ARBITRAGE

Benoît Bastien : « Je connais les besoins et les attentes du secteur professionnel »

mercredi 30 septembre 2026 - 15:25 - Claire GAILLARD
Benoît Bastien

L’ex-arbitre international, désormais directeur technique de l'arbitrage adjoint, délégué à l'arbitrage des compétitions professionnelles masculines, détaille les contours de son nouveau rôle. 

À 43 ans, Benoît Bastien, figure bien connue du haut niveau et de la Ligue 1, a rangé le sifflet durant l’intersaison et rejoint la FFF pour mettre son expérience et son expertise au service de la direction de l’arbitrage en tant que directeur technique de l'arbitrage adjoint, délégué à l'arbitrage des compétitions professionnelles masculines. Sous la responsabilité d’Antony Gautier, il a en charge « la gestion, le suivi, la formation, l’évaluation et la structuration du parcours de formation de l’arbitre qui évolue en Ligue 1, Ligue 2 ou Ligue 3 ». Un rôle essentiel qui l’a aussi conduit à rencontrer les clubs professionnels cet été afin de leur présenter les orientations techniques 2026-2027. Pour FFF.fr, il évoque son entrée en fonction, partage ses objectifs, revient sur sa carrière et se remémore son parcours qui n’était pas écrit d’avance.

« Vous avez dirigé votre dernier match à l’occasion du barrage aller entre l’AS Saint-Étienne et l’OGC Nice le 26 mai 2026. Comment se passe cette transition ?
C’était très rapide, je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir beaucoup. Ce n’était pas quelque chose de prévu, de préparé. C’est une opportunité qui s’est présentée, j’ai saisi la balle au bond. C’est le challenge qui m’a attiré. Je suis un homme de défis. Il y en a toujours dans l’arbitrage. Avec les responsabilités qui m’ont été confiées, le challenge est conséquent et, forcément, ça me plaît d’autant plus.


Photo Philippe LECOEUR / FEP / ICONSPORT

Vous dites que votre reconversion n’était pas préparée. Intégrer la direction de l’arbitrage représente pourtant presque une suite logique au regard de votre riche carrière…
Je ne sais pas si c’est une suite logique car il y a plein de choses à faire ailleurs, dans d’autres domaines et la vie est passionnante pour ça mais si je peux apporter, ce sera avec grand plaisir.

526
Matches dirigés toutes compétitions confondues (clubs et sélections)
277
Rencontres dirigées en Ligue 1
1
Finale de Coupe de France : Paris-SG - Stade de Reims, en mai 2025

Vous avez été nommé fin juin directeur technique de l'arbitrage adjoint, délégué à l'arbitrage des compétitions professionnelles masculines. Concrètement, quelles sont vos missions ? 
Je suis en charge des championnats professionnels donc responsable de la gestion, du suivi, de la formation, de l’évaluation, de la structuration du parcours de formation de l’arbitre professionnel qui évolue en Ligue 1, en Ligue 2 ou en Ligue 3.

Avez-vous une appréhension à l’idée d’évaluer vos anciens collègues ? 
(Il sourit). Non, il n’y a pas d’appréhension. Ce que je souhaite avant tout c’est que cette évaluation soit formatrice. L’objectif, c’est de permettre à chacun d’entre eux de monter en compétence, c’est ce qui m’anime fortement. Je suis un formateur dans l’âme et ma volonté c’est de permettre à chacun d’optimiser ses compétences, de les développer afin de les outiller au mieux aux exigences de cette fonction.

« J’ai été parfaitement bien accueilli par l’ensemble des clubs, des staffs et des joueurs (…) Pour beaucoup, ça a été un peu étrange de me voir dans une tenue civile (sourire) » 


Durant l’intersaison, vous vous êtes rendu dans les clubs professionnels afin de leur présenter les orientations techniques pour 2026-2027. Quel accueil vous a été réservé ? 
J’ai eu la chance de pouvoir vivre ces réunions, ces temps d’échange de l’intérieur. Ce sont des moments extrêmement importants et surtout très enrichissants. J’ai été parfaitement bien accueilli par l’ensemble des clubs, des staffs et des joueurs. Évidemment, le contexte d’avant-saison, décorrélé de tout enjeu sportif à ce moment-là, y participe. Pour beaucoup, ça a été un peu étrange de me voir dans une tenue civile (sourire) mais ils ont accueilli ma position dans ces fonctions très positivement.


