ARBITRAGE

Clément Turpin : « Bien dans ma tête et mes baskets »

vendredi 25 novembre 2022 - 14:05 - Philippe MAYEN
Clément Turpin

Clément Turpin a inauguré jeudi sa deuxième Coupe du monde d'affilée, en dirigeant le match Uruguay-Corée du Sud (0-0, photo). Un galon de plus au plus haut niveau international pour l'arbitre français qui se dit heureux et toujours ambitieux.

En décrochant sa deuxième sélection pour une Coupe du monde, après 2018, Clément Turpin (40 ans) a rejoint ses prédécesseurs Pierre Schwinte (1962 et 1966) et Michel Vautrot (1982, 1990) au palmarès de l'arbitrage français au niveau mondial, et a encore quelques années devant lui pour espérer égaler Joël Quiniou et ses trois phases finales (1986, 1990, 1994). Que de chemin parcouru pour celui qui avait étonné le football français en devenant en 2008 et à 26 ans le plus jeune arbitre de l'histoire de la Ligue 1 (record battu en 2016 par François Letexier puis en 2018 par Willy Delajod). Quatorze ans plus tard, ses nombreuses désignations honorifiques, nationales ou internationales (voir encadré ci-dessous) ne surprennent plus personne. Et Clément Turpin n'est pas rassasié. Entretien. 

Les arbitres français à la Coupe du monde

« Avec cette deuxième Coupe du monde, votre carte de visite se remplit encore un peu plus. Vous marchez sur les traces des Michel Vautrot et autres Joël Quiniou...
Ce sont des monuments ! Mais je n'ai pas trop envie de penser déjà à tout cela. Quand on commence à regarder dans le rétroviseur, c'est le début de la fin. Moi, je préfère regarder devant, en me disant, ''c'est quoi le prochain objectif, c'est quoi le prochain défi'' ? D'abord, il y a cette Coupe du monde, pour laquelle on voulait se qualifier. Et maintenant que l'on y est, il va falloir être performants. Et après, on verra. Mais ce qui a déjà été accompli, je le regarderai lorsque que je serai au coin du feu, avec mes enfants, mes petits-enfants peut-être, et je me dirai alors: ''C'était pas mal !''. Aujourd'hui, cela se passe devant ! 

Alors devant, il y a quoi ? Une finale de Coupe du monde ? 
Sportivement, il est impossible de prévoir quelque chose comme ça. Comme je le disais, concentrons-nous d'abord sur le premier match car c'est un objectif que l'on peut maîtriser. On ne sait pas s'il y en aura un deuxième, un troisième... Focalisons nos efforts là-dessus, et on verra ce qu'il adviendra ensuite. 

La satisfaction d'être à ce Mondial, vous la partagez avec vos deux assistants [Cyril Gringore et Nicolas Danos]. C'est un succès collectif ?
Exactement. Si aujourd'hui, on parvient à être « tout en haut », à être sur les plus gros matches, ce n'est pas grâce à Clément Turpin seul. C'est parce que je suis avec les meilleurs. On ne peut pas prétendre à vivre ce qu'il y a de mieux si l'on n'est pas accompagné par les meilleurs. Et aujourd'hui, ils sont autour de moi. On forme un vieux couple, si j'ose dire. Et j'associe aussi Jérôme Brisard, qui est mon arbitre-vidéo depuis quelque temps. Ils sont tous dévoués à la performance de notre équipe. On a emmagasiné ensemble un vécu qui n'a pas de prix, dans les bons comme dans les mauvais moments, et j'attache une grande importance à ce vécu. Il est le cœur de notre trio. J'arrive très déterminé et avec beaucoup de confiance à cette Coupe du monde parce que notre équipe fait bloc ! 

Quelles sont les clés, techniques et relationnelles, de la réussite de votre équipe arbitrale ? 
Techniquement, tous les arbitres-assistants présents en Ligue 1 sont au top, aucun doute là-dessus. Mais humainement, on a vécu tellement de choses, je le répète, que l'on se connaît parfaitement. On sait lorsque ça va ou lorsque ça ne va pas, et de quoi a chacun a besoin dans ces moments-là. On sait anticiper les problèmes et comment se soutenir. Bref, on se connaît par cœur. C'est pourquoi l'équipe n'a pas changé.

Il faut remettre l'ouvrage sur le métier quotidiennement. Cette exigence est le prix du plus haut niveau. Il n'y a pas de mystère. 

 

Stéphanie Frappart est avec vous sur ce Mondial, une première dans l'histoire de la compétition.
C'est très bien. On a déjà fait les JO ensemble, la Supercoupe de l'UEFA, l'Euro. Elle s'est qualifiée, c'est beau, bravo ! Il n'y a plus de différence entres les hommes et les femmes. 

Se hisser au plus haut niveau suppose un travail important pour un arbitre. Comment parvient-il à s'y maintenir ? 
Rester au plus haut niveau demande encore plus d'exigence que pour y parvenir, comme pour les joueurs, j'imagine. Il faut remettre l'ouvrage sur le métier quotidiennement, pour ne pas tomber dans la routine, faire face à la concurrence. Cela passe par un sérieux quotidien dans l'entraînement, une hygiène de vie, une très grande rigueur, une stabilité affective et familiale. Cela se construit. Cette exigence est le prix du plus haut niveau. Il n'y a pas de mystère. 

Écouter le podcast de Clément Turpin

Sans trop regarder dans le rétro comme vous dites, quel est votre meilleur souvenir d'arbitre de haut niveau ?
J'en ai mis trois dans ma petite boîte secrète, que je n'arrive pas à dissocier. Ma première finale de Coupe de France [2010], avec La Marseillaise, le Président de la République, le Stade de France, c'est quand même un moment fort ; mon premier match de Coupe du monde en 2018, en Russie, entre l'Uruguay et l'Arabie Saoudite, à Rostov-sur-le-Don ; et la dernière finale de la Ligue des champions, devant ma famille, mes enfants.  

