Marius Trésor : « Séville, mon pire souvenir »
Les phases finales des Coupes du monde 1978 et 1982 laissent bien des regrets à celui qui fut le pilier de la défense centrale tricolore durant treize ans. Pour des raisons très différentes et surtout la seconde (*).
« En quoi une Coupe du monde est-elle particulière ?
C’est une épreuve à part, déjà parce qu’elle n’a lieu que tous les quatre ans. Et puis, on ne peut pas se rattraper comme en championnat. On y est ou on n’y est pas, et ensuite on passe ou on rentre à la maison. En 1978, y participer était pour nous une récompense. Et aujourd’hui, nous en avons encore des regrets. En 1982, malgré un départ catastrophique [défaite 3-1 contre l'Angleterre au premier match], on s’est accrochés pour finalement atteindre les demi-finales. Avec le résultat que vous connaissez…
Avec Patrick Battiston, dépités après la défaite contre l’Argentine (2-1) au premier tour du Mondial 1978 (photo Michel Barrault/Icon Sport).
Justement, que vous reste-t-il de cet Allemagne-France ?
Séville reste mon pire souvenir de footballeur, comme je crois pour tous mes coéquipiers. On avait une chance unique d’aller en finale, que l’on a laissée passer. Même si après un tel match, on aurait peut-être manqué de forces pour battre l’Italie et devenir champions du monde. Il y a bien sûr mon but en prolongation, quand j’embarque [Horst] Hrubesch pour me démarquer avant de reprendre de volée en y mettant tout ce que j’avais. Et puis Gigi [Alain Giresse] et son but magnifique. À ce moment-là, on y était [en finale]…
La joie partagée avec Jean Tigana, Christian Lopez, Manuel Amoros et Dominique Rocheteau après son but donnant l’avantage aux Bleus en prolongation face à la RFA en demi-finale du Mondial 1982 (photo Proshots/Icon Sport).
Comment expliquez-vous l’issue de ce match ?
Il nous a manqué un peu plus de jugeotte. On a réfléchi en bons Français : "Comme on les tient, on va les enfoncer encore plus !". Au lieu de les faire courir… On était dans un tel état d’euphorie, surtout après ce qui était arrivé à Battist’ [Patrick Battiston, sorti sur une civière victime du gardien allemand Harald Schumacher]. Elle est vite retombée quand [Karl-Heinz] Rummenigge a marqué. On a perdu les pédales et on a fait n’importe quoi, ils ont égalisé et après… J’aurais préféré cent fois ne pas marquer et que la frappe de Manu Amoros entre au lieu de toucher la barre à la dernière minute, ou que l’on ferme tout après le but de Gigi en jouant moche. Mais on n’avait sans doute pas l’équipe pour cela. »
Massé par le sélectionneur Michel Hidalgo avant les tirs au but fatidiques de RFA-France (photo Picture Alliance/Icon Sport).
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(*) Issu d’un entretien particulier réalisé le 24 avril 1998.