Patrick Videira : « Le football est un jeu d’échecs »
Arrivé au Mans en juin dernier, l’ex-coach de Furiani-Agliani revient sur son parcours et ses méthodes de travail, dans une équipe sarthoise plus performante à l’extérieur qu’à domicile, à l'heure de recevoir Orléans lors de la 13e journée du National, vendredi (19h30).
La 13e journée de National (19h30) est à suivre vendredi sur FFF.tv et sur Scores en direct

LA COUPE DE FRANCE
« Les victoires appellent les victoires »
« J’y accorde beaucoup d’importance car c’est une belle compétition. On sortait de deux défaites (face à Nancy et Aubagne en National) et il fallait enclencher une spirale positive. La Coupe de France est si belle ! Elle nous permet de vivre des émotions dont on se rappellera tout au long de notre carrière. Mais pour ça, il faut passer par des matches piège, comme samedi (victoire 2-1 à Vannes, club de N3). Pour moi, la Coupe de France est importante, et comme je le dis souvent, les victoires appellent les victoires. C’était l’objectif : se qualifier pour arriver dans les meilleures dispositions mentales contre Orléans vendredi. J’essaie de concerner un maximum de joueurs, depuis le début de la saison tout le monde a eu du temps de jeu à part mon troisième gardien. Je suis un coach qui dit ''on joue comme on s’entraîne'', donc c’est le ressenti à l’entraînement qui compte. C’est important pour un joueur, quand il entame la semaine, qu’il ait la sensation qu’il pourra commencer le prochain match, peu importe ce qui s’est passé avant. »

La conférence de presse, un exercice travaillé dans le cadre du BEPF (photo LE MANS FC).
L’AMI RÉGIS BROUARD
« On va se chatouiller sur le banc ! »
« Régis Brouard (actuel entraîneur du FC Rouen), ça reste mon meilleur ami dans le football. On a joué ensemble à l’AS Cannes (en 2003-2004), quand il est devenu entraîneur de Rodez, il m’a amené avec lui. On a eu un périple ensemble dans un avion dont la porte avait explosé (voir ci-dessous), puis il m’a appelé à Nîmes (en 2005-2006). On est deux garçons avec des caractères forts. Quand il était entraîneur au Sporting Bastia et moi à Furiani, et qu’on jouait en amical l’un contre l’autre, on pouvait monter dans les tours très rapidement. Je sais qu’on risque de se chatouiller sur le banc au mois de janvier (lors de FC Rouen-Le Mans, pour la 16e journée) mais c’est toujours dans la bienveillance. »
VINGT ANS APRÈS
« Je n’ai plus repris l’avion pendant treize ans »
« L’accident d’avion, ça a fait vingt ans le 5 novembre dernier. Il a provoqué une période compliquée pour moi dans les mois qui ont suivi, avec une paralysie totale. Après ça, je n’ai plus repris l’avion pendant treize ans. J’ai arrêté ma carrière professionnelle en 2006, puis j’ai repris dans le monde amateur mais physiquement je n’étais plus le même joueur, ce n’était plus la même intensité, ça n’avait plus rien à voir. J’ai rencontré des personnes qui m’ont énormément soutenu. Mes parents habitent au Portugal, sans prendre l'avion il fallait dix-sept heures de voiture ! Ma femme et mes enfants adorent voyager, on a fait des croisières en bateau mais je n’avais pas le droit de leur imposer ça. Quand je suis arrivé à Furiani (en 2018), je n’avais pas le choix : tous les quinze jours on allait jouer sur le continent. J’ai passé un cap. Je ne vais pas vous dire aujourd’hui que je prends sereinement l’avion, ce n’est pas vrai mais je ne fais pas de cauchemars, ça fait partie de ma vie, des périples que j’ai eus. Je suis passé à autre chose. »
LE BEPF
« Une opportunité de grandir »
« La formation au BEPF (Brevet d'entraîneur professionnel de football) me permet de grandir, on rentre beaucoup dans les détails. Par exemple, pour les conférences de presse, en National c’est chaque semaine avant et après le match. Dans le monde amateur, on n’est pas habitué à ça. Au Brevet, on nous prépare. Pour moi, c’était une opportunité de grandir, de pouvoir côtoyer des clubs professionnels, au Havre, à Rennes, de faire des stages à l’étranger, rencontrer Raffaele Palladino, qui était le coach de Monza et qui est aujourd’hui à la Fiorentina. C’était une année très enrichissante mais très fatigante, on avait des sessions dans différents clubs. J’avais la chance de faire partie d’un club, l’AS Furiani, où les dirigeants m’ont laissé travailler et donné beaucoup de confiance. Ils sont venus me chercher quand j’étais à Istres (en 2018) et m’ont donné entre guillemets les clés du club. Pendant six ans, malgré le peu de moyens, en travaillant sérieusement et sereinement, dans la continuité et sur le long terme, on peut faire de très belles choses. »
L’ARRIVÉE AU MANS
« Le feeling est bien passé »
« Le Mans m’a contacté par l’intermédiaire de mon agent Pierre Ducrocq (ancien joueur du PSG). Les dirigeants m’ont reçu et ensuite, pour moi Le Mans est devenu une suite logique. Lors de notre entretien avec Olivier Thomas (responsable du recrutement) ou le président Thierry Gomez, le feeling est bien passé. C’est là où je voulais venir travailler. En conférence de presse au tout début de la saison, un supporter m’a demandé, parce qu’il y avait pas mal de coachs qui sont passés ici sans rester longtemps : ''Venez-vous ici pour vous lancer dans le monde professionnel et partir dans un an, ou voulez-vous travailler sur le long terme ?'' Le long terme, c’est ma façon de fonctionner, il faut de bonnes fondations pour mettre les choses en place. Après, ça dépend des clubs, si on vous donne la possibilité de le faire ou pas. »