En tribune officielle, Philippe Diallo, le président de la Fédération Française de Football, salue Benoît Bastien après la finale de la Coupe de France 2025 (photo Germain REZE / FFF). 

Un arbitrage connecté au jeu, c’est la feuille de route de la saison grâce notamment à l’optimisation du rythme des rencontres et à la lutte contre les comportements répréhensibles. Cela va dans le sens du football et de son évolution…
J’espère que ce sera son évolution parce que ce qu’on aime et ce qu’on veut voir, c’est un football connecté au jeu, pas à l’antijeu ou la tricherie. L’évolution des nouvelles lois s’inscrit dans cette lignée-là et c’est extrêmement positif. Nous avons évidemment appuyé très fortement sur ces thématiques pour nos arbitres du secteur professionnel et par extension pour ceux qui officient dans les autres compétitions fédérales. Nous voulons des arbitres connectés au jeu, des arbitres qui à l’inverse vont lutter contre tous les actes d’antijeu qu’il s’agisse des simulations, des provocations, des confrontations ou des contestations de décisions arbitrales.

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Des capitaines au rôle réaffirmé et une VAR davantage encore au service du jeu avec deux nouveaux cas éligibles à l’assistance vidéo sont les autres axes sur lesquels vous avez insisté. 
Nous voulons aller encore plus loin dans la collaboration arbitre-capitaine. À partir du moment où nous avons des capitaines investis dans leur rôle, nous souhaitons qu’ils deviennent des interlocuteurs privilégiés. Leurs missions ? Pouvoir non seulement raisonner leurs partenaires mais aussi avoir la possibilité, de manière proactive, d’intervenir pour éviter des sanctions parfois inutiles liées à des contestations ou des énervements. C’est le point sur lequel on veut vraiment appuyer. L’évolution du protocole VAR va toujours dans le sens d’une recherche de justesse et donc de justice sportive avec la possibilité désormais de corriger un corner erroné et de le transformer immédiatement en six mètres, en coup de pied de but. La possibilité aussi d’intervenir sur un carton rouge indirect, qui fait suite à deux avertissements. En cas de deuxième carton jaune complètement erroné, l’arbitre vidéo peut intervenir auprès de son collègue et l’inviter à revisionner la situation.

« On se souvient peu des résultats. Il reste des moments marquants, forts, ce sont souvent des rencontres humaines avec des coachs, des joueurs, des lieux qu’on découvre, des stades, des ambiances… »


Le fait d’avoir été arbitre il y a encore quelques mois vous aide-t-il à mieux comprendre ou cerner les problématiques rencontrées par les acteurs du jeu ?
C’est évidemment une force de connaître parfaitement l’environnement dans lequel on se situe, de connaître les gens qui le compose aussi bien les clubs que les arbitres eux-mêmes. Mieux on connait l’environnement et les gens, plus c’est facile de trouver des réponses adaptées en général. C’est une force de connaître l’ensemble des arbitres, de l’avoir été il y a encore quelques semaines : je connais les besoins et les attentes du secteur professionnel, c’est une vraie richesse. Et je connais parfaitement aussi l’activité, ce métier pour l’avoir pratiqué pendant plus de quinze ans en Ligue 1.

« Aujourd’hui, il faut être pleinement préparé. (Un arbitre) ne peut rien laisser au hasard, que ce soit sur les plans athlétique, technique, stratégique, physiologique, mental. »


Que retenez-vous de ces années au plus haut niveau ?
Pour être très sincère, il ne reste pas beaucoup de football car on ne se souvient pas beaucoup d’actions, de matches. On se souvient peu des résultats. Il reste des moments marquants, forts, ce sont souvent des rencontres humaines avec des coachs, des joueurs, des lieux qu’on découvre, des stades, des ambiances… Ce sont principalement les souvenirs qu’il me reste aujourd’hui et finalement très peu de décisions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.


