Bixente Lizarazu (Euro 1996) : « Cet Euro nous a donné confiance »
Le latéral gauche, qui avait gagné des galons de titulaire pendant l'Euro 96, est persuadé que le bon parcours des Bleus en Angleterre a conditionné les succès de 1998 et 2000.
« Quel souvenir gardez-vous de l’Euro 1996, votre première grande compétition avec l’Équipe de France A ?
Un très bon souvenir. À titre personnel, je deviens titulaire lors de cette compétition, comme Lilian Thuram. C’est pour ça qu’il y a un truc spécial entre Lilian et moi. Jusqu’ici, j’avais un statut de joueur qui rentrait dans l’équipe de temps en temps. Collectivement, il y a un peu de frustration avec l’élimination aux tirs au but en demi-finale. Disons que cet Euro nous a donné confiance pour la suite. Une génération est née en Angleterre. Pour moi, 1998 et 2000 ont existé parce qu’il y a eu 1996. Cet Euro a é té un excellent laboratoire pour la suite.
On a beaucoup entendu que l’Euro 1996 devait servir à préparer la Coupe du monde 2018 en France. Pourtant, le coup d’essai a failli se transformer en coup de maître...
Personne ne nous attendait à ce niveau. Nous avions préparé cet Euro de façon très sérieuse, très méthodique. Après, c’est toujours pareil, dans une compétition comme celle-là, l’appétit vient en mangeant. Il nous a manqué un peu de chance aux tirs au but. Contre la République tchèque, nous jouons un match serré. Nous aurions été en finale, ça n’aurait pas été choquant du tout. Aurait-on pu battre l’Allemagne ensuite ? On ne le saura jamais. Nous n’avions pas encore la force défensive et mentale de 1998. Mais nous avons compris que nous étions une équipe difficile à manœuvrer.
Victime d’un accident de voiture quelques jours avant le début de la compétition, Zinédine Zidane avait disputé cet Euro amoindri. Avec un ZZ à 100 %, l’Équipe de France aurait-elle pu aller au bout ?
Physiquement, il n’allait pas bien, c’est une réalité. À son meilleur niveau, il pouvait nous apporter beaucoup. Il faisait déjà des choses extraordinaires sur le terrain, j’avais pu m’en apercevoir avec les Girondins de Bordeaux, contre l’AC Milan notamment.
Et si Didier Deschamps n’avait pas raté la demi-finale, à cause d’une blessure au mollet ?
Son absence a joué. Mais si on avait passé les tirs au but… On était au niveau. Je le répète, la qualification pour la finale s’est jouée à un rien.
Il fallait être patient. Se laisser du temps. Mais si nous avions pu aller en finale et la gagner, on ne l’aurait pas laissé passer. Il faut savoir prendre le temps, ne pas toujours voir à court terme.
Vous le disiez, c’est durant cet Euro que vous et Lilian Thuram vous êtes imposés dans l’équipe de départ. C’est aussi durant cet Euro qu’est née la défense de fer Thuram-Blanc-Desailly-Lizarazu…
Sur cette compétition, des automatismes se créent, des liens forts. Avec Marcel, on s’appelait première lame - deuxième lame. L’un était le libéro de l’autre à tour de rôle, en fonction de celui qui allait au duel. Nous avons fait en sorte que la défense devienne collectivement infranchissable, grâce aux qualités de chacun. Avec Lilian, on se challengeait à l’entraînement sur nos adversaires respectifs.
Parlez-nous d’Aimé Jacquet, de son rapport à son groupe en 1996. Etait-ce le même qu’en 1998 ?
On a davantage l’image d’Aimé en 1998 avec les documentaires qui viennent nous réanimer la mémoire. Pour moi, c’était déjà le même en 1996. Avec des idées très claires, à l’image de ses choix pour former son groupe. C’est le jour du match contre l’Espagne que j’ai appris que je devenais titulaire. Dans le discours, il n’y avait pas de pression. Nous nous préparions pour le gros objectif de 1998. Il fallait être patient. Se laisser du temps. Mais si nous avions pu aller en finale et la gagner, on ne l’aurait pas laissé passer. Il faut savoir prendre le temps, ne pas toujours voir à court terme. L’obligation, c’était de bien travailler, de faire le boulot. Je crois que cet objectif a été atteint. »
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