FOOTBALL AMATEUR

À Ressons-sur-Matz, la vie a repris 

mercredi 29 décembre 2021 - 15:00 - Claire GAILLARD
Football amateur Stade Ressontois

Après deux saisons chamboulées par un contexte sanitaire toujours tendu, la pratique du football – avec contact et de compétition – a redémarré grâce à la mise en place du pass sanitaire au sein des clubs amateurs. Le Stade Ressontois, situé dans l’Oise, nous a ouvert ses portes.

Célébrer un but ne leur était plus arrivé depuis un bout de temps. Alors, Antoine, Inès et Lino chez les U15 savourent, comme Hugo, Clément et Jérémy de l’autre côté du terrain avec les U13 ou Camille, Romane et Léa sur le créneau horaire suivant dédié aux féminines. Ce n’est qu’un match d’entraînement un mercredi après-midi de septembre, pas celui du week-end en Championnat, en Coupe ou lors des plateaux mais après avoir été privés de longs mois du jeu avec contact en raison du contexte sanitaire, peu importe...

Nous sommes à Ressons-sur-Matz, village de 1700 habitants situé à une vingtaine de kilomètres de Compiègne dans l’Oise, premier foyer de l’épidémie de COVID-19 en France début 2020. À l’entrée du stade Guy Desessart, siège du Stade Ressontois qui compte entre 250 et 300 licencié(e)s issu(e)s de 47 communes, l’obligation de présenter un pass sanitaire valide est rappelée aux visiteurs via une affiche sur le tableau d’informations. La porte franchie, un distributeur de gel hydroalcoolique apparaît. Bien que vaccinés, la moitié des responsables ou éducateurs portent toujours le masque même s’il n’est pas imposé. 

« Le pass ? On appréhendait un peu, on l'a mis en place et tout a roulé très vite. Ceux qui veulent jouer font le nécessaire (...) Lors des séances, les effectifs ne sont pas plus bas que la saison dernière. À date, on a 270 licences. On est sur la même cadence. »

Sylvain BAIS, président du Stade Ressontois

Ici, la mise en place du pass sanitaire depuis le 9 août pour les personnes de plus de 18 ans (joueurs, dirigeants, parents, supporters, éducateurs) n’a pas posé de problèmes particuliers. En témoigne cette statistique : sur les 60 joueurs que compte la catégorie seniors, seuls trois ne sont pas vaccinés. Ils effectuent donc à intervalles réguliers des tests PCR qui sont remis à leur arrivée dans l’enceinte afin de prendre part aux entraînements et aux rencontres. Et pour les autres ? Les certificats de vaccination se trouvent sur le bureau du président qui se tient prêt en cas de contrôle. Une visite a déjà eu lieu et tout était en règle. « Cela peut arriver aux gens d’oublier leur pass chez eux, on leur explique que c’est une obligation de le présenter pour pénétrer sur la structure, la plupart le comprenne, raconte Sylvain Bais, 37 ans et qui vit sa troisième saison à la tête du club. Une fois, un individu s’est montré insistant. C’est alors difficile pour nous de savoir quoi faire car on ne travaille pas dans la sécurité. On l’a orienté vers le terrain de tennis à côté, c’est à l’extérieur de notre zone et il pouvait suivre à distance l’entraînement de son fils. » 

La configuration des lieux ne facilite pourtant pas la tâche pour le Stade Ressontois. Implanté entre une zone pavillonnaire et le collège de la Vallée du Matz, où sont scolarisés les 23 élèves de la section sportive, il dispose de quatre terrains d’entraînement (2 en herbe, 2 stratifiés). Les deux premiers font partie du complexe Guy Desessart, un stade clos où la vérification du pass s’effectue à l’entrée, alors que les deux autres se trouvent en contrebas de l’établissement scolaire à hauteur d’une aire de jeux pour enfants et d’un parking. Une zone non clôturée qui n’est pas classée ERP (Établissement Recevant du Public) et sans accès unique de contrôle. Le filtrage n’est donc pas possible mais de la sensibilisation a été faite durant la journée d’intégration. Dès le 28 août, l’ensemble des informations ont été communiquées aux parents de l’école de foot et tous savent qu’un pass sanitaire est requis pour assister à la séance de leurs enfants.

