D1 ARKEMA

Fabrice Abriel : « Je l’utilise comme une richesse »

vendredi 4 février 2022 - 10:00 - Claire GAILLARD
Fabrice Ariel lors de Paris FC-FC Fleury

L’ancien milieu, nommé entraîneur du FC Fleury 91 en mai, évoque les étapes de sa reconversion qui l’ont conduit au football féminin. Et savoure la phase aller de son équipe, 4e de D1 Arkema avant la réception de Montpellier.

Vendredi soir, il s’installera sur le banc du FC Fleury pour l’ouverture de la 14e journée de D1 Arkema où ses joueuses affrontent le Montpellier HSC (20h45 sur Canal+ Sport), cinquièmes au classement à deux longueurs. Et dimanche matin, Fabrice Abriel rechaussera les crampons avec le Paris SG, son club formateur qui l’a lancé en Ligue 1 et où, à 42 ans, il détient une licence vétéran. Après une carrière riche de plus de 500 matches et notamment d’un doublé championnat de France-Coupe de la Ligue avec Marseille en 2010, il s’est retiré en septembre 2015 et a glissé vers le métier d’entraîneur, influencé par ceux qu’il a côtoyés : Christian Gourcuff (Lorient), Didier Deschamps (Marseille) ou Claude Puel (Nice). Abriel raconte ce processus entamé en Promotion d’honneur à Escaudain et qui l’a vu gravir peu à peu les échelons pour prendre, en mai dernier, la tête du FC Fleury 91. Une équipe quatrième, avec un match en retard et à une unité de son record de points sur une saison.

Les matches de la 14e journée
La D1 Arkema à suivre sur FFF.FR et sur le « Scores en Direct  »

 LE BILAN À MI-PARCOURS 
« En avance sur les temps de passage »

« On a été réguliers sur la phase aller malgré un calendrier compliqué lors des cinq premières journées : Paris SG, Paris FC, Bordeaux et Montpellier dont trois déplacements. Avec une équipe remaniée à 70%, on a commencé par une lourde défaite (0-5 contre le champion de France) puis on a réussi à tenir face au Paris FC (0-1). On a continué à travailler et la confiance est venue grâce aux victoires à Bordeaux et Montpellier (2-1). On s’est falors ocalisé sur le projet de jeu. L’objectif de la seconde partie de saison est de continuer et voir si on arrive à combler notre retard sur les trois premières équipes en termes d’opposition. Le match contre Lyon avant la trêve a été intéressant lors des vingt premières minutes. On aurait pu marquer car on se procure la première occasion. Après, on connaît l’OL (0-4)… On veut poursuivre sur notre dynamique avec la réception de Montpellier puis le déplacement à Dijon (le 8 février). Il faut jouer sans calcul, avec une grosse discipline et l’implication de toutes. Même si on garde une ossature, on arrive à changer le onze qui débute, tout le monde est concerné. La Coupe de France (en quarts, Fleury affrontera le Paris FC) nous permet de maintenir ce niveau de concentration et d’implication. Avec le président (Pascal Bovis), nous nous sommes fixés comme objectif de nous rapprocher du top 5 d’ici 2023. On est en avance sur les temps de passage. On a des sous-objectifs en route : battre le record de points sur une saison (25 en 2020-2021), marquer plus de buts et en encaisser moins que la saison passée, mieux finir au classement. »


La défenseure Marie Levasseur au duel avec la Lyonnaise Delphine Cascarino (photo Sébastien RICOU / APL / FFF).

