LA SAGA DE L'EURO

Euro 1984 : Hidalgo, à jamais le premier

mardi 4 mai 2021 - 09:00 - Philippe MAYEN
Michel Hidalgo sacre Euro 1984

En remportant l'Euro 1984 à la tête de l'Équipe de France, Michel Hidalgo a apporté au football tricolore son premier titre international. Pour sa dernière compétition après huit années au poste de sélectionneur, il lui a aussi laissé en héritage un véritable chef d'œuvre !

La victoire de la France à l'Euro 1984 fut celle d'un groupe, soudé, tendu vers le même objectif, et aussi de deux hommes : Michel Platini et Michel Hidalgo. Le premier, au sommet de son art, auteur de neuf buts en cinq matches (record), a survolé et même illuminé la compétition comme jamais un joueur ne l'a fait. Le second a connu avec ce championnat d'Europe le couronnement de sa carrière de sélectionneur et d'une certaine idée du football, un football fait de beau jeu, de technique, parfois d'audance, qui a inspiré beaucoup de techniciens. 
Pour illustrer ce retour sur l'Euro 1984, nous reproduisons ici une interview de Michel Hidalgo, disparu le 26 mars 2020, publiée dans le numéro 57 de Foot Mag, magazine de la FFF, en octobre 2015.

« L'Euro 84 en France s'annonçait comme un grand évènement pour le football français. Comment aviez-vous abordé ce tournoi ? 
La France n’avait rien gagné auparavant. Jamais !  Aucune grande performance depuis 1958. On avait mis ça dans la tête de tout le monde. Bien sûr, je connaissais la qualité de mon équipe. Mais la victoire ne se décrète pas, même pour le pays organisateur. Je ne voulais pas que les joueurs s’imaginent qu’il suffirait d’entrer sur le terrain pour s’imposer. 

À aucun moment, racontez-vous souvent, vous ne leur avez parlé de résultat ou d’objectif...
Une seule chose devait mobiliser leur esprit : le jeu, le football. On ne parlait pas d’être champion ou de l’adversaire, on parlait du match à venir, de l’impression que l’on voulait dégager, du respect de ce que l’on s’était dit, les uns aux autres, les uns avec les autres. 

Décrocher le trophée, vous y pensiez tout de même ! 
Obligatoirement. Ou plutôt, on parlait d’aller en finale… C’était un peu idiot. Donc, il fallait d’abord penser à nous-mêmes, à notre façon de jouer, à se faire du bien en pratiquant un bon football. Alors certes, on y allait avec conviction mais aussi avec une certaine forme de crainte car je répète, la France ne possédait pas le savoir-gagner. On est parti sur le bien-jouer. 

Michel Hidalgo à l'entraînement avec Daniel Bravo (à gauche) et Manuel Amoros (photo Dominique FAGET/AFP).

Résultat, cinq matches, cinq victoires, quatorze buts marqués ! 
La première rencontre face au Danemark fut assez pénible ; la remporter (1-0) nous a fait un bien énorme. La suite fut extraordinaire, jusqu’à la finale [France-Espagne, 2-0, 27 juin]. Tout a fonctionné de la manière espérée.

Vous souvenez-vous des minutes qui ont précédé la finale, dans le vestiaire ?
Il n'y avait pas besoin de parler beaucoup aux joueurs et de dire beaucoup de mots. Tous savaient pourquoi ils étaient là et ce qu'il fallait faire. Devenir champions d'Europe, quel bien cela ferait au football français quand même ! 

Ce titre nous a éblouis !

 

Qu’avez-vous ressenti le soir de la victoire ? 
Nous étions tellement contents d’avoir obtenu ce trophée - le premier ! - que l’on a décidé, sans l’avoir prévu, de le fêter avec nos familles et les dirigeants, au siège de la FFF. Nous n’avions pas envie de parader dans Paris ni de dîner dans un grand restaurant. Ce fut un régal juste entre nous ! Nous voulions apprécier et partager cette victoire ainsi, sans exagération, alors qu’au fond de nous, l’émotion était très forte. Ce titre nous a éblouis.  

