ARKEMA PREMIÈRE LIGUE

Roland Jamelot : « Quelque chose se crée à Saint-Malo »

jeudi 10 septembre 2026 - 08:00 - Romain COLANGE
Roland Jamelot, coach de l'US Saint-Malo

Roland Jamelot a conduit à la surprise générale l'US Saint-Malo de la D3 Féminine à l'élite en trois saisons. L'entraîneur breton revisite cette folle aventure au sein d'un club et d'une ville investis derrière leurs Diablesses.

De la D3 Féminine à l’Arkema Première Ligue, seules trois saisons se sont écoulées pour l’US Saint-Malo. Promu pour la première fois de son histoire dans l’élite du football féminin français, le club breton aborde dans la peau du Petit Poucet mais totalement décomplexé cette nouvelle aventure. C’est finalement ce qui fait le succès de la formation entraînée par Roland Jamelot (34 ans) depuis 2023. Ici, le trentenaire connaît presque tout du pôle féminin pour avoir coaché les U19, la réserve et accompagné comme adjoint « l’architecte » Fabrice Garin avant de prendre sa succession. Aujourd’hui, le natif de Fougères (Ille-et-Vilaine) se sent prêt à relever un défi dans un club et une ville qu’il aime tant : celui de le maintenir tout en haut. Après une défaite inaugurale à Strasbourg (3-2), l'US Saint-Malo va disputer le premier match de son histoire dans l'élite dans son stade de Marville, ce samedi 12 septembre (18h00, YouTube APL) face au Montpellier FC.


Le classement de l'Arkema Première Ligue


« Vous avez pris les rênes de l’US Saint-Malo à l’été 2023 à la suite de la relégation en D3 Féminine. Si on vous avait dit que vous seriez en Arkema Première Ligue trois ans après, comment auriez-vous réagi ?
Je ne l’aurais pas cru (sourire). Quand on a repris l’équipe après dix années de Fabrice Garin, qui a été l’architecte de tout ce que l’on a aujourd’hui, on savait que ça ne serait pas facile. En plus, il y a eu cette relégation en D3 Féminine en raison de la refonte des championnats féminins. On était vraiment dans l’humilité, en se disant qu’il fallait limiter la casse. On a réussi à conserver une base de joueuses mais on a tout de même dû faire face à une quinzaine de départs. Finalement, tout s’est bien enchaîné et on est très contents.

Quelle a été votre recette ?
On a plutôt été dans la conservation des facteurs de performance que l’on avait mis en place. En D3, on a gardé la même structuration d’entraînement et de staff que l’on avait en Seconde Ligue. On a également été assez bon dans le recrutement. Il a été très ciblé et chaque joueuse venait pour apporter une réelle plus-value. Aujourd’hui, certaines sont encore présentes au sein de l’effectif, ce qui veut dire que le cycle n’est pas terminé. On a su créer une bonne dynamique, en termes de groupe et de travail. L’équipe n’a jamais cessé de progresser.

Pamela Babinga disait que le groupe était porté par une sorte de vague très positive. La ressentez-vous également ?
Totalement. Je pense que cela est en adéquation avec la ville, où il fait bon vivre. C’est très agréable d’être ici, au bord de la mer, avec un passé historique assez présent. On se sent très bien. Les joueuses qui nous rejoignent arrivent facilement à s’acclimater. Tout le monde est dans un bon "mood" (dans de bonnes dispositions).


Roland Jamelot, coach de l'US Saint-Malo (photo Daniel DERAJINSKI / ICON SPORT).

