Frédéric Reculeau : « La Ligue 3, ça va être une découverte ! »
Même s'il a déjà entraîné durant 9 saisons en National, un niveau qu'il n'a plus fréquenté depuis 2022, l'entraîneur vendéen, qui vient de vivre 2 accessions en 4 ans avec La Roche-sur-Yon, s'attend à retrouver un championnat en pleine évolution.
La première fois que Frédéric Reculeau a entraîné en National, le championnat qui va devenir la Ligue 3 dès la saison 2026-27, c'était en 2013, avec Luçon FC, sur ses terres, en Vendée (il est né à Fontenay-le-Comte). Ses adversaires de l'époque s'appelaient Luzenac, Colmar, Fréjus, Le Poiré-sur-Vie, Colomiers, Uzès, Vannes, Carquefou, pour ne citer qu'eux.
Et la dernière fois, c'était avec Avranches, en 2022, après avoir passé 4 saisons au pied du Mont Saint-Michel. Il y avait côtoyé des clubs plus "historiques", preuve aussi de l'évolution de cette 3e division, qu'il va donc retrouver, et que son club, le Vendée FC La Roche-sur-Yon, n'avait plus fréquenté depuis la saison 2001-2002 !

Frédéric Reculeau (photo Philippe LE BRECH / APL / FFF).
« Cela va être une découverte, à la fois pour le club et pour moi, lance Reculeau, ça sera un championnat avec beaucoup plus de clubs professionnels, d'un niveau supérieur, en tout cas supérieur à ce que j'ai connu avant (avec Luçon, Les Herbiers et Avranches). Mais à La Roche-sur-Yon, on voulait y aller et maintenant on y est ! Il faudra être capable de vite s'adapter. La saison passée, on avait eu un aperçu en affrontant Orléans en Coupe de France et on s'était bien fait bouger (1-1, qualification de La Roche 4 à 2 aux tirs au but, au 8e tour, le 28 novembre 2024) : c'est le genre de match qui peut donner des repères. Sur le plan athlétique, ce championnat est monté de niveau aussi. »
« Le jeu a évolué. Je me suis aussi adapté au football actuel »
Quatre ans après, Frédéric Reculeau (54 ans), l'entraîneur qui affiche neuf saisons de National à son compteur, va donc retrouver le niveau où il s'était bâti une réputation, celle d'un coach obnubilé par le football de possession, à tel point que Bruno Luzi, l'emblématique entraîneur du FC Chambly Oise, avait surnommé son équipe, Luçon FC, le "Barça du National". Une étiquette dont Reculeau ne s'est jamais vraiment défait. Quand bien même son football et sa vision ont quelque peu évolué.
Alors, plus pragmatique le Vendée FC La Roche-sur-Yon cette saison ? Plus clinique ? Plus de jeu direct ? « C'est un football avec les mêmes principes et la même volonté de faire une animation avec de la possession, explique Reculeau, bercé avec le football à la Nantaise et fan du Barça et du PSG. C'est juste que je me suis adapté aux profils des joueurs et ça a permis de produire autre chose. Quand on a des garçons comme Ibrahima Keita, le meilleur buteur de la poule (17 réalisations) et le numéro 10 Alexis Araujo, qui a connu le niveau au-dessus, on se sert d'eux comme dynamiteurs. Avant, j'avais des équipes joueuses avec un seul profil comme ça, là j'en ai deux, on peut alterner les temps de possession et les projections en deux ou trois passes grâce à eux qui déséquilibrent plus rapidement l'adversaire que sur une possession longue. Et puis, le jeu a évolué. Je me suis adapté au football actuel. Déjà, je suis passé d'une défense à 4 à une défense à 3. On a mis un peu plus de diversité dans notre jeu. »

