Pagès-Danos : « Une excitation particulière »
Nicolas Danos (45 ans), pour la troisième fois, et Benjamin Pagès (39 ans), qui va vivre sa première Coupe du monde, assisteront Clément Turpin lors de l'édition 2026.
Pour eux, c’est encore l’Amérique. Après la Coupe du monde des clubs l’été dernier, Nicolas Danos (45 ans, arbitre FIFA depuis 2013, licencié à l'AS Muret, Ligue d'Occitanie) et Benjamin Pagès (39 ans, arbitre FIFA depuis 2018, licencié au FC Lamontjoie, Ligue de Nouvelle-Aquitaine) ont encore traversé l’Atlantique, cette fois pour le Mondial 2026. Il s’agira du troisième pour l’aîné (après 2018, au Qatar, et 2022, en Russie), du premier pour le plus jeune. Habitués des grands rendez-vous, à l'image de la finale de la Ligue des champions 2022, ils partagent cependant la même excitation avant d’aborder comme arbitres assistants de Clément Turpin cet événement planétaire.
Les arbitres français au Mondial 2026
Comment avez-vous accueilli votre sélection pour le Mondial ?
Benjamin Pagès : « On attendait l’annonce de la liste pour que l’on sache ou non si on était du voyage. Ça a été le point de départ de l’aventure. Ce sera ma première Coupe du monde donc l’excitation est toute particulière. »
Nicolas Danos : « On va dire que c’est quelque chose que l’on attendait car cela fait des mois que l’on performe au niveau français et international. Ce sera ma troisième participation et c’est toujours le même plaisir. Il ne faut pas banaliser une Coupe du monde. C’est un événement planétaire, avec des joueurs qui joueront peut-être pour la seule fois de leur carrière. C’est un moment énorme. »
Comment avez-vous préparé ce rendez-vous ?
B.P. : « L’objectif a été de se tourner vers la fin de saison en France et d’arriver le plus frais possible, que ce soit physiquement ou mentalement, pour la Coupe du monde. Sur place, nous avons eu dix jours assez intenses avec la FIFA dans notre camp de base à Miami. »
N.D. : « Je n'ai pas voulu changer ma préparation pour éviter de me mettre une pression supplémentaire. Je sais qu’avant, j’en faisais beaucoup pour être au top, notamment physiquement. Après l’annonce de la liste pour le Mondial, je me suis focalisé sur les dernières journées de Ligue 1 avant d’entamer une préparation un peu plus intense pour arriver le plus prêt possible à Miami. »

Benjamin Pagès (en jaune, à gauche) et Nicolas Danos (en jaune, à droite) forment un trio avec Clément Turpin (photo Sylvain THOMAS / ICON SPORT).
Combien de fois par semaine vous entraînez-vous ?
B.P. : « Nos entraînements sont calqués sur nos matches. Une équipe va connaître son calendrier dès le début de saison. Nous, on ne sait pas quand sont planifiées nos rencontres. En fin de saison, on a arbitré énormément de matches. Il a fallu adapter nos séances et la charge de travail. »
N.D. : « Tous les jours. Plus on avance dans l’âge, plus on a besoin de s’entraîner régulièrement. Je me rends compte que si je m’arrête une ou deux journées, c’est plus compliqué de remettre les baskets. Il faut habituer son corps à avoir une charge d’entraînement intensive, surtout que l’on va arriver aux États-Unis dans des conditions climatiques différentes, avec beaucoup plus d’humidité. On l’a vécu lors de la Coupe du monde des clubs, durant laquelle cela a été un peu compliqué au début de s’adapter. »
Comment qualifieriez-vous votre rôle d’arbitre assistant ?
B.P. : « C’est principalement un travail de l’ombre dans lequel beaucoup de choses se passent par le micro et l’oreillette. On va pouvoir communiquer des choses qui vont totalement être invisibles pour le grand public mais qui vont amener une valeur ajoutée, aidant l’arbitre central dans sa prise de décision et le bon déroulé du match. »
N.D. : « Dans le trio, chacun a son job à faire. On est là pour accompagner Clément (Turpin). Notre job principal, c’est le hors- jeu. On se doit d’être clean à 100 % par rapport à ça. Le reste, ce sont des actions qui se sont déroulées dans son dos, ou alors quelque chose qu’on a mieux vu que lui car on a un meilleur angle. »
Membres des 8 arbitres français qui iront à la Coupe du monde, Clément Turpin et François Letexier reviennent sur leur sélection pour le mondial 🏟️
— FFF (@FFF) May 27, 2026
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Quel est jusqu’à présent votre plus beau souvenir ?
B.P. : « La demi-finale aller de Ligue des champions l’an dernier entre Barcelone et l’Inter Milan (en avril 2025). Tout s’est prêté à une soirée mémorable : 3-3, beaucoup de football, pas de décisions sujettes à discussion. C’est le genre de rencontre que l’on apprécie. Quand on finit avec le sentiment du devoir accompli, c’est un moment agréable. »
N.D : « J’en ai plusieurs mais le plus marquant a été la finale de la Ligue des champions (en 2022, remportée par le Real Madrid face à Liverpool, 1-0) au Stade de France. Ça a été un moment énorme, l’un de mes plus beaux souvenirs avec un barrage de la Coupe du monde au Pérou, face à la Nouvelle-Zélande (en 2017, à Lima). C’était un match atypique, dans une ambiance extraordinaire. Il n’y avait pas de vidéo, nous étions quatre Français pour faire ce match et on savait très bien que si on se plantait, on n’irait peut-être pas à la Coupe du monde en Russie. »
Arrivez-vous à profiter de l’ambiance autour des rencontres ?
B.D. : « Ce n’est pas facile car il faut que l’on reste vraiment concentré sur notre job. Parfois, ça arrive sur des phases de jeu arrêtées ou un joueur qui se fait soigner. Quand le jeu reprend, on est vraiment dans notre bulle. »
Vous représentez aujourd’hui l’élite de l’arbitrage français, mais comment y êtes-vous venu ?
B.P. : « Par le plus grand des hasards. Je jouais à l’AS Villepinte (Aude), présidée par mon père. Je suis devenu arbitre à sa demande car il en fallait un pour que le club ne soit pas en infraction avec les statuts. Je devais faire qu’une seule saison et finalement, je n’ai jamais arrêté. C’est le destin qui m’a amené là. »
N.D. : « J’ai joué au football jusqu’en U17, toujours à l’AS Muret, un petit club à vingt kilomètres de Toulouse. Un jour, avec deux de mes coéquipiers, on s’est pris la tête avec des arbitres lors d’une rencontre. L’un nous a dit : "Si vous n’êtes pas contents, prenez un sifflet." On l’a pris au mot (rire). On s’est pris au jeu et sur les trois, je suis le seul à avoir continué et gravi les échelons. »