Quels ont été les moments les plus forts de ces trois saisons ?
Le premier, c’était le match retour à Roubaix (le 24 mars 2024), notre concurrent pour la montée en Seconde Ligue. On s’est fait reprendre après avoir mené 3-1 mais on a réussi à s’imposer (4-3) sur le fil dans son Vélodrome bouillant et historique. En termes de scénario, tu ne peux pas faire mieux. Je retiens pour notre retour en Seconde Ligue le match nul arraché à Toulouse (1-1, le 2 février 2025), qui jouait le haut de tableau. Je devais faire face à une hécatombe de blessures et je n’avais pu mettre que quinze joueuses (contre seize autorisées) sur la feuille de match. Les filles ont été incroyables ! L’an dernier, il y a ce match à Nice (2-3, le 22 février 2026) où on est mené au score jusqu’à la 97e minute. On finit par s’imposer grâce à deux buts coup sur coup en quelques secondes. On venait de perdre contre Auxerre et Lille et le fait de renverser la table de cette façon a remis le groupe dans une bonne dynamique. Jusqu’à la délivrance à Lille (0-0, le 17 mai 2026) qui a scellé notre montée historique en Arkema Première Ligue.

Quand je regarde le calendrier, je me demande quand je vais souffler (rire) ! Tous les matches vont être difficiles mais terriblement intéressants. »

Roland Jamelot, entraîneur de l'US Saint-Malo

Justement, avec quels objectifs arrivez-vous en Arkema Première Ligue ?
Je suis quelqu’un qui aborde toujours les choses avec humilité mais ambition. On se fixe un plancher, avec un objectif minimum, sur lequel construire. L’an dernier, par rapport au budget et à la concurrence, c’était le maintien. Après, si tu fais les choses bien, en accompagnant les joueuses et en affichant de belles valeurs, il n’y a pas de raison de se mettre de limites. Maintenant, on a beaucoup de curseurs à augmenter. Je m’attèle à faire des choses simples car on va devoir se mettre au niveau sur pas mal d’aspects et s’adapter très rapidement par rapport à la vitesse, la puissance et la jouabilité de l’Arkema Première Ligue. Tout sera différent de la Seconde Ligue.

Avez-vous le sentiment d’avoir changé de dimension ?
Le club n’a jamais eu un budget aussi important, même s’il reste largement inférieur à certaines équipes de l’élite. Je n’ai jamais eu un staff aussi fourni, on s’entraîne tous les matins, voire deux fois par jour durant la préparation, on a effectué un stage de quatre jours cet été… Je n’ai absolument rien à redire sur nos dirigeants qui, depuis des années, s’investissent dans le football féminin et nous permettent aujourd’hui d’atteindre ce niveau-là. Maintenant, reste à la Ville de nous accompagner encore davantage sur des aspects où le club ne peut pas forcément intervenir.

C’est-à-dire ?
D’avoir un terrain en herbe pour s’entraîner (sourire). C’est un peu une anomalie de s'entraîner encore sur un synthétique… Aussi, les infrastructures, qui sont les mêmes depuis vingt ans, mériteraient un petit coup de neuf. Il n’y a que la municipalité qui peut changer cela.


Battue par le RC Strasbourg Alsace pour sa première dans l'élite, l'US Saint-Malo tentera de prendre ses premiers points ce week-end face au Montpellier FC (photo Daniel DERAJINSKI / ICON SPORT).

Sentez-vous un engouement plus fort autour de l’équipe ? 
La saison dernière, près de 1 000 personnes ont assisté à notre dernier match à domicile alors qu’il n’y avait plus d’enjeu. On sent que quelque chose se crée à Saint-Malo autour du football féminin. C’est très enrichissant.

Comment vivez-vous tout cela à titre personnel ?
Je suis excité, ravi et motivé. Je n’ai que des sentiments positifs même si je sais que la saison sera difficile. Je vais également passer mon DES (Diplôme d'État Supérieur) donc la charge de travail va être énorme. J’espère tout de même profiter de cette saison. C’est tout de même un aboutissement, une sorte de consécration d’arriver au plus haut niveau dans le football. Quand je regarde le calendrier, je me demande quand je vais souffler (rire) ! Tous les matches vont être difficiles mais terriblement intéressants. »

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