Le club avait aussi anticipé le cas des 12-17 ans qui ont dû s’en munir à compter du 1er octobre. « Certains parents sont réticents, ils n’ont pas réinscrit leur enfant et attendent de voir, c’est la seule crainte qu’on ait à l’heure actuelle, reconnaît Sylvain Bais. Mais c’est comme chez les seniors, on appréhendait un peu, on l’a mis en place et tout a roulé très vite. Ceux qui veulent jouer font le nécessaire. » C’est le cas d’Antoine, 13 ans au club depuis 2017 : « J’ai mon schéma vaccinal complet depuis cet été. Je ne l’ai fait que pour le foot, c’était une évidence. J’aime jouer et je veux jouer. Les interruptions ont été compliquées, c’était chiant et ça m’a manqué. »  

« J’ai mon schéma vaccinal complet. Je ne l’ai fait que pour le foot, c’était une évidence. J’aime jouer et je veux jouer. Les interruptions ont été compliquées, c’était chiant et ça m’a manqué. »  

Antoine, 13 ans et licencié depuis 2017

Avec le pass, y’a-t-il une crainte de perdre des pratiquant(e)s ? « Ce n’est que le début de saison mais globalement, non, on n’est pas inquiets, poursuit le président. Lors des séances, les effectifs ne sont pas plus bas que la saison dernière. À date, on a 270 licences enregistrées. On est sur la même cadence. » Un exercice précédent marqué néanmoins par une diminution du nombre de licencié(e)s, passé de 368 en 2019-2020 à 280 en 2020-2021, soit une baisse de 24%. Conséquence logique de la crise et de l’arrêt de la pratique qui n’a pas surpris le Stade Ressontois. « Ce qu’on a vécu était inédit, on a tous découvert ce virus et on ne se sentait pas en capacité d’appliquer le protocole sanitaire et les différentes mesures, détaille le dirigeant. On ne voulait pas prendre de risques pour nos licencié(e)s. On a fait le choix de ne pas reprendre mi-mai 2020 et on l’a assumé. On a préféré avoir le temps de tout mettre en place pour les accueillir dans les meilleures conditions à la rentrée suivante. » 

Le Stade Ressontois en bref

Club créé en avril 1931
Président : Sylvain Bais
Vice-Président : Didier Prévost
Secrétaire général : Kévin Warin
Référente féminine : Camille Parturier
3 salariés, 3 services civiques, 1 contrat unique d’insertion
225 licencié(e)s (au 30 septembre 2021*) des U7 aux Vétérans en passant par les féminines et le futsal dont :

  • École de foot (U7 à U13) : 60
  • École de foot féminine (U7 à U14) : 20
  • Seniors : 60
  • Seniors féminines : environ une quinzaine

Répartition des équipes (22) : U7 (3), U9 (4), U11 (3), U11 féminine (1), U13 (2), U13 féminine (1), U15 (1), U18 (1), U19 féminine (1), Seniors (3), Vétérans (1), Seniors féminines (1).
40 bénévoles

(*) Chiffre actualité au 3 novembre 2021 : 270 licenciés.

L’activité a été stoppée à l’automne lors du deuxième confinement mais a pu reprendre ensuite, sans interruption, pour les mineurs. Les séances avaient lieu les mercredis ou les week-ends et s’achevaient suffisamment tôt afin de respecter le couvre-feu. Elles se déroulaient sans contacts ni matches. « On a respecté au maximum les règles mises en place : les gestes barrière, la désinfection du matériel ou la distanciation physique. Il n’y avait plus de jeu pour les enfants, donc c’était moins marrant, reconnaît Kévin Warin, secrétaire général et responsable des U7 et U15. On a dû s’adapter en faisant beaucoup d’exercices et de travail technique. Pour certaines catégories, l’absence de compétition a été difficile à vivre. On a essayé de les stimuler en proposant quelque chose. »

En cette rentrée 2021, l’éducateur, salarié du club depuis janvier 2015 et titulaire du BMF (Brevet de moniteur de football), a senti une dynamique nouvelle : « On constate que les jeunes sont motivés et contents de reprendre les matches. Aujourd’hui, le travail technique réalisé se voit. On a peut-être perdu quelques notions dans le jeu et au niveau du placement sur le terrain mais ce n’est pas inquiétant. On ne cherche pas le résultat à tout prix, on vise la progression de l’enfant. Depuis le début de saison, on profite du moment et de la liberté retrouvée de les faire jouer. »