 LA FIN DE SAISON 
« En 2020-2021, on a eu un trou d’air. On est avertis »

« En 2020-2021, on a eu un trou d’air lors des dix dernières journées. On en a tiré les enseignements et on a bâti le groupe à partir de ça en termes de qualité, d’état d’esprit et l’envie de partager ensemble. On a amélioré le niveau de cette équipe qui est aussi beaucoup plus équilibrée et où les postes sont quasiment tous doublés. On est avertis. On a déjà 24 points, soit à une unité de ce qu’on souhaite réaliser mais il ne faut pas oublier le passé. Je discute beaucoup avec des joueuses qui sont au club depuis un moment. Elles me disent que gagner 6-0 face à Guingamp ou 4-0 contre Saint-Étienne sans trop souffrir n’est pas habituel pour elles. L’emporter à Bordeaux ou Montpellier n’était pas non plus arrivé. Elles ont le sentiment que cette saison ne ressemble pas à ce qu’elles ont vécu. Le futur est devant nous, c’est à nous de l’écrire. »

 SON ÉQUIPE 
« J’ai été à votre place »

« La force de mon équipe, c’est qu’elle arrive à respecter le plan élaboré. On travaille des choses à l’entraînement, on se fixe un scénario avant le match et on parvient à s’en rapprocher. Cela signifie qu'il y a une énorme discipline et que les joueuses commencent à comprendre ce qu’il faut utiliser comme outil pour battre tel ou tel adversaire. Ellse arrivent à lire les forces et faiblesses adverses et à vite s’adapter. Ce n’est pas de l’autonomie mais presque ! J’ai un groupe de 23,6 ans de moyenne d’âge. Les filles ont entre 18 et 32 ans. Elles ne me connaissaient pas en tant que joueur (il rit) ! Celles de 18 ans ont l’âge de mon fils aîné. Il avait 5 ou 6 ans quand j’ai remporté le doublé à Marseille en 2010. Il n’a aucun souvenir, si ce n’est en photo. Pour les filles, c’est pareil. Celles qui ont la trentaine ont pu me voir en tant que consultant télé ou certaines images des Marseille-Lyon ou de ma période à Lorient leur reviennent mais c’est tout. La plupart me découvre. Avoir été joueur peut parfois inhiber celles ou ceux qui se disent ‘‘Comment va-t-il me juger ? J’ai l’impression que je n’ai pas le niveau’’. Je ne veux pas être là-dedans. Je l’utilise comme une richesse en leur disant : ‘‘J’ai été à votre place’’. Quand je fais un exercice à l’entraînement, vis telle ou telle situation, je suis capable de livrer mon ressenti par rapport à cette expérience. Je peux en discuter ce qui permet de rassurer. »


Le 27 mars 2010, le milieu marseillais soulève la Coupe de la Ligue au Stade de France avec Taye Taiwo, (photo Olivier ANDRIVON / ICON SPORT). 

 SA RECONVERSION 
« Je leur ai dit : ‘’Je suis prêt, j’arrête et je passe les diplômes’’ »

« On me considérait comme un joueur intelligent, qui avait une bonne vision du jeu et se situait bien sur le terrain. Je devais raisonner avec mes défauts comme ma petite taille, m’appuyer sur mes coéquipiers et lire le jeu plus vite que les autres pour ne pas être perdu dans ce football rapide et physique. Lors de mes dernières années, j’ai joué le rôle de relais du coach, notamment à Nice avec Mathieu Bodmer. On faisait passer les messages de l’entraîneur et on voyait que les jeunes étaient friands de revenir nous poser des questions. On a alors compris que le message touchait et si le message touche, c’est qu’on a bien communiqué. Un jour, j’ai recroisé Christian Gourcuff, mon coach à Lorient.. Il m’a dit : ‘‘Tu devrais t’orienter vers le coaching car tu as cette sensibilité de jeu. Tous les exercices que tu vas mettre en place, tu les as déjà faits et ça, c’est une grande force’’. J’ai signé un dernier contrat de deux ans plus une année en option à Valenciennes. Au bout d’un an, je leur ai dit : ‘’Je suis prêt, j’arrête de jouer et je passe les diplômes’’. »

 SA FORMATION 
« Important de démarrer par le niveau amateur »