Photo Philippe LE BRECH / APL / FFF
Frédéric Reculeau ne s'est pour autant pas renié : « Pour être honnête, je m'y retrouve sans m'y retrouver. J'aimais bien ce que produisait mes équipes avant : avec Avranches, on était souvent assez dominateurs dans la possession du ballon. Cette année, on l'était de temps en temps mais un peu moins sur certains matches. C'est une adaptation et à l'arrivée il y a eu des résultats. »
Des chiffres éloquents
Et quel résultats ! Avec 65 points, la meilleure attaque des trois groupes de N2 confondus et la meilleure défense de sa poule, le club du président Christophe Chabot a affolé les compteurs cette saison. Et n'a perdu que trois rencontres. Difficile de faire mieux.
Surtout, il ne fallait pas faire moins bien avec les Girondins de Bordeaux à ses trousses : « Avoir une équipe comme ça dans notre Championnat, au niveau médiatique, cela a crée un engouement, et au niveau sportif, cela a mis de l'entrain à notre saison. C'est vrai que l'on n'a perdu que trois matcehs, dont le match aller à Bordeaux (0-3) : c'est celui qui me laisse le plus de regrets, je l'ai mal vécu, parce qu'on était passés au travers, et pareil la saison précédente. Ce n'est pas tant la défaite qui m'a embêté mais la prestation de mon équipe, qui a sous-joué, qui n'a pas montré son vrai visage, même si on était tombé sur une grosse équipe de Bordeaux. »
*En 1983-1984, le FC Yonnais, qui cohabite avec l'AEPB La Roche-sur-Yon (l'actuel Vendée FC), évolue une saison en Division 2.
« Notre adversaire avait largement les moyens de nous passer devant. La surprise, c'est d'avoir fini devant Bordeaux »
Avec un tel concurrent, l'équipe de Frédéric Reculeau, qui a parlé de la montée comme d'une "surprise" au terme de l'exercice, il ne fallait pas se louper ! « Oui, j'ai dit que notre montée était difficile à croire, dans le sens où on a tout fait cette année pour aller la chercher, compte tenu de l'adversité et du mano a mano. Ce n'est pas tant que j'avais des doutes sur le fait de ne pas y arriver mais j'avais le sentiment que notre adversaire (Bordeaux) avait largement les moyens de nous passer devant. La surprise, c'est surtout de finir devant Bordeaux. »

Photo Philippe LE BRECH / APL / FFF
Cela ne s'est pas joué à grand-chose. Alors que les Vendéens comptaient 7 points d'avance à l'issue de la 25e journée, ils ont vu leur avance fondre comme neige au soleil en l'espace de trois matches, au point de voir Bordeaux recoller à un point, à deux journées de la fin. Le doute s'est-il installé ? « Je ne sais pas si c'est le mot, poursuit Reculeau, mais j'ai senti mon groupe un peu émoussé. On a eu une période avec trois matches en huit jours, on a eu des suspensions aussi (Alexis Araujo, Evan Morel). En fait, mon questionnement a été de savoir si mon groupe allait retrouver un peu d'énergie, combien de temps ça allait durer, si nous allions terminer fort et si nous, le staff, étions en capacité de redonner un discours qui puisse permettre à l'équipe, qui avait un peu moins de jus physiquement, de se régénérer. Sur le mental, la technique et l'envie, il n'y avait pas de problème. C'était juste sur la fraîcheur physique. On savait aussi qu'avec les retours de suspension, ça allait redonner un petit coup de boost. »
Le souvenir de Paris XIII et de Carquefou en tête
Finalement, le Vendée FC La Roche-sur-Yon a remporté ses deux derniers matches, conservé la première place, une longueur devant les Girondins, et effacé en même temps le douloureux souvenir de la saison 2023-2024, lorsque le club, promu de National 3, avait terminé premier ex aequo avec Paris XIII Atlético, seulement devancé à la différence de buts directe pour la montée : « Forcément, on y pense, surtout que pour ma part, cela m'était déjà arrivé une fois en CFA avec Luçon, en 2012, quand Carquefou était monté dans les mêmes circonstances, alors que nous avions 105 points chacun ! Mais nous étions montés en National l'année d'après et là, avec La Roche, il a fallu deux ans. On aurait pu parler de malédiction si cela était arrivé une troisième fois mais sincèrement, ces déboires-là, on les oublie, parce que c'était quand même des saisons fantastiques. Avec La Roche, c'est une histoire différente aussi. »
Une histoire commencée en juillet 2022 en National 3, quand Frédéric Reculeau s'est inscrit dans le nouveau projet vendéen, après son exil en Normandie. Et qu'il va poursuivre la saison prochaine : « Si je suis revenu sur mes terres, c'est pour ce projet-là. La Roche-sur-Yon aspirait à retrouver un certain niveau. On s'était donné 5 à 6 ans à mon arrivée pour retrouver le National, on y est arrivé en 4 ans, plus vite que prévu, tant mieux. Mais il faudra du temps pour aspirer à encore mieux. »