Le Sphinx Robert Herbin a replié ses ailes

Le Sphinx Robert Herbin a replié ses ailes

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lundi 27 avril 2020 - 23:35 -

Robert Herbin, ancien joueur de l'Équipe de France et entraîneur légendaire des Verts, est décédé lundi 27 avril à l'âge de 81 ans, au CHU de Saint-Étienne.

Le "Sphinx" s'est éteint mais sa légende lui survivra, et ne cessera sans doute jamais d'être contée du côté du stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne. C'est là, dans le "chaudron" bouillonnant des Verts, que Robert Herbin, célèbre pour son calme, énigmatique pour certains, est devenu, au cœur des années 1960-70 et jusqu'à l'orée des années 1980, l'un des personnages historiques de notre football, l'un des plus titrés aussi.


31 mai 1970 : Robert Herbin, capitaine de l'ASSE, reçoit le Trophée Charles-Simon des mains du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas après la victoire des Verts en finale de la Coupe de France contre le FC Nantes (5-0), à Colombes.

Sur le terrain d'abord (492 matches, 99 buts), avec six couronnes de champion de France dont quatre d'affilée (1964, 1967, 1968, 1969, 1970 et 1975) mais aussi trois Coupes de France (1962, 1968 et 1970). Puis sur le banc de touche (637 matches), où son palmarès s'est enrichi de quatre titres nationaux (1974, 1975, 1976 et 1981) et de trois autres Coupes de France (1974, 1975 et 1977).

Soit quinze trophées dont six Coupes de France, un record, sous les couleurs de son ASSE fétiche à laquelle "Roby" le Parisien, arrivé à 18 ans, est demeuré fidèle de 1957 à 1983 (puis de 1987 à 1990). Avec la singularité d'avoir, à la demande de ses joueurs, retrouvé le terrain lors de la dernière journée du championnat 1975 contre l'ES Troyes AC, marquant sur penalty le dernier but d'une victoire (5-1) le rendant l'un des rares entraîneurs-joueurs sacrés champions.


Robert Herbin, chef de file de Verts irrésistibles de 1974 à 1977, avec les Larqué, Revelli, Rocheteau, Bathenay, Curkovic, Piazza, Janvion et autres Lopez. Il a été élu deux fois meilleur entraîneur français par France Football, en 1973 et 1976.

Son nom et son image, à nulle autre pareille avec sa tignasse rousse, resteront également associés aux exploits européens du club du Forez, avec pour point culminant la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions 1976 contre le Bayern Munich, à Glasgow (défaite 1-0). Une épopée qui fit plonger l'Hexagone dans la fièvre verte et sonna le réveil du football français sur la scène internationale.

Du vert au bleu

Le bleu fut sa deuxième couleur. Milieu de terrain défensif connu pour sa rigueur, l'excellence de son jeu de tête et sa lourde frappe de balle, Robert Herbin a porté à vingt-trois reprises (3 buts) le maillot de l'Équipe de France, entre 1960 (première sélection le 6 juillet, France-Yougoslavie) et 1968 (dernière cape le 17 octobre, France-Espagne), disputant la première édition du championnat d'Europe en 1960, en France, et la Coupe du monde 1966, en Angleterre.

La Fédération Française de Football présente ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Robert Herbin, ainsi qu'à l'AS Saint-Étienne.

Quand Michel Hidalgo saluait Robert Herbin

En 1983, Robert Herbin avait sorti un livre de mémoire dont Michel Hidalgo, décédé le 26 mars dernier, avait rédigé la préface. Extrait de l’hommage rendu par l’alors sélectionneur des Bleus, qui allaient être champions d’Europe un an plus tard, à l’homme qu’il avait affronté sur les terrains et avec qui des liens d’estime réciproques s’étaient noués.

"En dépit de son prestige et de sa réussite sportive, Roby ne s’est jamais écarté des chemins de la simplicité et de la modestie. C’est l’un des côtés les plus sympathiques et les plus attachants de sa personnalité. Roby a toujours su écouter et regarder. (…) L’humanisme de Robert Herbin n’a rien de factice, de superficiel et, s’il se garde bien d’afficher ses sentiments, c’est qu’il est timide – eh oui ! – et pudique. On le dit froid, alors qu’il est sensible à tout, mais ses joies sont intérieures. Épris de calme et de réflexion, ses propos sont toujours mesurés aussi bien dans la victoire que dans la défaite. Saluons donc en Robert Herbin l’homme de sport qui a su créer son propre univers pour traverser les aléas et les obstacles d’une fonction exaltante mais délicate".

Michel Hidalgo, préface de On m’appelle le Sphinx, Robert Herbin et Jacques Murges, Robert Laffont 1983