Mugnier-Rahmouni : « Une consécration »
Pour sa première Coupe du monde, François Letexier (au centre) est épaulé par Cyril Mugnier (42 ans, à gauche) et Mehdi Rahmouni (37 ans, à droite). Avant de plonger dans la compétition, les deux arbitres assistants se sont livrés à FFF.fr.
Depuis onze ans, Cyril Mugnier (42 ans, Ligue Auvergne-Rhône-Alpes) et Mehdi Rahmouni (37 ans, Ligue Occitanie) forment avec François Letexier un trio devenu une référence sur la scène internationale. Sélectionnés pour leur première Coupe du monde, ils vivent actuellement un moment fort de leur jeune mais déjà riche carrière, après avoir notamment officié lors de la finale de l’Euro 2024. Avant de débuter la compétition, les deux arbitres assistants se sont confiés à FFF.fr sur leur parcours, leur complicité ou encore leurs souvenirs.
LEURS PARCOURS
« Je ne comprenais pas les décisions des arbitres »
Cyril Mugnier : « Au début, je voulais juste rendre service. Je pensais jouer le samedi et arbitrer le dimanche. J’aimais ça, ça me permettait d’avoir un petit complément de salaire mais je n’avais pas spécialement envie de gravir les échelons. Quand on m’a dit que je pouvais monter de catégorie, j’ai refusé car je préférais m’amuser avec mes collègues (sourire). En plus, quand on commence à arbitrer, on part seul sur les matches. J’adorais quand même prendre le sifflet et être au service du jeu. Au fil du temps, je me suis encore plus pris au jeu et j’ai continué. Jusqu’à quitter mon métier dans l’aviation pour officier en Ligue 1. »
Quand on devient arbitre, il n’y a pas vraiment de plan de carrière. On se prend au jeu et ça nous amène aujourd’hui à la Coupe du mondeMehdi Rahmouni
Mehdi Rahmouni : « J’ai commencé assez tard l’arbitrage, à 15 ans. Je jouais au foot et quand on est arrivé sur un grand terrain, on a commencé à avoir des arbitres officiels. Je ne comprenais pas trop les décisions, je râlais beaucoup et j’avais du mal à être sous leur autorité. Je me suis posé des questions et j’ai eu envie d’apprendre les règles du jeu. Mon club m’a poussé à faire les formations. Jusqu’en U18, j’ai continué à jouer tout en arbitrant puis on m’a demandé de faire un choix, qui s’est porté vers l’arbitrage où je prenais beaucoup de plaisir. Les premières années, on est très isolé car on n’a pas d’assistants. On se responsabilise rapidement : on prépare notre sac, on regarde où a lieu le match puis on essaye de trouver le stade sans GPS à l’époque grâce aux poteaux d’éclairage (rire). Vient ensuite l’aspect compétition, et dans l’arbitrage, il se matérialise par le changement de niveau : départemental, régional, fédéral… J’ai été pris dans cette spirale jusqu’à devenir arbitre de Ligue 1, et j’ai dû quitter mon travail (il travaillait dans un établissement bancaire après avoir décroché son Master en finance bancaire et d’entreprise). Quand on devient arbitre, il n’y a pas vraiment de plan de carrière. On se prend au jeu et ça nous amène aujourd’hui à la Coupe du monde. »