« J’ai résilié mon contrat à VA en septembre 2015, mes enfants étaient scolarisés et je suis resté une année dans le coin pour passer mon BEF à Escaudain (obtenu en 2016), qui évoluait en promotion d’honneur. À la fin de la saison, on est monté. Je suis revenu en région parisienne où j’ai rejoint le FC Gobelins (ex Paris 13 Atlético) en division d’honneur. On monte en National 3. Pour parfaire mon apprentissage, je voulais passer par un centre de formation ; observer le fonctionnement du point de vue de l’encadrement. J’ai signé à l’Amiens SC et passé mon DES (décroché en 2019). J’ai beaucoup appris sur l’entraînement, les process, les fiches, le management du staff… C’était essentiel de démarrer par le niveau amateur car on a de vraies problématiques avec les entraînements, l’occupation des terrains, les créneaux horaires, le nombre de ballons. On prépare une séance pour 40 joueurs, on se retrouve à 20, on prépare pour 20 et on se retrouve à 40… Cela nécessite une capacité d’adaptation, nous prépare à être résilient et à trouver des solutions. Être entraîneur, c’est aussi manager des hommes, collaborer avec différents pôles, gérer la relation avec le docteur, préparer le recrutement… C’est une grande responsabilité. Tout cela prend du temps et de l’énergie. Il faut être efficaces. Au niveau amateur, il y a beaucoup de tâches. Quand vous l’avez vécu, vous pouvez anticiper. Le passage de préparation dans l’ombre me permet d’être solide aujourd’hui dans mon organisation, mes convictions et mes idées. Avec mon staff sur lequel je m’appuie au quotidien, on sait ce qu’on veut. C’est important que mon discours soit cohérent, qu’ils comprennent mes idées et qu’eux aussi s’exprime dans leur talent en respectant le cadre pour que ça transpire chez mes joueuses. Si elles voient un entraîneur serein, elles seront sereines. Aujourd’hui, je suis épanoui et prend du plaisir grâce aux joueuses, à mon staff, aux salariés du club et à mes dirigeants. Et aussi parce qu'au-delà du projet sportif, on met en place des actions sociales et associatives. »


Fabrice Abriel entouré des membres de son staff lors de l'ouverture de la D1 Arkema en août 2021 (photo Michel BRISSET / ICON SPORT).

 SON PROJET DE JEU 
« Cela va mettre du temps »

« J’aimerais jouer comme le Barça ou l’Ajax Amsterdam mais ce n’est pas possible. Quand vous arrivez dans un club, vous devez poser un diagnostic. Le groupe a-t-il le profil pour votre projet ? C’est très difficile de découvrir 22 joueuses et dire c’est bon, je le mets en place. J’essaie de trouver un projet hybride, adaptatif qui nous permet de répondre aux attentes du championnat et de les conduire vers ce qui m’inspire le plus en termes de vision du foot. Cela va mettre du temps. J’ai commencé par bien se replacer dans le système, travailler sur la récupération et l’endroit où on voulait récupérer le ballon puis quand on le récupère, comment l’utiliser. Lors de la phase aller, on a validé ces étapes. On arrive sur la phase retour où nos adversaires, puisqu’on figure en haut de tableau, vont nous laisser la possession. Le projet de jeu de garder le ballon dans le camp adverse haut et de le récupérer haut comme on peut le voir au PSG ou à l’OL, c’est le prochain challenge. Si on est capables de valider ça, on aura réalisé le projet de jeu, réussi notre saison et on pourra travailler sur d’autres systèmes, introduire de nouvelles idées… »

 SES ANCIENS ENTRAÎNEURS QUI L’INSPIRENT 
« Gourcuff, Puel et Deschamps, tous ont une qualité très forte »

