fédérale de l'arbitrage, le directeur général de la FFF, le directeur général de la LFP et le directeur de l’arbitrage de la FFF.

 LA SONORISATION 
« Des retours positifs »

« Depuis la 28e journée de Ligue 1, nous expérimentons la sonorisation des arbitres après recours à la VAR. Les retours sont plutôt positifs. Quatre stades (Paris, Lyon, Lille et Marseille) en ont fait l'objet et j'ai bon espoir pour que nous puissions l'avoir sur chacune des rencontres en L1 à partir de 2026-2027. Dès mai 2024, la FFF avait mis en œuvre ce dispositif sur la finale de la Coupe de France féminine, celle masculine et la phase finale de D1 Arkema (Arkema Première Ligue aujourd’hui). Nous avions même étendu en 2025 ce dispositif aux demi-finales des deux Coupes de France précitées. Il sera encore en vigueur en cette fin de saison lors des compétitions citées. La sonorisation complète ? J’y suis favorable et je l'ai exprimé dès que je suis devenu directeur de l'arbitrage. Dès qu’il a pris ses fonctions, le président Philippe Diallo avait immédiatement saisi l'IFAB qui gère les lois du jeu au niveau international, pour demander de pouvoir expérimenter la sonorisation en direct et en continu des arbitres en France. Nous avons reçu une réponse négative en avril 2023 et aucune fédération n'est autorisée à procéder à des innovations sur les lois du jeu sans l'accord préalable de l'IFAB. »


Benoît Bastien a expérimenté le dispositif de sonorisation des arbitres lors d'Olympique Lyonnais-Lorient, au Groupama Stadium de Décines, le 12 avril dernier (photo Philippe LECOEUR / ICON SPORT).

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