En cinquante années au club, Didier Prévost n’avait jamais connu pareille situation. Président entre 1983 et 2018, il voulait prendre du recul, préparer l’avenir en plaçant un enfant du club – Sylvain, joueur puis éducateur – à sa tête, et descendre d’une marche dans l’organigramme en devenant vice-président. Il a finalement découvert un mot et un autre rôle : référent COVID. « C’était nouveau en effet ! Il a fallu s’adapter mais je trouve qu’on a eu les informations nécessaires pour nous accompagner, juge-t-il. On peut toujours tout critiquer, et même s’il a fallu parfois aller à la pêche, les éléments sont redescendus du gouvernement, de la Fédération, de la Ligue des Hauts-de-France et du District de l’Oise, estime le dirigeant âgé de 65 ans, vacciné et prêt pour sa troisième dose. On est cinq référents COVID au club comme ça si l’un d’entre nous est absent, les autres prennent le relais. Lorsque j’ai une interrogation, j’écris à mon interlocutrice au District et elle m’apporte une réponse. » 

Pour une question d’ordre financier, c’est à Didier qu’il faut s’adresser. Dans la répartition des tâches effectuée avec Sylvain, le dirigeant a conservé la partie administrative, notamment les salaires, les sponsors, les aides et les subventions. Alors que les mois écoulés n’ont épargné personne dans le secteur sportif et culturel, il n’a pas peur de le dire : « Aujourd’hui, nos finances sont saines ! Je n’ai aucune inquiétude. » La raison ? Une gestion astucieuse qui a reposé sur les différents dispositifs d’accompagnement exceptionnels proposés. À commencer par la mise en place du chômage partiel de mars à août 2020 puis fin 2020. « Avec le couvre-feu, les séances en fin de journée étaient annulées, donc les trois salariés (Sylvain, Kévin et Joao Maduro) travaillaient 20 heures les mercredis et samedis uniquement, détaille Didier Prévost. Le chômage partiel et le fonds de solidarité nous ont sauvés. » Ce dernier, cofinancé par la Fédération, la Ligue et le District d’appartenance, sur tout le territoire en juin 2020, a permis aux clubs qui en ont fait la demande de toucher 10€ par licence en 2019-2020 (voir chiffres).

« Aujourd’hui, nos finances sont saines, je n’ai aucune inquiétude. Le chômage partiel et le fonds de solidarité nous ont sauvés ! »

Didier PRÉVOST, vice-président du Stade Ressontois

Le Stade Ressontois a aussi bénéficié du plan de soutien matériel voté par la FFF et la Ligue du Football Amateur (LFA) à destination des clubs dotés d’une école de football et concrétisé par des bons d’achat Nike utilisables sur la plateforme https://footamateur.fff.fr  À l’échelle locale, la municipalité a augmenté de 20% sa subvention cette saison et l’aide de la communauté de communes du Pays des Sources est passée de 10 à 15€ par licencié(e) de moins de 18 ans habitant sur le secteur pour les clubs du territoire. La vingtaine de sponsors associée au club sont aussi restés fidèles. À cela s’ajoute pour les parents, le Pass’Sports du département de l’Oise (déduction de 15€ sur le prix de la licence) et celui du gouvernement sous condition de ressources (remise de 50€ pour les bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire).  

 Les aides en chiffres 

200 000€
Le budget du Stade Ressontois en 2021-2022. 
10€
Pour chaque licence enregistrée en 2019-2020, le club a touché au titre du fonds de solidarité 10€, soit plus de 3 000€.
1 900€
Le montant distribué au club en bons d’achat Nike dans le cadre du plan de soutien matériel voté par le Comité Exécutif de la FFF et porté avec la LFA.
+20%
La subvention octroyée par la municipalité a augmenté de 20% en 2021-2022. 