« Il y en a trois qui ont chacun une qualité très forte. Le premier, c’est Christian Gourcuff sur le plan tactique et le fait de ne pas changer d’idée malgré le résultat ou le contexte. Ses idées sont posées : un 4-4-2 rationnel qu’il anime à l’entraînement tous les jours. Il effectue son recrutement en fonction. Ce système avec la volonté de créer une intelligence collective m’intéresse. Le deuxième, c’est Claude Puel. Un entraîneur qui n’hésite pas à lancer de jeunes joueurs mais il ne le fait jamais sans les préparer. Il anticipe toute la semaine à l’entraînement et dans le travail réalisé avec la vidéo. Si le jeune joueur passe à côté de son match ou rate des choses, il le remet car c’est ainsi qu’il apprend. J’aime l’idée d’accompagner les jeunes talents et de les former. Le troisième, c’est Didier Deschamps pour son mode de management et sa capacité à préparer puis gérer les évènements. J’ai bien compris comment préparer un rendez-vous pour que lorsqu’on y arrive, ce soit simple. Les phases finales, les titres, les débuts de saison, le recrutement… Je me suis inspiré de lui. Il m'a laissé la causerie la plus marquante de ma carrière. En novembre 2010, on affronte le Spartak à Moscou en Ligue des champions. On doit gagner pour se qualifier et, dans le vestiaire, Didier Deschamps retourne le paperboard où rien n’est écrit. Il dit : ‘‘Ce soir, on gagne et on rentre chez nous.’’ Il n’a pas eu besoin d’en dire plus. On gagné 3-0 et on est rentré. Avec ces trois coaches, j’essaie de faire quelque chose de cohérent. »


Avec Claude Puel lors de son passage à l'OGC Nice (Photo Patrice AIM / ICON SPORT).

 LE FOOTBALL FÉMININ 
« Noël Le Graët m’a soufflé l’idée »

« L’idée m’a été soufflé par Noël Le Graët (le président de la FFF a été son président à l'EA Guingamp). Le 12 juin 2018, avant qu’il parte en Russie pour la Coupe du monde, on était dans son bureau au siège de la Fédération, on discutait et il me lance : ‘‘Et le football féminin, qu’en penses-tu ?’’ Je lui ai répondu que ça pouvait m’intéresser mais je n’y avais pas pensé avant qu’il ne m’en parle. Cela ne s’est pas fait tout de suite mais Fleury s’est présenté en 2020. »

 LE FC FLEURY 91 
« Je savais ce que je voulais faire »

« Quand j’ai terminé à Amiens, je voulais entrer dans un club en cours de saison car le métier d’entraîneur, c’est parfois ça et poser tout de suite un diagnostic pour définir le plan d’actions et faire les bons choix. Je ne savais pas où. David Fanzel (alors entraîneur) m’a appelé car il avait besoin d’un adjoint. Je l’ai écouté, je suis allé voir, j’ai discuté avec le président qui a validé mon arrivée. Tout s’est passé très vite. En trois jours, je rejoignais Fleury. J’ai observé et vu beaucoup de choses, ce qui m’a permis d'apprendre. Lorsqu’on m’a proposé de partir sur un projet de deux ans, je savais exactement ce que je voulais faire. »

 LES CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES 
« J’ai préparé un certain nombre d’astuces »

« On ne peut pas comparer les garçons et les filles. C’est une erreur car c’est un autre public, comme comparer des seniors et des U17 nationaux. C’est différent donc il faut vite l’assimiler. Un exemple technique, quand j’ai vu que peu de joueuses avaient cette capacité à réaliser des transversales de 30-40-50 mètres comme on peut le voir chez les garçons du latéral droit à l’ailier gauche sans contrôle, j’ai décidé qu’on allait le faire en deux touches plutôt qu’en une, en s'appuyant sur une passe au sol à 20m. J’ai préparé un certain nombre d’astuces pour répondre à leurs caractéristiques. Cela vaut pour la vitesse, pour l’explosivité... J’ai aussi demandé à Yvan Wouandji du Cecifoot d’intervenir pour parler de son handicap et de ce qu'il a mis en place après l’avoir accepté. Je force le trait. Lui, c’est un handicap visible. Parfois, c’est un handicap invisible. Je ne vais pas vite donc comment faire pour être rapide ? J'irai plus vite en me déplaçant au bon moment et en ayant une connexion avec ma coéquipière. C’est là-dessus que j’ai commencé à travailler. Il n’y a pas de blocages, on doit s’adapter et trouver des solutions. »

 La 14e journée : 

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