LA SAGA DE l’EURO

Robert Pirès (2004) : « Une grosse déception »

lundi 17 mai 2021 - 10:00 - Richard LOYANT
Robert Pires Thierry Henry Euro 2004

Le champion du monde 1998 et d’Europe 2000 rêvait d’une finale à Lisbonne entre la France et le Portugal, pays organisateur et natal de son père. Mais la Grèce est passée par là…

Le milieu offensif tricolore, l’un des héros de la finale de l’Euro 2000 avec son centre décisif repris par David Trezeguet, a moins goûté l’édition suivante (à gauche sur la photo principale avec Thierry Henry contre la Suisse, lors du dernier match de poule de la phase finale de l’Euro 2004). Alors qu’il se prépare à commenter celui de cette année pour M6, co-diffuseur de l’épreuve avec TF1, Robert Pirès revient sur un championnat d’Europe que les Bleus n’imaginaient pas s’achever en quarts de finale face à la Grèce, futur vainqueur contre le Portugal, pays hôte et terre natale de son père.

QUALIFICATIONS ET COUPE DES CONFÉDÉRATIONS

« Il fallait reconstruire »

« On a réalisé un sans-faute en éliminatoires, une première étape importante. On avait marqué les esprits même si c’était face à des équipes "à notre portée", en étant sérieux à chaque match. On sortait d’un échec en 2002, une Coupe du monde qui s’est très mal passée sur le terrain. Il fallait reconstruire une équipe nouvelle, ce qu’a réalisé le sélectionneur Jacques Santini. On gagne la Coupe des Confédérations en 2003, autre étape de la reconstruction. Les gens ne prennent pas assez en considération cette compétition. Cela reste du haut niveau et à chaque fois qu’on l’a jouée, c’était pour la gagner. Il était important de repartir sur une nouvelle base, avec de nouveaux joueurs et un nouveau système de jeu ».

Capitaine et buteur sur penalty contre le Japon (2-1) lors de la Coupe des Confédérations 2003 remportée par les Bleus, épreuve dont il est le meilleur buteur tricolore avec cinq réalisations en deux éditions (photo Jean-Philippe Ksiazek/AFP).

LE GROUPE POUR L’EURO

« Du très lourd sur le papier »

« On était assez confiant car quand on voit la sélection, c’était quand même du très lourd sur le papier. Ce n’est pas de l’arrogance mais on était sûr de nous, de nos qualités individuelles et de notre force de frappe. L’effectif était de qualité, le groupe était très solide. Dédé [Didier Deschamps], Youri [Djorkaeff] et Lolo [Laurent Blanc], qui avaient été très importants en 1998 et en 2000 et avaient toujours été des leaders dans les moments où cela ne gagnait pas, avaient décidé d’arrêter. Mais on avait toujours Marcel Desailly en capitaine, Fabien [Barthez] dans les buts, Zidane, Liza [Bixente Lizarazu], Tutu [Lilian Thuram], Pat Vieira, Titi Henry, David Trezeguet… ».

SUR LE FIL CONTRE L’ANGLETERRE

« Zizou est passé par là »

« On est tombé dans un groupe costaud avec l'Angleterre, la Croatie et la Suisse mais cela s’est bien passé sur le plan comptable puisque l’on a fini premier. Le match face aux Anglais a certainement été l’un des plus beaux au niveau des rebondissements. On est mené 1-0 sur un coup franc de David Beckham repris par Franck Lampard, c’était très mal engagé. Et puis, Zizou est passé par là en l’espace de deux minutes : il a marqué sur coup franc et sur penalty et nous a permis de repartir du stade de la Luz avec la victoire (2-1). On ne pouvait pas mieux démarrer la compétition, ce succès a fait du bien ».

Face au défenseur anglais Ashley Cole lors du premier match de poule (photo Paul Barker/AFP).

LE NUL FACE A LA CROATIE

« Très compliquée à battre »

« Les Croates, au niveau technique, sont peut-être les plus doués que j’ai vu en Europe, la France mise à part, bien sûr [rires]. On ne va pas refaire l’Histoire mais cette équipe est issue de l’ex-Yougoslavie et on connaît tous les grands joueurs qui ont composé cette sélection. La Croatie reste toujours très forte, très solide et très compliquée à battre, ce que l’on n’a d’ailleurs pas réussi (2-2) ».

SUCCÈS SUR LA SUISSE

« Tout pour terminer premier »

« On est en position de force car on reste sur une victoire et un nul, avec la possibilité de bien gérer cette rencontre qui se passe bien. Cette victoire a aussi fait du bien au mental parce que la Suisse nous a d’abord accrochés [les deux équipes étaient à égalité 1-1 à un quart d’heure de la fin]. Mais jusqu’au bout, on a tout fait pour décrocher ce succès (1-3) qui nous a permis de terminer premier du groupe ».