Vous revoyez-vous au coup de sifflet final ?
Je cherche tout de suite des yeux, pour le remercier, celui qui nous avait permis d’être là, ce grand président de la FFF qu’était Fernand Sastre. J’étais heureux pour lui et pour le football français. Je n’oublie pas Georges Boulogne, le DTN, un homme remarquable, discret et travailleur, auquel nous devons beaucoup, un peu disparu dans l’indifférence... Un  mois plus tard, je me trouvais à Los Angeles pour la médaille d’or des Olympiques ! Quel été ! 

Le bonheur n’était-il pas d’autant plus fort que vous aviez connu la demi-finale de Séville deux ans plus tôt ? 
Je ne sais pas… Avions-nous effacé ce choc en devenant champions d’Europe ? Ce fut tellement dur et triste en 1982… Rendez-vous compte, à 3-1 devant la RFA nous étions en finale du Mondial ! Notre vestiaire, où régnait un  abattement total, était devenu une maternelle, les joueurs, furieux contre l’arbitre, pleuraient comme des enfants dont on aurait cassé les jouets. Je passais de l’un à l’autre pour calmer, consoler, sans plus savoir quoi dire. On devait même déshabiller les plus effondrés pour les pousser sous la douche. Personne ne voulait prendre l’avion pour le match de classement. 

Pourtant, votre équipe a su rebondir vers l’Euro.
J’ai dû la reconstruire en partie. Certains m’ont dit : prenez des jeunes, coach ; nous, on a tout donné sans parvenir à gagner. J’ai réussi à en garder quelques-uns. On partait dans l’inconnu, en y croyant sans trop y croire. 

Au soir de la victoire, Bruno Bellone, Bernard Lacombe, Michel Hidalgo, Joël Bats, Alain Giresse et Fernand Sastre saluent les supporters depuis une fenêtre du siège de la FFF à Paris (photo archives FFF).

Ce tournoi fut celui d’un homme, Michel Platini. 
Aucun joueur dans le monde ne lui était alors supérieur, je crois. Il nous a marqué tant de buts, sauvé tant de matches ! Quel footballeur exceptionnel, quelle démonstration extraordinaire en 1984 ! Il avait tout, la technique, le mental et même le physique. De là à imaginer qu’il deviendrait président de l’UEFA… On le voyait tous entraîneur. Michel défend, comme moi, une certaine idée du football. 

Avec des joueurs du calibre de Platini, Giresse, Tigana et autres, quel était le rôle du sélectionneur ? 
En un mot, il consistait à les sélectionner et à les faire jouer ensemble. Ces garçons, talentueux, étaient d’incroyables battants, d’une très belle mentalité aussi, faciles à vivre. Ils entraient sur le terrain pour bien jouer, faire jouer, marquer et gagner. En 1984, nous avons eu le sentiment de trouver la récompense d’un travail collectif, d’un esprit d’équipe et de notre vision du football. Personne ne tirait la couverture à soi. Quand je repense à "Battiste" (Patrick Battiston) qui prétexte une blessure pour que Manuel Amoros puisse jouer sa part de finale... Pour moi, cela veut tout dire. 

Pourquoi ne pas avoir continué avec les Bleus à l’époque ? 
Très marqué par Séville, j’avais déjà annoncé : après l’Euro, j’arrête. J’étais en poste depuis 1976, à la suite de Stefan Kovacs dont je fus l’adjoint. Henri Michel devait me succéder et je ne voulais pas me désavouer vis-à-vis de lui. Avec le recul, je le regrette un peu. » 

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La fiche de Michel Hidalgo

Né le 22 mars 1933 à Leffrinckoucke (Nord)
Sélectionneur de l’Équipe de France du 27 mars 1976 au 27 juin 1984
Directeur technique national de 1982 à 1986
Chevalier de la Légion d’Honneur

Parcours de joueur :
US Normande (1947-1952)
Le Havre AC (1952-1954)
Stade de Reims (1954-1958)
AS Monaco (1958-1966)
Palmarès de joueur :
1 sélection
Championnat de France 1955, 1961 et 1963
Coupe de France 1960 et 1963
Challenge des champions 1955
Coupe Drago 1961
Finaliste de la Coupe d’Europe des clubs champions 1956
Parcours d'entraîneur :
RC Menton (1968-1969)
Entre à la DTN en 1970
Palmarès de sélectionneur :
75 matches (41 victoires, 16 nuls, 18 défaites)
Championnat d’Europe 1984
4e de la Coupe du monde 1982
Entraîneur français de l’année France Football 1984
Entraîneur européen de l’année World Soccer 1984

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