Ici au sifflet du 8e de finale retour de Ligue des champions entre le Bayern Munich et l'Atalanta Bergame, en mars 2026 (photo Picture Alliance / ICON SPORT). 

La fonction d’arbitre a profondément évolué durant votre carrière. Quel regard portez-vous sur ces changements (rôle central de l’arbitre au service du jeu, assistance vidéo, médiatisation, polémiques…) ? 
L’arbitrage a clairement évolué comme le football depuis de nombreuses années. Il s’est transformé dans la même lignée. La professionnalisation en 2016 a été un premier virage. Les exigences sont devenues plus importantes et elles le sont toujours d’année en année. Aujourd’hui, il faut être pleinement préparé. On ne peut rien laisser au hasard, que ce soit sur les plans athlétique, technique, stratégique, physiologique, mental. L’objectif, c’est d’optimiser toutes ces compétences pour être au rendez-vous des exigences de cette fonction qui sont extrêmement élevées.

« Je ne suis pas certain que beaucoup naissent arbitres ou en tout cas je n’en ai pas rencontré ! C’est souvent un rendez-vous, une rencontre qui va faire que, d’un coup, vous allez prendre un sifflet ou un drapeau pour essayer. »


Arbitrer au plus haut niveau représentait-il un rêve pour vous ? 
J’ai débuté l’arbitrage avec juste de la curiosité, invité par des gens. Je ne suis pas certain que beaucoup naissent arbitres ou en tout cas je n’en ai pas rencontré ! C’est souvent un rendez-vous, une rencontre qui va faire que, d’un coup, vous allez prendre un sifflet ou un drapeau pour essayer. Et finalement, vous allez vous dire : ‘‘Ah oui, c’est ça l’arbitrage’’. Je n’avais pas du tout idée de là où je mettais les pieds. J’en avais une idée extrêmement erronée, celle qui peut être dépeinte à droite ou à gauche, quand on écoute les gens ou qu’on suit le football dans certains médias. J’ai très rapidement compris que cela pouvait être une superbe opportunité de challenger mes valeurs et de me permettre de grandir sur de nombreux points en tant qu’homme. Prendre des responsabilités quand on est très jeune, faire face à la critique, gérer la pression, la contestation, prendre des décisions en une fraction de seconde, les assumer. Il y a beaucoup de points positifs qui vous permettent de vous développer. Je suis un compétiteur né, j’ai baigné dans le sport depuis tout petit et j’ai retrouvé ce challenge dans la fonction d’arbitre car on se bat chaque saison pour donner le meilleur de soi-même à chaque match et pour espérer – comme un club – monter chaque année d’échelon. J’ai eu cette chance ce qui m’a permis année après année d’arriver en Ligue 2. C’est seulement à partir de ce moment-là que je me suis dit : ‘‘Tiens ce sera peut-être possible un jour d’aller en Ligue 1’’. Je n’y avais jamais pensé avant. Je n’avais que des objectifs à court ou moyen terme. L’opportunité a fait que je me suis retrouvé placé pour monter en Ligue 1 et j’ai eu la chance d’y officier pendant plusieurs saisons et d’y vivre de très bons moments.

Dans les stades, les arbitres sont aussi confrontés aux maux de la société et ils ont un rôle essentiel à jouer ?
Notre message est celui de la tolérance zéro. L’objectif, c’est d’agir avec une extrême fermeté, comme le souhaite la Fédération et son président Philippe Diallo, contre les comportements discriminants ou haineux que l’on peut malheureusement rencontrer dans les stades. Les arbitres doivent non seulement être vigilants pendant 90-95 minutes à tout ce qui peut se passer sur le terrain mais aussi être en responsabilité de ce qui peut se passer autour du terrain. » 

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