(Photo Philippe LECOEUR / ICON SPORT).
LEUR PREMIÈRE COUPE DU MONDE
« Une consécration »
Cyril Mugnier : « On s’y attendait car on avait performé et François (Letexier) avait fait toutes les sélections. Ça reste toute de même une surprise car on ne savait pas quand ça allait arriver (sourire). L’annonce a forcément été un moment particulier. C’est énormément de travail pour arriver ici. C’est encore plus grand que l’Euro car la Coupe du monde réunit toute la planète et différents footballs. »
Mehdi Rahmouni : « C’est une compétition planétaire, la plus importante du football. Ce sera notre première participation, c’était l’un des objectifs que l’on avait dans un coin de notre tête et on a tout fait pour y parvenir. C’est une consécration dans la carrière d’un arbitre et une expérience énorme. On se retrouve à table avec des arbitres du Qatar, du Japon, d’Amérique latine. C’est très enrichissant sur le plan humain mais aussi au niveau de l’arbitrage. On découvre leur façon de travailler, qui peut être totalement différente de la nôtre. Je garderai ça à vie. »
UNE JOURNÉE TYPE AU MONDIAL
« 2h30 chaque jour sur le terrain »
Mehdi Rahmouni : « Après un réveil à 7h15 et le petit-déjeuner, nous partons en bus à 7h45 pour un trajet d’une heure pour rejoindre le terrain d’entraînement, assez loin du camp de base où sont réunis tous les arbitres, situé à Miami Beach (Floride). Sur la séance, il y a plusieurs préparateurs physiques et différents ateliers, de courses à haute intensité, de vivacité, de gainage… En parallèle, il y a deux terrains de foot où deux équipes s’affrontent. Nous sommes appelés à tour de rôle pour arbitrer une opposition pendant une dizaine de minutes. C’est un vrai match, avec des situations identiques à celles que l’on retrouvera lors des rencontres officielles. Sur le côté, des coaches nous évaluent et à la fin, on réalise un débrief avec eux. Le match est filmé, ce qui nous permet de revoir nos déplacements et la justesse de nos décisions. On reste chaque jour à peu près deux heures trente sur le terrain. Ce sont de grosses séances. On rentre ensuite à l’hôtel pour déjeuner avant une pause entre 13 et 15 heures, pour la sieste ou des soins. Pendant les onze premiers jours avant le début de la compétition, nous étions en salle de 15h00 à 18h00 pour un travail vidéo afin d’avoir tous la même ligne directrice à suivre dans la prise de nos décisions. Depuis le début de la compétition, la matinée reste la même et l’après-midi est consacré aux soins. »
LEUR TRIO AVEC FRANÇOIS LETEXIER
« On se dit les choses »
Cyril Mugnier : « Chacun à son caractère. Pour s’affirmer, il faut aussi être soi-même. Quand on a besoin de se dire les choses, on le fait, même si ce n’est pas toujours agréable à entendre. C’est aussi ce qui fait notre force. On essaye de se détacher de l’événement en se recentrant sur nous-mêmes. On essaye aussi de laisser un maximum de place à François pour qu’il se sente bien dans son match car c’est lui qui va être mis le plus en avant. On est là pour bien l’assister, c’est-à-dire le mettre dans les meilleures conditions. Des superstitions ? Pas vraiment. Quand on se pose dans le vestiaire, c’est Mehdi le DJ et la musique est très changeante (rire). Elle dépend des matches, des pays où l’on se trouve ou de la nationalité du quatrième arbitre. Il essaye de lui mettre une musique pour l’intégrer. »

Mehdi Rahmouni, François Letexier et Cyril Mugnier (photo Emilian BALDOW / ICON SPORT).
LEUR PLUS BEAU SOUVENIR
« La finale de l’Euro ? C’était inattendu »
Cyril Mugnier : « Pour nous, performer c’est aller jusqu’au bout des compétitions. Le fait d’avoir arbitré la finale de l’Euro (2024, entre l’Espagne et l’Angleterre à Berlin) a été inattendu. C’était notre premier Euro avant d’enchaîner sur les Jeux olympiques. D’y arriver aussi jeune, c’était super. Le fait d’en parler me procure encore des émotions. C’était l’aboutissement de beaucoup de travail, onze ans de collaboration ensemble au cours desquels nous sommes passés par toutes les émotions. Et je dirais que les moins bonnes nous ont permis d’apprendre et de grandir. »
Mehdi Rahmouni : « L’Euro a vraiment été une expérience folle, avec beaucoup d’intensité et énormément d’adrénaline. Ça fait onze ans que l’on travaille ensemble, c’était un aboutissement. On est passés par les catégories jeunes, la Youth League… Se retrouver en finale d’un Espagne-Angleterre… (il coupe). On a pris énormément de plaisir et ça restera gravé à vie dans nos mémoires. Quand on est arbitre, c’est qu’on est passionné par le football. On aime le beau jeu, l’intensité. Ce qui nous donne du plaisir, c’est d’arbitrer un match à haute intensité, avec du beau football et où les bonnes décisions sont prises. »

(Photo ICON SPORT).