Patrick Videira (à droite) avec son adjoint Yohann Feurprier (photo LE MANS FC).
LA MÉTHODE
« Je parle très rarement de système »
« Mon expérience de joueur me sert tout le temps. Quand les joueurs agissent d’une certaine façon, vous avez toujours un coup d’avance, parce que vous vous êtes déjà trouvé dans la même situation. Mais entraîneur et joueur restent deux expériences complètement différentes : quand vous êtes joueur, vous ne vous occupez que de vous, alors qu’avoir un groupe à gérer, c’est prendre soin de tout le monde, beaucoup de nuits sans dormir, trouver la meilleure solution pour le club. Ce qui compte, c’est le collectif. Quelle est la meilleure chose pour le club, pour qu’il continue à avancer ?
Le football c’est un jeu d’échecs, quand un joueur se déplace, que doit faire l’autre dans l’espace qui est libéré ? Il faut avoir des joueurs très intelligents par rapport aux déplacements de chacun. Je parle très rarement de système, c’est l’animation qui est importante. Je me retrouve avec un latéral droit en sentinelle, la sentinelle peut aller sur le côté et me faire une double largeur, ça ne me pose aucun problème. C’est ma façon de voir le foot mais ça demande beaucoup de réflexion, d’exigence. Ce n’est pas évident pour les joueurs auxquels on n’a jamais demandé ça. »
LE DÉBUT DE SAISON
« Notre marge de manœuvre est minime »
« Le premier mois a été difficile (1 victoire, 2 nuls et 3 défaites) alors qu’on sortait d’une bonne préparation. Mais beaucoup de choses ont été mises en place, un nouveau système, un nouveau coach, un nouveau préparateur physique… Ça met du temps, il faut que les joueurs assimilent le travail demandé. Je reste un coach très exigeant avec beaucoup de rigueur. L’analyse de la situation, l’intelligence du joueur, c’est l’essentiel. Mais le côté humain est très important. J’essaie d’être très proche d’eux, de partager des choses en dehors des séances.
Début novembre, on sortait de cinq victoires d’affilée à l’extérieur, en championnat et en Coupe de France, puis on a perdu deux fois (contre Nancy et à Aubagne). Mais sur les huit derniers matches, on en a gagné six, tous à l’extérieur. On les a gagnés parce qu’on a eu un surplus de motivation, de don de soi. Mais on sait que notre marge de manœuvre est minime. Si demain on baisse le curseur de 10 ou 15 %, on ne passera pas. C’est dur ! C’est énergivore. Je leur dis souvent quand un match est fini : ''C’est très bien, on s’est sorti d’un traquenard ce week-end, profitez-en ce soir, demain on se remet au travail''. »

Les supporters du Mans attendent une victoire au stade Marie-Marvingt (photo Philippe LE BRECH / APL / FFF).
LE MATCH CONTRE ORLÉANS
« Donner au public une première victoire à domicile »
« Avant de recevoir Orléans, il n’y a aucune pression supplémentaire à avoir. Il faut prendre ce match comme une source de motivation, faire plaisir à notre public et lui donner une première victoire à domicile. Après, que ce soit Orléans ou un autre, peu importe l’adversaire devant nous. On sait très bien qu’on ne gagnera pas tous les matches mais c’est l’objectif qu’on doit se donner. Il y a des week-ends où tout se passe très bien, d’autres où c’est beaucoup plus compliqué. Mais on doit être à notre maximum tous les jours. Mon premier objectif, c’est de battre Orléans. Quand on a fait une série de trois victoires d’affilée, on s’est retrouvé sixième. D’ici la trêve, on reçoit Orléans, on va à Nîmes et on reçoit Valenciennes. Si on fait trois bons résultats, on va remonter. Mais sincèrement, je ne me projette que sur le prochain match. »
La 13ème journée en bref
Intercalée entre les 7e et 8e tours de la Coupe de France, la 13e journée de National verra le leader Nancy (21 pts), se déplacer à Châteauroux, lanterne rouge mais qui reste sur deux nuls. Orléans (3e, 19 pts), très bon à l’extérieur, se déplace au Mans (11e, 14 pts), en quête d’une première victoire à domicile. Dijon (4e, 18 pts) qui reçoit Versailles (10e), et Bourg-en-Bresse (7e) qui accueille Rouen (13e), vont tenter de remporter un troisième match consécutif et de s’approcher du podium, tout comme Valenciennes (qui va à QRM) et Sochaux (qui reçoit Villefranche), en embuscade à quatre points de la première place.
Dans la seconde partie de tableau, le Paris 13 Atletico (15e) et Aubagne FC ont pris quatre points lors des deux derniers matches : pour le premier, ce sera l’occasion de s’éloigner de la zone de relégation, pour le second une opportunité de consolider une belle neuvième place.
La rencontre entre Boulogne (5e) et Concarneau (2e) a été reportée à samedi soir (19h30) en raison des intempéries.