Et le plus mauvais souvenir ?
Comme ça, non, je ne vois pas [Sourire]... Je l'ai oublié. En tout cas, il ne mérite pas que l'on en parle ! 

Clément Turpin et ses assistants Cyril Gringore (à gauche) et Nicolas Danos (photo PA IMAGES / ICON SPORT). 

Vous avez débuté en Ligue 1 à seulement 26 ans, vous en avez maintenant 40. En quoi pensez-vous avoir changé ?
J'étais à fleur de peau à mes débuts, le moindre petit truc prenait des proportions énormes. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus tranquille, j'ai pris de la distance et de la hauteur... Si un mauvais match survient, je reste très calme et j'essaye de comprendre, mais ça n'est pas la fin du monde. Mais attention, je reste un compétiteur et je suis toujours aussi déterminé à aller chercher toutes les compétitions possibles et imaginables. Il faudra se bagarrer pour venir chercher la place. Mais très tranquillement ! 

Je crois être dans la période de ma vie où je suis le plus serein, et mentalement et physiquement. On peut appeler ça la maturité.

 

Alors que la pression, elle, grandit de plus en plus !
Absolument. Mais on connaît les règles du jeu, il faut s'y préparer. Soit on est prêt et on peut foncer avec plein de bonnes choses à la clé, soit on ne l'est pas, on met le clignotant à droite et d'autres passeront. On ne peut pas être performant dans un contexte émotionnel et de pression ultra élevée sans être bien dans sa tête et bien dans ses baskets. Je crois être dans la période de ma vie où je suis le plus serein, et mentalement et physiquement. On peut appeler ça la maturité.

Quelle principale qualité vous reconnaissez-vous ? Et le principal défaut ? 
[Silence]... Je pense être un travailleur, un perfectionniste qui aime aller dans les détails. Je les embête souvent avec ça. Le défaut ? Malheureusement, je suis rancunier. Mon équipe peut faire des erreurs, prendre une mauvaise décision, c'est inhérent à notre fonction, cela arrrive. Mais trahir la confiance que l'on a les uns envers les autres, c'est interdit. 

Qu'avez-vous mis dans votre sac pour cette Coupe du monde ?
Je vais sûrement passer pas mal de temps sur whatsapp avec la maison, parce que la famille va manquer. J'ai donc prévu une bonne batterie de portable ! Quant on part quatre semaines, loin de sa femme et de ses trois enfants, c'est long. Alors j'aime bien mettre la vidéo pour partager les moments habituels, les repas, entendre les bruits de la maison, sans forcément se parler beaucoup. On se sent moins loin. Et puis même si je ne suis pas un très grand lecteur, j'ai pris un bon bouquin. Il devrait faire la compétition. Sans oublier un paquet de bonbons, je ne devrais peut-être pas le dire d'ailleurs... [rire]. 

Pas d'objet fétiche ? 
Je ne suis pas superstitieux. Ma seule petite manie, c'est d'éteindre les lumières du vestiaire avant de partir sur le terrain. Cela fait très éco-responsable, mais je le fais systématiquement depuis quinze ans. 

En dehors de l'arbitrage, qu'aimez-vous faire ? 
Déjà, je me consacre à ma mission de Conseiller technique régional en arbitrage dans ma Ligue de Bourgogne-Franche-Comté, je vais au contact des arbitres de la région, dans les districts et les clubs. Sinon, je suis très fan de sport en général. Je me suis découvert des affinités avec le triathlon, une activité géniale que mes enfants pratiquent. J'aime le VTT et la voile, aussi. 

Et si vous n'aviez pas été arbitre, qu'auriez-vous fait ?
Ah ! Je me pose très souvent la question et ... je n'ai jamais trouvé la réponse ! Mais je suis convaincu d'une chose. Après l'arbitrage, je travaillerai sur la matière humaine, la plus belle à travailler. Les RH, le management des hommes, la gestion de conflits, etc. Dans l'arbitrage, on développe énormément de choses en rapport avec ça. Alors je ne connais pas exactement mon avenir, mais les relations humaines seront au cœur de mon activité. »

Sa fiche

Né le 16 mai 1982 à Oullins (Rhône)
Arbitre international FIFA (catégorie Élite de l’UEFA)

Parcours

  • Arbitre de district (1997), de ligue (2000), Jeune Arbitre de la Fédération (2001), arbitre Fédéral 4 (2005), Fédéral 3 (2006), Fédéral 2 (2007), Fédéral 1 (juillet 2008), arbitre FIFA (décembre 2009).

Palmarès

  • Compétitions internationales : Euro Espoirs 2015 (finale, 4e officiel), Euro 2016, Jeux olympiques 2016, Coupe des Confédérations 2017 (finale, assistant vidéo), Coupe du monde U17 2017, Coupe du monde 2018 (2 matches), phase finale Ligue des Nations 2018-2019, Euro 2020, Jeux olympiques 2020, Coupe du monde des clubs 2021, Coupe du monde 2022 (1 match, en cours)
  • Finales nationale : Coupe de France 2010 (4e officiel), Coupe de France 2011 et 2016, Trophée des champions 2014, Coupe de la Ligue 2018
  • Finales internationales : Ligue Europa 2021, Ligue des champions 2022
  • Récompenses : Trophée UNFP du meilleur arbitre de Ligue 1 (2009, 2011, 2019, 2021)
fédération française de football - FFF
Crédit Agricole logo EDF logo Nike logo Orange logo Uber Eats logo Volkswagen logo