ÉQUIPE DE FRANCE

Lucien Muller : « Le bonheur d’avoir joué avec des cracks »

jeudi 13 janvier 2022 - 16:56 - Richard LOYANT
Lucien Muller

De l’Euro 1960 à sa riche carrière en clubs en France et en Espagne, comme joueur puis entraîneur, l’ancien international alsacien revient sur un parcours aussi unique que prestigieux où il aura côtoyé les plus grands : Kopa, Puskas, Di Stéfano…

Lucien Muller fait partie de la légende du football français. Surnommé « le Petit Kopa » puis « Don Luciano » lorsqu’il évoluait en Espagne au Real Madrid puis au FC Barcelone, l’Alsacien a fêté ses 87 ans le 3 septembre dernier. L’élégant meneur de jeu a commencé sa carrière au FC Bischwiller, club amateur alsacien fondé en 1904 au passé prestigieux, avant d’être champion avec le Stade de Reims et de côtoyer les plus grandes stars de l’époque. Il a aussi disputé l’Euro 1960, premier de l’Histoire, et le Mondial 1966 avec l’Équipe de France. Retiré sur la Côte d’Azur, il revient avec passion et émotion sur cette carrière prolifique de joueur et d’entraineur.

 L’EURO 1960 
« On a perdu un match inimaginable »

« C’était le premier Euro mais on ne savait pas à ce moment-là que cette compétition allait devenir aussi intéressante et importante par la suite. J’ai joué le premier match contre la Yougoslavie. Maryan Wisniewski avait marqué à vingt minutes de la fin, on menait 4-2 et on s’est fait remonter pour être battus 5-4. Ils avaient une grosse équipe mais cela ne fait rien, cette défaite est entièrement de notre faute : on ne savait plus où on était ! On a perdu un match inimaginable, on se demande encore comment aujourd’hui. Je ne joue pas le deuxième contre la Tchécoslovaquie, les sélectionneurs ayant tout chamboulé pour aligner ceux qui n’avaient pas joué le premier. Et on a encore perdu (2-0) ! C’est à oublier… »

 L’ÉQUIPE DE FRANCE 
« C’était une autre époque »

« Je n’ai que seize sélections en Équipe de France, et une en France B, mais c’est aussi parce qu’il n’y avait pas autant de matches qu’aujourd’hui et parce que j’évoluais à l’étranger. Une fois parti en Espagne, je n’ai plus vraiment été considéré par les sélectionneurs… C’était une autre époque. »

Debout (troisième en partant de la droite) avant le France-Espagne du 17 décembre 1959 à Paris, où il a marqué et qu'il a remporté (4-3) aux côtés notamment de Robert Jonquet, Raymond Kopa, Just Fontaine, Jean Vincent… (Archives FFF).

546
Matches professionnels disputés en France et en Espagne (79 buts).
16
Sélections en Équipe de France (3 buts).
11
Titres remportés en France et en Espagne (trois comme entraîneur).

 KOPA, PUSKAS, DI STÉFANO…
« Il fallait voir comment ils prenaient le ballon… »

« Quand j’étais jeune, je rêvais de Ferenc Puskas (*) et je n’imaginais pas qu’un jour, je jouerais à ses côtés au Real Madrid. C’est Alfredo Di Stéfano (**) qui m’a fait venir. Il cherchait un milieu de terrain qui donnait bien le ballon, j’avais plus ou moins la même manière de jouer que Pepe Guardiola quand il était au Barça. Di Stefano est venu me voir à Reims et cela s’est conclu comme cela. Mon plus grand souvenir est d’avoir pu jouer avec ces cracks, les Kopa (***), Puskas, Di Stéfano… Rien qu’à l’entraînement, il fallait voir comment ils prenaient le ballon. C’était magnifique ! »

 DU REAL AU BARÇA 
« Cela reste inédit »

« Je suis passé de Reims au Real Madrid juste après Raymond Kopa, qui avait fait le chemin inverse. J’y suis resté trois ans avant d’enchaîner trois autres saisons au FC Barcelone. Aucun autre joueur français ne l’a fait surtout qu’après ma carrière, je suis revenu comme entraîneur de Barcelone. C’était inédit et cela le reste ».


Sous le maillot du Stade de Reims (Archives FFF).

 L’ENTRAÎNEUR 
« Plus facile qu’aujourd’hui » 

« J’ai passé plus de trente ans en Espagne grâce au football, hormis un petit retour comme joueur au Stade de Reims puis un autre comme entraîneur à l’AS Monaco. Ayant joué six ans chez eux, ils me connaissaient et c’était plus facile ensuite de les entraîner. Ce n’était pas encore comme maintenant où il faut manager aussi vers l’extérieur. C’était plus simple, les joueurs étaient aussi un peu plus autonomes et responsables… »

(*) International hongrois (84 buts en 85 sélections), champion olympique 1952, finaliste et meilleur joueur de la Coupe du monde 1954, triple vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions avec le Real Madrid (1959, 1960, 1966).

(**) International argentin (6 sélections, 6 buts, vainqueur de la Copa America 1947) puis espagnol (31 capes, 23 buts), double Ballon d’or (1957, 1959), quintuple vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions avec le Real Madrid (de 1956 à 1960).

(***) International français (45 sélections, 18 buts), Ballon d’or 1958, troisième et meilleur joueur de la Coupe du monde 1958, triple vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions avec le Real Madrid (1957, 1958, 1959).

Lucien Muller en bref

Né le : 3 septembre 1934 à Bischwiller (Bas-Rhin).
Joueur : FC Bischwiller (1942-1953), RC Strasbourg (1953-1957), Toulouse FC (1957-1959), Stade de Reims (1959-1962), Real Madrid CF (1962-1965), FC Barcelone (1965-1968), Stade de Reims (1968-1970).
Palmarès : championnat de France 1960 et 1962 (Stade de Reims), championnat d’Espagne 1963, 1964 et 1965 (Real Madrid CF), Coupe des villes de foire 1966 (FC Barcelone), Coupe d’Espagne 1968 (FC Barcelone), Challenge des champions 1960 (Stade de Reims).
Entraîneur : CD Castellon (1970-1974), Burgos CF (1975-1976), Real Saragosse (1976-1977), Burgos CF (1977-1978), FC Barcelone (1978-1979), RCD Majorque (1981-1983), AS Monaco FC (1983-1986), RCD Majorque (1987-1988), CD Castellon (1990-1992).
Palmarès : Coupe de France 1985, Coupe des Alpes 1983 et 1984 (AS Monaco FC).

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