Chacun sur leur partie de terrain, Sylvain et Kévin, accompagnés des services civiques, sont attentifs. Un œil sur l’opposition, l’autre sur le chrono. Une remarque à « Sergio Ramos » dont la passe n’était pas assez appuyée pour « Antoine Griezmann » et c’est le coup de sifflet final. « J’ai trouvé ça très bien, très intéressant, analyse le président en conclusion de sa séance U13. Que manquait-il à votre avis ? Un peu de concentration, c’est ça ! Il y a des temps pour s’amuser, rigoler, la vie de groupe est essentielle mais essayez d’être concentrés, votre progression passera par là. Ce week-end, c’est le début des plateaux. Mais uniquement pour ceux qui ont une licence à jour. Pour certains, je n’ai pas encore les papiers donc pensez à le dire à vos parents. Ceux qui bénéficient du Pass’Sports Oise, pensez-y, pareil pour le Pass’Sports de l’État, vous pouvez l’utiliser pour la cotisation. » 

Didier Prévost, assis devant son ordinateur, voit défiler dans son bureau les parents venus s’acquitter du montant. Cette maman de trois enfants en bas âge souhaite inscrire son aîné en babyfoot avant qu’il n’obtienne en janvier sa première licence quand il aura fêté ses 5 ans et basculera chez les U7. Ce papa, l’un des quatre médecins du village, renouvelle celle de son fils, Samuel en U9, et met son plus petit, Raphaël, en baby. « Ça donne quoi les réinscriptions, les gens reviennent ? demande-t-il au vice-président qui se montre rassurant. C’est bien, la vie reprend. C’est grâce au vaccin, il faut le dire ! »

Derrière les masques, les sourires se lisent dans les yeux. Les parents prennent plaisir à rediscuter le long de la main courante et les enfants partagent de nouveau leur goûter à l’issue des séances. Les éducateurs, services civiques ou bénévoles réinvestissent la buvette tout en respectant les gestes barrière, accompagnés de la mascotte : Mimine, une chatte adoptée il y a quatre ans et qui se plaît à chasser des souris qu’elle dépose dans le club house comme pour ajouter son propre trophée parmi ceux exposés ! « On est club lieu de vie depuis 2019-2020, on a aussi reçu le label École féminine de football 2020-2023 (voir encadré) et depuis, il n’y a plus eu personne, regrette Kévin Warin. On a perdu ce lien et on commence à le retrouver avec les parents, les joueurs et joueuses, ça nous manquait et c’est précieux surtout ici. C’est un club familial où les joueurs de l’équipe seniors y ont été formés. Il y a des valeurs importantes : le respect, l’engagement citoyen, le plaisir. On insiste là-dessus en s’appuyant sur le Programme éducatif fédéral (PEF) : avant de former des footballeurs ou footballeuses, on forme des hommes et des femmes. » 

Cela passe forcément par le terrain mais aussi par les évènements hors-foot organisés par le Stade Ressontois tels les soirées ou stages pendant les vacances. « L’an dernier (en 2020), on n’a pas pu fêter Noël, on a fait un cadeau à chaque licencié(e) mais il n’y a pas eu le traditionnel arbre de Noël à la salle des fêtes, on n’a pas pu non plus célébrer les 90 ans du club en avril (2021), pointe Sylvain Bais. On a besoin de ces moments-là, c’est l’essence même du football, d’un club. Tous les deux ans, on effectue un stage à l’extérieur. On est allés au CNF Clairefontaine, à Châteauroux, à Berck-sur-Mer… Au printemps 2020, on avait prévu Ploufragan. On a été contraints d’annuler. On espère partir cette année. » La destination n’est pas encore trouvée mais l’envie est immense. Et tous croisent les doigts pour que les nouveaux variants du virus ne viennent pas gâcher la fête. 

Toutes les aides et subventions pour votre club

Zoom sur l’école féminine de football 

Le 7 juin 2021, le Stade Ressontois a reçu le label École féminine de football niveau bronze pour la période 2020-2023. La récompense d’un travail réalisé au sein du club, doté d’une équipe seniors et d’une section jeunes sous la houlette de Sylvain Bais et Camille Parturier, afin de favoriser le développement de la pratique et l’accessibilité aux filles et femmes. Pourtant, rien n’était écrit. À la rentrée 2020, trois joueuses ont débuté la saison qui s’est achevée avec… une trentaine de pratiquantes ! Alors comment le club s’y est-il pris en pleine épidémie ? Deux opérations ont été mises en place : « Permis de jouer » qui, via la distribution de flyers notamment dans les écoles, proposait aux filles de se lancer et « Ramène ta sœur ! » dont le but consistait à ce que les joueurs de toute catégorie viennent accompagnés. Peu à peu, l’effectif a gonflé et une marraine a été choisie : Pauline Moitrel, gardienne du LOSC Lille en D2 et passée par les sélections jeunes. Elle a d’ailleurs assisté à la remise du Label, l’un des rares moments de convivialité la saison dernière. 

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