9 mai 1907, un Trophée de France précurseur

9 mai 1907, un Trophée de France précurseur

Web main_Etoile Deux-Lacs_61_FFF002011872_0002_T.jpg

samedi 9 mai 2020 - 09:00 -

Lancé en 1907 par le tout nouveau Comité français interfédéral, ancêtre de la FFF, le Trophée de France préfigure la future Coupe de France, dix ans avant sa création.

En ce début d’année 1907, la lutte est incessante entre les différents organismes régissant la pratique du football en France, dominés par la très laïque Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA). Sa volonté hégémonique croissante hérisse de plus en plus la catholique Fédération de gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) dont le secrétaire général, Charles Simon, également dirigeant du club parisien de l'Étoile des Deux-Lacs, cherche à contrer l’influence grandissante.

La solution est trouvée le 23 mars 1907 avec la création du Comité français interfédéral (CFI), dont Simon prend la présidence. Réunissant, sans qu’elles disparaissent, les principales fédérations existantes hormis l’USFSA, le CFI décide de lancer une nouvelle compétition. Ce sera le Trophée de France, opposant chaque fin de saison les champions de ses affiliés.


Charles Simon, premier président du CFI, créateur du Trophée de France et inspirateur de la Coupe de France – Photo Archives FFF.

La première édition se conclut en Aquitaine le 9 mai 1907 au stade du Jard de Mérignac par un succès retentissant (8-3) de l'Étoile des Deux-Lacs (photo principale, l’équipe en 1911), sacrée championne de la FGSPF une semaine auparavant, sur les Bordelais du Football Club Simiotin, lauréats de la Fédération athlétique d'amateurs (FAA). L’équipe chère au président Simon reçoit un bouclier, sur le modèle de celui de Brennus récompensant le meilleur club de rugby hexagonal depuis 1892, offert par le baron Pierre de Coubertin qui a réalisé les esquisses de ces deux récompenses.

Parisiens en verve, Aquitains malheureux

Les six éditions suivantes seront remportées par des formations parisiennes, dont une nouvelle par le premier vainqueur (1912) et deux par le Patronage Olier (1908 et 1910) et le Cercle Athlétique de Paris (1911 et 1913), clubs les plus titrés. Quant aux équipes girondines, elles s’illustreront en atteignant à quatre reprises la finale – Bons Gars de Bordeaux (1909) et Vie au Grand Air du Médoc (1911, 1913 et 1914) – sans en décrocher une seule.

La plaque ornant le bouclier offert au vainqueur, don du baron Pierre de Coubertin, le "père" des Jeux olympiques modernes – Photo Archives FFF.

L’Olympique Lillois, issu de l’USFSA qui a finalement rejoint le CFI en janvier 1913, sera la seule équipe de province à inscrire son nom au palmarès, en disposant de la VGA du Médoc (4-1) le 26 avril 1914. C’est la dernière finale disputée sous ce nom d’une épreuve emportée par le chaos de la Première Guerre mondiale, déclarée trois mois plus tard.

L’héritage de Charles Simon

Soldat au 205e régiment d’infanterie, Charles Simon n’allait pas survivre au conflit, tombant sous les balles le 15 juin 1915 à Écurie (Pas-de-Calais) lors des sanglants combats dits "du Labyrinthe". Onze mois avant que le Trophée de France qu’il avait imaginé ne jette ses derniers feux et un an et demi avant la création par ses pairs d’une nouvelle compétition, qui allait être baptisée de son nom pour l'honorer.

En 1916, le CFI relance en effet un tournoi interfédéral sur le même modèle que le précédent, simplement renommé "Coupe de France". Après avoir sorti en demi-finale… la VGA du Médoc (1-0 ap), l'Olympique de Pantin l’emporte (3-0) face au premier vainqueur, l'Étoile des Deux-Lacs, le 14 mai 1916 au stade de Paris de Saint-Ouen.


La dernière finale le 14 mai 1916 au stade de Paris de Saint-Ouen, entre l'Olympique de Pantin (en blanc) et l'Étoile des Deux-Lacs – Photo Gallica-BNF

Dernier club lauréat du Trophée de France, l’Olympique de Pantin allait s’illustrer en devenant le premier à gagner, le 5 mai 1918 face au FC Lyon (3-0), la première édition d’une compétition créée le 15 janvier 1917 par le CFI : la Coupe de France que nous connaissons aujourd’hui, portant le nom de "trophée Charles-Simon".

Le palmarès du Trophée de France

La rétro du football français

D’autres coupes disparues…

Manier

  • 1897-1910 (quatorze éditions) ;
  • porte le nom de son créateur, alors président du Paris Star ;
  • disputée en début de saison par les clubs n'alignant pas plus de trois joueurs étrangers ;
  • Club Français six titres (record).

Dewar

  • 1899-1915 (dix-sept éditions) ;
  • créée par l’industriel irlandais Shériff Dewar, organisée par l’USFSA ;
  • jouée en fin de saison, ouverte à tous les clubs ;
  • Standard Athletic Club et Racing Club de France quatre titres chacun (record).

Peugeot (dite aussi "Sochaux")

  • 1931-1932 (deux éditions) ;
  • créée par le constructeur automobile de Sochaux Jean-Pierre Peugeot, avec l’accord de la FFF ;
  • réservée aux meilleurs clubs de France (huit puis vingt participants) ;
  • FC Sochaux-Montbéliard (1931) et FC Mulhouse (1932) seuls vainqueurs.


"Journée historique pour le football français, la création de la « Coupe Sochaux » au Palais d’Orsay. N° 1 : Jean-Pierre Peugeot. N° 2 : Georges Bayrou. N° 3 : Sam Wyler. N° 4 : Henri Jooris. N° 5 : Marcel Delarbre. N° 6 : Laffitte. N° 8 : Maurice Pefferkorn. N° 9 : Lucien Gamblin. N° 11 : M. Bontemps. N° 12 : Robert Dargein. N° 13 : Cochin" – Archives FFF (légende photo de l’époque).

Drago 

  • 1953-1965 (treize éditions) ;
  • créée et organisée par le Groupement des clubs autorisés à utiliser des joueurs professionnels (ancêtre de la Ligue de Football Professionnel) ;
  • porte le nom de l’artisan niçois Charles Drago, créateur du trophée ;
  • pour les clubs professionnels éliminés avant les quarts de finale de la Coupe de France ;
  • RC Lens et FC Sochaux-Montbéliard trois titres chacun (record).