Félicité par son capitaine Zinédine Zidane à qui il a offert le premier but contre la Suisse lors du dernier match de poule (photo Franck Fife/AFP).

LA GRÈCE EN QUARTS

« Elle nous a fait déjouer »

« On est tombé sur une formation qui refuse le jeu, ne joue que par contres, laisse le ballon et fait tout pour aller jusqu’à la prolongation et aux tirs au but. Avec dans ses rangs Angelos Charisteas, un attaquant costaud et doté d’un jeu de tête redoutable… On n’a pas su le contrôler et, surtout, on n’a pas su réagir après son but. Je ne sais pas pourquoi mais il nous a manqué un peu de fraîcheur pour développer notre jeu. La Grèce nous a fait déjouer. On a commencé un peu à s’énerver parce que l’on ne trouvait pas l’ouverture et on a senti que cela serait très compliqué car jusqu’à ce but, on n’avait pratiquement pas eu d’occasions. On est tombé dans le piège que nous ont tendu les Grecs et on n’a pas su s’en sortir, tout simplement. Cela a été une grosse déception. Mais c’était leur tactique, une stratégie qu’ils ont su reproduire jusqu’en finale face au Portugal ». 

LA GRÈCE VAINQUEUR SURPRISE

« Ils ont endormi tout le monde »

« Ils ont endormi tout le monde mais finalement, ils ont réussi, ils ont leur nom sur le trophée et c’est tout ce qui compte. Cela a été une belle surprise et cela signifie que dans le football, tout est faisable. Cela nous a fait mal mais imaginez pour les Portugais… Ils en ont souffert pendant quelques années d’avoir perdu en finale devant leur public face à la Grèce, en s’étant sûrement dit que cela serait plus facile que lors des matches précédents. À l’arrivée, ils n’ont pas trouvé l’ouverture, comme nous n’y étions pas parvenus. Ils ont depuis retenu la leçon et ont fait la même chose que les Grecs chez nous, à l’Euro 2016. Ils sont restés derrière, ont eu de la réussite lorsqu’André-Pierre Gignac trouve le poteau alors qu’il aurait pu faire la dif’ à la dernière minute et ont marqué ensuite sur une frappe de vingt mètres. Ce que les Grecs nous ont fait subir en 2004, les Portugais l’ont reproduit en 2016, malheureusement ».

Au duel en quart de finale face au capitaine grec Theodoros Zagorakis (photo Franck Fife/AFP).

L’EURO AU PAYS DE SON PÈRE

« Le rêve d’une finale France-Portugal »

« Cela fait toujours du bien d’avoir ses parents, ses cousins, ses oncles, ses tantes... autour de soi pour un événement comme celui-ci. Mais, et c’est ce que j’ai toujours dit à mon père portugais et à ma mère espagnole, une fois que j’avais le maillot de l’Équipe de France sur le dos, je me devais de tout faire pour battre le Portugal ou l’Espagne. Je suis Français, je suis né en France, j’ai tout appris en France. J’aurais rêvé d’une finale au stade de la Luz contre le Portugal, c’est ce que l’on avait imaginé. Peut-être que je m’avance mais c’était un peu la finale rêvée pour tout le monde, cela aurait été exceptionnel. Malheureusement, Français et Portugais ont trouvé les Grecs sur leur chemin… ».

L’EURO 2004 EN CHIFFRES

1
Français parmi les vingt-trois joueurs de l’équipe-type de l’UEFA, Zinédine Zidane.
1er
titre international pour la Grèce en football, le seul à ce jour de cette sélection.
1ère
participation de la Lettonie à une phase finale, la dernière jusqu’à présent.
3
buts inscrits par Zinédine Zidane, meilleur marqueur des Bleus et troisième de la phase finale après le Tchèque Milan Baros (5), l’Anglais Wayne Rooney et le Néerlandais Ruud Van Nistelrooy (4).
4
achèvent leur carrière chez les Bleus à l’issue de cet Euro, Marcel Desailly, Bixente Lizarazu et Steve Marlet, ainsi que le sélectionneur Jacques Santini.
18
ans, quatre mois et vingt jours, l’âge du Suisse Johan Vonlanthen auteur de l’égalisation en phase de groupe contre la France, encore aujourd’hui plus jeune buteur en phase finale d’un Euro.
68
secondes pour l’ouverture du score du Russe Dmitri Kiritchenko contre la Grèce, but toujours le plus rapide de toutes les phases finales des Euros.
77
buts inscrits en 31 matches lors de cette phase finale, troisième meilleur total après 2016 (107 en 51 matches) et 2000 (85 en 31), à égalité avec 2008 (77 en 31).
400e
but d’une phase finale de l’Euro marqué par Thierry Henry, le 21 juin 2004 en phase de groupe contre la Suisse (1-3).

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